Mes Chroniques »

Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 207 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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13 août 1914 : la première bataille navale de la Grande Guerre

Submitted by on 02/02/2014 – 10:24 2 Comments | 5 007 views

Avec ses 30 800 km², le lac Malawi est le troisième lac d’Afrique, après le lac Victoria et le lac Tanganyika. Mais avec ses 704 mètres de profondeur, il est le deuxième du continent, derrière le lac Tanganyika. Long de 588 kilomètres, sa largeur peut atteindre 85 kilomètres. Il s’agit donc d’une véritable mer intérieure, bordée de magnifiques plages et d’escarpements rocheux. L’essentiel de ses eaux se trouve dans le pays qui porte son nom, le Malawi. Cependant, il borde aussi, à l’est, le Mozambique et, au nord-est, la Tanzanie. Sur la côte tanzanienne, non loin de la frontière mozambicaine, se trouve une petite bourgade de pêcheurs nommée Liuli. Elle est blottie au fond d’une jolie baie abritée par une série de sept gros rochers. Vu du large, l’un de ces rochers a une forme de sphinx. Les missionnaires allemands qui s’y installèrent au XIXe siècle nommèrent donc l’endroit Sphinxhafen, le port du Sphinx. A l’époque, le lac Malawi était connu sous le nom de lac Nyassa. Quand l’immense territoire situé entre les lacs Victoria, Tanganyika et Nyassa et l’océan Indien devint l’Afrique Orientale Allemande, Sphinxhafen se transforma en une base de réparation pour les vapeurs qui sillonnaient le lac. Le plus important de ces navires était le « Hermann von Wissmann ». Il portait le nom du célèbre explorateur allemand, qui avait été gouverneur de l’AOA de 1895 à 1896. Lancé en 1890, sa mission initiale était de pourchasser les trafiquants d’esclaves, des commerçants devenus seigneurs de la guerre, d’origine arabe et swahili.

Le 13 août 1914, un évènement peu ordinaire se produisit à Sphinxhafen.

Le capitaine Berndt s’ennuyait. Il comptait les jours. Il lui tardait de rentrer en Allemagne. Dans ce trou perdu, il se sentait oublié. Le poste qu’il occupait était loin d’être prestigieux : il commandait le Hermann von Wissman, qui  n’était qu’un tout petit vapeur. Debout sur la plage, il observait ses askaris, soldats indigènes, qui s’affairaient lentement autour de son navire qui avait été tiré au sec quelques jours plus tôt. En effet, la coque du bateau nécessitait quelques réparations.

