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Joyeux Noël !

07/11/2017 – 3:36 | No Comment | 179 views

Ma chronique d’aujourd’hui sera davantage une lettre ouverte qu’une véritable chronique. Cette lettre s’adresse à la municipalité de Bastia, ville d’où ces lignes sont écrites, mais aussi et très certainement à la plupart des municipalités …

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30 juin!!!

Submitted by on 30/06/2017 – 6:58 No Comment | 263 views

J’ai rédigé le texte ci-dessous le 30 juin 2014. Il est malheureusement toujours d’actualité. Si je devais écrire de nouveau au sujet de cette date du 30 juin, sans doute serais-je encore plus pessimiste: la situation au Soudan du Sud s’est dramatiquement aggravée, la troisième guerre n’est pas encore terminée et sans doute est-elle encore plus atroce que les deux précédentes (1955-1972 et 1983-2005), car il s’agit d’un conflit fratricide et tribal. J’ai également perdu espoir en ce qui concerne la République Démocratique du Congo. Des massacres y sont toujours commis, surtout dans la région de Beni-Butembo, au nord de la province du Nord-Kivu, mais aussi, et c’est un nouveau et bien triste développement, au Kasaï, dans le centre de cet immense pays. La pauvreté, la crise économique, le chômage s’aggravent, tandis qu’une petite élite affiche une richesse toujours plus insolente. Comme si cela ne suffisait pas, une crise politique sans fin se superpose aux crises humanitaire et économique, avec un président et son clan qui utilisent tous les moyens à leur disposition pour s’accrocher au pouvoir tandis que l’opposition ne parvient pas à surmonter ses querelles de personnes. En ce 30 juin 2017, les souvenirs du Soudan et du Congo m’assaillent et je pense tout particulièrement à tous ceux que j’ai connu et aimé dans ces deux pays devenus trois: Soudan, Soudan du Sud et République Démocratique du Congo.  

Hervé Cheuzeville, 30 juin 2017

Le 30 juin est une date qui ne me laisse jamais indifférent. Elle me rappelle de nombreux souvenirs.

Tout d’abord le 30 juin 1989.

A l’époque, je vivais ma première expérience africaine. Je me trouvais à Wau, ville de ce qui était encore le sud du Soudan. Une ville de garnison, assiégée par les rebelles de la SPLA[1]. Une ville où s’entassaient des milliers de déplacés faméliques, fuyant la guerre qui, depuis 1983, faisait rage dans la brousse, opposant l’armée de Khartoum à la rébellion sudiste dirigée le colonel John Garang. C’est à Wau, ce 30 juin, que j’appris qu’un coup d’Etat avait eu lieu la nuit précédente, dans la capitale. Un officier inconnu, du nom d’Omar Hassan al-Bachir, venait de prendre le pouvoir, renversant le gouvernement civil du premier ministre Sadek al-Mahdi. La plupart des « experts » affirmaient alors que ce nouveau pouvoir militaire ne tiendrait pas plus de quelques mois, et qu’un contrecoup aurait rapidement lieu. Vingt-cinq ans plus tard, Omar Hassan al-Bachir est toujours au pouvoir, et Wau se trouve désormais dans la République du Soudan-du-Sud, indépendant depuis 2011, mais en proie à une nouvelle guerre, cette fois entre seigneurs de la guerre de la SPLA qui semblent éprouver de grandes difficultés à se transformer en politiciens ou, mieux, en véritables hommes d’Etat!

Dans ce nouveau conflit, comme lors de celui qui a eu lieu de 1955 à 1972, ou lors de celui qui ravagea à nouveau le Sud entre 1983 et 2005, c’est encore et toujours la population civile qui paye le plus lourd tribut : famines à répétition, déplacements massifs de populations, détournements de l’aide internationale. Ce sont probablement des millions de Sud-Soudanais qui, durant ces trois guerres, ont péri, à la suite des massacres ou des bombardements ou, également, à la suite des famines et des épidémies. Ces trois guerres ont une particularité : elles ont été très peu médiatisées. Au Soudan-du-Sud, on meurt généralement en silence, loin des caméras de CNN. Le conflit actuel et le précédent ont pourtant un point commun : la lutte pour le contrôle des puits de pétrole et des énormes revenus qui découlent de l’exploitation de cette abondante ressource. Les combats qui se déroulent depuis décembre dernier dans les régions de Bor, de Malakal et de Bentiu sont peut-être encore plus cruels que ceux des deux premières guerres. Car il s’agit là de combats fratricides, entre anciens rebelles sudistes qui se déchirent pour garder le pouvoir, ou pour y parvenir, tout cela sur fond de haines tribales séculaires entre Dinka et Nuer. Ces deux ethnies sont pourtant « cousines » : il s’agit de peuples nilotiques, partageant le même mode de vie semi nomade, la même culture basée sur l’élevage des bovins. Dinka et Nuer parlent des langues pratiquement identiques. Cela ne les empêche pas de se détester depuis toujours. Autrefois, ils se razziaient mutuellement leurs vastes troupeaux de vaches. Aujourd’hui leurs chefs les font s’entretuer pour le contrôle du pouvoir à Juba et pour celui des champs pétrolifères,  lesquels se trouvent dans des zones situées dans un no man’s land entre territoires dinka et nuer ! Aujourd’hui, en évoquant les massacres en cours, certains observateurs n’hésitent plus à utiliser le terme de « génocide ». Un génocide qui semble décidément peu intéresser les grands médias.

