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Joyeux Noël !

Joyeux Noël !

07/11/2017 – 3:36 | No Comment | 179 views

Ma chronique d’aujourd’hui sera davantage une lettre ouverte qu’une véritable chronique. Cette lettre s’adresse à la municipalité de Bastia, ville d’où ces lignes sont écrites, mais aussi et très certainement à la plupart des municipalités …

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Les funérailles d’un grand Roi

01/11/2017 – 9:44 | No Comment | 420 views

Le 13 octobre 2016 le roi Bhumibol Adulyadej[1] rendait son dernier soupir, après des mois de lutte contre la maladie et 70 années de règne. Ce décès plongea la nation thaïe tout entière dans une profonde affliction et un deuil d’un an fut annoncé par les autorités. Pensez donc ! 70 années de règne ! Cela signifie que l’immense majorité du peuple thaï n’avait pas connu d’autre souverain que cet homme frêle que rien ne prédestinait à devenir roi lorsqu’il naquit à Cambridge dans le Massachusetts, aux États-Unis, le 5 décembre 1927. Il était âgé de 18 ans lorsque, le 9 juin 1946, dans des circonstances tragiques, il devint roi de Thaïlande, 7 mois avant que Vincent Auriol n’entre à l’Élysée ! Durant son long règne, ce roi a connu 30 premiers ministres successifs !

Je ne vais pas revenir ici sur la vie et le règne de ce souverain hors du commun : je les ai longuement évoqués dans le premier tome de mon livre « Des Royaumes méconnus[2] ». Qu’il me suffise de rappeler qu’il passa son enfance et son adolescence à Lausanne et qu’il a donc suivi des études primaires et secondaires en français. C’est dans cette ville qu’un professeur alsacien lui fit découvrir le saxophone dont il devint un joueur talentueux, avant de composer lui-même de nombreuses œuvres et de jouer avec les plus grands noms du jazz. Sous son règne, la Thaïlande a changé de visage. Pays essentiellement rural et sous développé lors de son avènement, c’est devenu un pays moderne, largement urbanisé et industrialisé, à la pointe des nouvelles technologies. Surtout, l’ancien Siam est parvenu à rester en dehors des conflits et des troubles qui ont ensanglanté les pays voisins durant les années 60 et 70 et à conserver jalousement son indépendance et sa liberté, alors que le Laos, le Cambodge, le Viêt Nam et la Birmanie eurent à subir d’impitoyables dictatures à partis uniques. Certes, tout n’est pas rose en Thaïlande : la corruption, les grandes inégalités entre les plus riches et les plus pauvres et les fréquents passages au pouvoir des militaires ternissent le tableau. Cependant, durant ces sept décennies de règne, le roi a su incarner l’unité de la nation, permettant à la société thaïe d’effectuer sa transition vers le modernisme et l’ouverture sur le monde, tout en restant fidèle aux traditions multiséculaires et à la religion bouddhiste.  La Thaïlande n’a pas eu le malheur de subir une « révolution culturelle » à la chinoise ou, pire, la folie sanglante de la « table rase » imposée par Pol Pot et ses camarades sur le Cambodge voisin. Elle n’est pas non plus tombée sous le joug d’un autre pays, comme le Laos et le Cambodge, longtemps occupés et assujettis par le Viêt Nam. Elle ne s’est pas refermée sur elle-même comme l’a fait la Birmanie pendant des dizaines d’années. Non, la Thaïlande a su garder ce qu’il y avait de meilleur dans sa civilisation et dans sa culture, tout en intégrant toutes les innovations venues d’ailleurs et qui pouvaient contribuer au développement du pays. Tout cela n’aurait pu être accompli sans le maintien d’une monarchie forte et le règne d’un souverain éclairé et dévoué à son peuple.