Quand le capitaine Berndt vit le petit vapeur britannique « Guendolen » entrer dans la baie de Sphinxhafen, il se réjouit à l’idée  de boire à nouveau quelques verres avec son ami le capitaine Rhoades. Cela arrivait de temps à autre, lorsque les deux navires se croisaient. Ces rencontres impromptues et les bouteilles bues ensemble étaient un de leurs rares plaisirs, elles égayaient quelque peu la monotonie de leur vie sur ce lac du bout du monde. La joie de Berndt fut de courte durée. Alors que le Guendolen continuait à approcher, son unique canon, placé à l’avant,  ouvrit le feu en direction du rivage ! Certes, les tirs n’étaient guère précis, et les obus s’écrasaient dans la végétation environnante. Le canonnier, un volontaire écossais, était loin d’être un tireur expérimenté.  Berndt était stupéfait. Ne songeant même pas à s’abriter, il courut vers une chaloupe qui se trouvait à proximité de la plage où il se tenait. C’est alors qu’un obus – était-ce le sixième ? Le septième ? – finit par faire mouche, endommageant la poupe du Hermann von Wissmann. Furieux, Berndt sauta dans le canot, en donnant l’ordre à deux soldats indigènes de l’amener jusqu’au Guendolen. Les deux Africains se mirent à souquer ferme, et la petite embarcation s’éloigna du rivage. Rouge de colère, Berndt hurlait des insultes à l’intention de son ami anglais. Lorsque il fut tout près du vapeur britannique, il lui cria : « Es-tu devenu fou ? Arrête ces bêtises tout de suite! » Rhoades, accoudé au bastingage, le regardait sans piper mot. Il fit signe à des matelots d’aider Berndt à monter à bord. Ce dernier continuait à crier : « Tu as complètement perdu la raison ! Comment vas-tu m’expliquer ça ? Je sais que tu apprécies le rhum mais là, tu as vraiment abusé, ma parole ! » C’est alors que Rhoades consentit enfin à lui répondre : « Où vis-tu, mon ami, derrière la lune ? » De plus en plus interloqué et ne contenant plus sa rage, Berndt s’écria : « Derrière la lune ? Attends un peu de recevoir mon poing sur la figure, tu vas voir ! » Rhoades lui dit alors : « Je vais t’expliquer, à toi, le prisonnier de guerre de la flotte britannique. » « Prisonnier de guerre ? Plonge donc ta tête dans l’eau froide, tu as perdu l’esprit ! » l’interrompit Berndt, toujours écumant de rage.   « Pas du tout, pas du tout », lui rétorqua Rhoades, gardant tout son flegme britannique, « depuis le début du mois, nos patries sont en état de guerre et j’ai reçu l’ordre de libérer ce lac de toute présence ennemie, mon ami. Et pour ce faire, nous n’hésiterons pas à faire à nouveau usage de la violence.» Le malheureux Berndt n’avait pas encore reçu la nouvelle de la déclaration de guerre ! Il se retrouva donc prisonnier et son navire fut capturé, sans avoir eu le temps de faire tirer un seul coup de feu.

Quelques jours plus tard, le « Times » de Londres pouvait titrer : « Naval victory on Lake Nyasa » (victoire navale sur le lac Nyassa) !

C’est ainsi que débuta la Première Guerre Mondiale en Afrique australe, et que le lac Nyassa fut le théâtre de la première bataille navale de la Grande Guerre. La seule victime de cette bataille de Sphinxhafen fut l’amitié entre deux capitaines qui aimaient tant boire ensemble. Les batailles suivantes, tant navales que terrestres, en Europe mais aussi en Afrique, allaient malheureusement se révéler bien plus meurtrières ! Au Malawi, seul le canon Hotchkiss du vapeur Guendolen rappelle encore cet évènement depuis longtemps oublié. En effet, il  orne un rond-point de Mangochi, petite ville située à l’extrémité sud du lac Malawi.

Hervé Cheuzeville, 1er février 2014

Photo du canon Hotchkiss de la « Guendolen », à Mangochi (Malawi):

http://www.flickr.com/photos/62982334@N06/8322105564/in/set-72157626822769052

2 Comments »

  • Angus dit :

    Merci pour ce beau récit de cette histoire, racontée du point de vue du pauvre Capitaine Berndt. J’ai lu plusieurs différentes versions de cette engagement navale, mais c’est la première fois que j’ai croisé la discussion entre les deux capitaines dans un tel détail – avec des sympas touches colorées de dialogue, genre « derrière la lune ».

    Est-ce que vous auriez une source historique pour leurs échanges, ou est-ce un « élargissement littéraire » – tout à fait justifiable! – des faits connus de l’histoire?

    Mon père, qui travaillait en Malawi dans les années 60, était impliqué dans la création et l’enregistrement d’une version théâtrale de l’histoire pour la radio locale, MBC – d’ou mon intérêt!

    Merci d’avance.

    • admin dit :

      Merci pour ce commentaire.
      J’ai moi-même vécu 6 années au Malawi et j’ai entendu cette histoire de nombreuses fois et j’ai aussi lu diverses versions. Mon propre récit est donc une sorte de synthèse de souvenirs personnels et de lectures et, enfin, de quelques recherches sur internet lorsque j’entrepris la rédaction de cet article, voici un peu plus d’un an. Je me souviens être tombé sur un site allemand qui contenait le dialogue en question, que j’ai donc repris après l’avoir traduit, pour rendre mon texte un plus vivant…

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