Si quelqu’un doit se réjouir de cette nouvelle guerre, c’est bien Omar Hassan al-Bachir ! Sans doute n’est-il d’ailleurs pas étranger dans l’instigation de cette lutte fratricide. Il n’a eu de cesse, depuis son arrivée au pouvoir en 1989, de diviser pour régner. S’il a dû, contraint et forcé, accepter l’inéluctable, c’est-à-dire l’indépendance du Soudan-du-Sud, il n’a jamais renoncé au pétrole, qui est exporté par le biais d’un oléoduc reliant les puits à Port-Soudan, sur la mer Rouge, donc à travers le territoire soudanais. Le régime de Bachir ne semble pas s’être amélioré avec le temps. Au Soudan, démocratie et droits de l’Homme (et de la femme !) semblent demeurer des notions étrangères. L’opposition y est toujours férocement réprimée et le sort des minorités non arabisées y est épouvantable. Celui du peuple nouba, en particulier. Ce peuple noir animiste, musulman et chrétien continue à s’accrocher à ses montagnes et à rejeter l’arabisation forcée que tous les régimes de Khartoum ont tenté de lui imposer. Au Darfour, les tueries se poursuivent, le pouvoir de Khartoum continuant à manipuler certains groupes ethniques pour en massacrer d’autres. Ce conflit inter-musulman ne fait pourtant plus la Une de l’actualité. Quant à la minorité chrétienne du Soudan, elle est plus que jamais soumise aux humiliations, aux restrictions, aux conversions forcées, comme le cas de la jeune femme condamnée à mort pour « apostasie » en a été récemment la triste illustration.

Le second 30 juin est celui de 1960.

Il est très évocateur pour moi.  Certes, je ne suis pas assez âgé pour me rappeler personnellement  l’évènement de ce jour. Mais j’ai vécu de nombreuses célébrations de cette date, l’indépendance du Congo Belge, devenu la République Démocratique du Congo, avant de se transformer pour un temps en République du Zaïre, puis de redevenir la RDC.

Tant de moments, bons ou moins bons, me lient à ce pays où j’ai aussi vécu et travaillé. Souvenirs de la guerre et de l’occupation ougandaise et rwandaise de l’Est du pays, souvenirs de démobilisations d’enfants soldats (souvent ratées), souvenirs de pillages à grande échelle, souvenirs de corruption et d’oppression et, là aussi, souvenirs de massacres et de misère. Souvenirs tout frais aussi de mon récent séjour à Bukavu où j’ai été émerveillé par la vitalité de ce peuple et, en particulier par celle de sa jeunesse.  Les Congolais célèbrent aujourd’hui le 54è anniversaire de leur indépendance. Mais ont-ils réellement des raisons de se réjouir, en faisant le bilan de ce premier demi-siècle de souveraineté nationale? La guerre et les sécessions commencèrent à déchirer cet immense pays quelques semaines seulement après le 30 juin 1960. Puis ce furent trente années de dictature kleptocrate, celle du maréchal  Mobutu Sese Seko. Et ce régime évolua comme l’état de santé de son fondateur, vraiment mal. Les voisins ougandais et rwandais n’hésitèrent pas à profiter de la déliquescence du Zaïre et du cancer de son fondateur pour envahir le pays, massacrer les réfugiés rwandais et s’emparer des immenses ressources naturelles, sous le couvert d’une prétendue rébellion congolaise. Mobutu survécut à sa chute pendant quelques mois seulement. Il mourut abandonné de tous dans un hôpital marocain. Depuis, les rébellions ont succédé aux rébellions, toutes orchestrées depuis Kigali par le général-président Kagame. Le peuple congolais, en particulier celui vivant dans la partie orientale du pays, a connu, depuis 1996, un véritable voyage au bout de l’enfer. Le viol y a pris, au fil des ans, des proportions de crime de masse. Comme au Soudan- du-Sud, les déplacements de populations sont devenus répétitifs. Les massacres, la famine et les épidémies ont tué des millions de personnes, faisant du conflit congolais le plus meurtrier depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Décembre 2013 a apporté à cette région martyre un peu d’espoir. La dernière fausse rébellion en date a pris fin, les territoires perdus ont été libérés et les déplacés commencent à rentrer chez eux. Attention, cependant. Kagame est toujours au pouvoir au Rwanda, et il n’a certainement pas renoncé à ses ambitions prédatrices et expansionnistes !

En ce 30 juin 2014, on ne peut que souhaiter au peuple congolais d’entamer un second demi-siècle d’indépendance nationale qui soit plus positif, en matière de paix, de liberté et de développement, que le premier…

Hervé Cheuzeville, 30 juin 2014.

[1] Sudan’s Peoples Liberation Army, ou Armée de Libération des Peuples du Soudan.

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