Le deuil immense dans lequel a été plongé le peuple de Thaïlande n’est pas feint. Il est réel et sincère. Je n’oublierai jamais ce jeune Thaïlandais venu visiter la Corse l’été dernier. Il portait une inscription joliment tatouée en belles lettres thaïes, artistement calligraphiées, sur l’avant-bras droit. On pouvait lire la phrase suivante : « ฉันเกิดไนรชาการที่๙ », c’est-à-dire « Je suis né sous le 9ème règne », Bhumibol Adulyadej étant le neuvième souverain de la dynastie Chakri, fondée en 1782 par son aïeul. Personne n’avait contraint ce jeune Thaï, effectivement né, comme la grande majorité de ses concitoyens, durant le règne du roi défunt, à se faire tatouer. Il l’a fait spontanément, sans doute comme des dizaines de milliers d’autres Thaïlandais. Ce joli chiffre (9) est d’ailleurs omniprésent partout et sous toutes les formes, en Thaïlande, depuis le décès du roi : en tatouage, comme sur le bras de ce jeune homme, mais aussi en décoration, en bijoux ou en arrangements floraux.

Ce qui m’amène à écrire ces lignes aujourd’hui, c’est cette incroyable cérémonie de crémation du 26 octobre, à laquelle j’ai pu assister en direct, malgré le décalage horaire, grâce à la magie de l’internet. Ces rites venus d’un lointain passé, mêlant tradition hindouiste et bouddhiste, m’ont fortement impressionné. Un éphémère mais immense monument funéraire doré et artistement décoré avait été édifié en un temps record à Sanam Luang[3], l’immense esplanade située devant l’ensemble constitué par le Grand Palais royal et le temple du Bouddha d’Émeraude, au centre de la partie la plus ancienne de Bangkok. Ce monument s’élève sur plusieurs niveaux et est constitué de neuf pavillons (encore le fameux chiffre 9!) En son centre s’élève une tour haute de cinquante mètres, symbolisant le Mont Meru, centre du monde cosmique, dans la tradition hindouiste. L’ensemble a été orné, sculpté et peint par des artisans et des artistes thaïs renommés. C’est au sommet de la tour centrale que la grande urne dorée contenant le corps du roi défunt a été installée, après y avoir été amenée à bord d’un magnifique chariot funéraire doré et sculpté, tiré par 216 soldats vêtus d’uniformes de l’ancien Siam. Le nouveau roi, Maha Vajiralongkorn, fils du roi défunt, les membres de la famille royale et des dignitaires venus de dizaines de pays étrangers, se sont succédé devant l’autel placé devant la grande urne pour rendre hommage au roi Bhumibol. Parmi eux, on remarquait le roi et la reine du Bhoutan, le roi et la reine du Lesotho, le roi et la reine de Tonga, les reines des Pays-Bas, de Belgique et de Suède ainsi que la reine mère Sophie d’Espagne, les princes héritiers de différentes monarchies européennes, le prince Andrew du Royaume-Uni, la princesse Kiko et le prince Akshino du Japon. La France quant à elle, était représentée par Jean-Marc Ayrault, ancien premier ministre. Puis, tous ces dignitaires présentèrent leurs condoléances au nouveau roi et aux membres de la famille royale, dans un grand hall proche du lieu de crémation. La crémation elle-même eut lieu au milieu de la nuit.

Le lendemain, le roi est revenu sur les lieux afin de rassembler les cendres de son père et de les placer dans une urne funéraire qui fut ensuite transportée solennellement dans un temple royal. Ces cérémonies ont officiellement mis un terme à la période de deuil national d’une année qui avait débuté à l’annonce du décès du roi Bhumibol, le 13 octobre 2016. Pendant un mois encore, les Thaïlandais et les touristes de passage pourront visiter le grand édifice funéraire qui servi de cadre à la crémation. Il sera ensuite démantelé et remisé avant d’être réutilisé dans un avenir que l’on espère lointain. Quant aux belles statues qui ornent cet édifice, elles seront offertes à différents temples bouddhistes. Ces statues représentent des personnages et des animaux mythiques tirés de la mythologie hindouiste, en particulier du Ramayana[4], tels que des représentations du dieu Indra, d’Hanuman le roi des singes, d’apsara, ces grâcieuses semi divinités féminines, d’éléphants blancs et de géants aux visages se voulant terrifiants.

Les bons esprits, principalement occidentaux, se sont émus du coût de cette grandiose cérémonie funéraire, estimé par la BBC à 90 millions de dollars. Il ne serait pourtant pas venu à l’idée de ces censeurs européens de s’élever contre les dépenses effectuées pour le mariage du prince Charles et de la princesse Diana (110 millions) ou contre le coût faramineux de la fastueuse célébration du Jubilée de Diamant (60 ans de règne) de la reine Elizabeth II (1,4 milliards d’Euros). J’ignore ce que coûta la commémoration du bicentenaire de la sanglante Révolution française, en 1989, mais le budget dilapidé dut certainement être bien supérieur à celui des funérailles du roi Bhumibol ! Les critiques émises à l’encontre des autorités thaïlandaises ressemblent donc fort à du mépris européocentriste à l’égard d’une nation du sud qui a pourtant elle aussi le droit de promouvoir sa culture, ses traditions et son histoire, toutes aussi respectables que celles de l’Angleterre ou de la France. Il ne serait venu à l’esprit d’aucun Thaïlandais de critiquer les dépenses effectuées pour honorer la mémoire de celui qu’ils continuent à considérer comme le père de leur nation et qui régna sur leur pays durant sept décennies. Bien au contraire, ces obsèques nationales permirent de renforcer l’unité nationale autour de la monarchie et de la religion, les deux piliers de la nation thaïe. Et surtout, les Thaïlandais dans leur ensemble ont éprouvé beaucoup de fierté de montrer au monde, avec ces somptueuses cérémonies funéraires, la richesse de leur culture et de leurs traditions multiséculaires. Ce qui s’est passé à Bangkok ces derniers jours a certainement permis de promouvoir l’image de la Thaïlande à travers le monde et donc d’attirer davantage de visiteurs dans les mois et dans les années à venir, contribuant ainsi au développement économique du pays. Ces 90 millions de dollars ont certainement été un investissement judicieux dont les retombées bénéficieront à l’ancien Siam et à son peuple. Pour ma part, je ne regrette pas le temps passé à suivre le déroulement de ces grandioses funérailles royales. Dommage que, contrairement aux funérailles de Lady Di, cet évènement n’ait pas été retransmis en direct par les grands médias occidentaux. Les obsèques du roi Bhumibol étaient pourtant certainement plus hautes en couleur et plus dépaysantes que toutes les cérémonies de Westminster Abbey ou que tous les défilés, militaires ou non, sur l’avenue des Champs-Elysées !

Hervé Cheuzeville, 31 octobre 2017.

(Hervé Cheuzeville est l’auteur de sept livres et de nombreux articles et chroniques. Son dernier ouvrage « Prêches dans le désert » est paru aux Editions Riqueti en mars 2017. Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ).

[1] ภูมิพลอดุลยเดช en langue thaïe, ce qui se prononce  [pʰūː.mí.pʰōn ʔā.dūn.jā.dèːt] ; il s’agit d’un nom d’origine sanskrit (Bhūmibala Atulyateja) signifiant littéralement « force de la terre ».

[2] Des Royaumes méconnus – 1. Royaumes d’Asie, Edilivre décembre 2015 (que l’on peut commander chez l’éditeur en cliquant sur le lien suivant : http://www.edilivre.com/les-royaumes-meconnus-1-royaumes-d-asie-23232ec89d.html#.Vlgxfr9QCig ).

[3] « pelouse royale ».

[4] « Le parcours de Rama », poème épique rédigé en sanskrit, qui fut composé entre le IIIème siècle avant JC et le IIIème après JC. Il comprend 48 000 vers. Sa version thaïe est connue sous le nom de Ramakiène (la gloire de Rama).

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