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07/11/2017 – 3:36 | No Comment | 197 views

Ma chronique d’aujourd’hui sera davantage une lettre ouverte qu’une véritable chronique. Cette lettre s’adresse à la municipalité de Bastia, ville d’où ces lignes sont écrites, mais aussi et très certainement à la plupart des municipalités …

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Arrestation d’Hissène Habré: n’oublions pas Françoise Claustre!

Submitted by on 09/07/2013 – 8:27 No Comment | 5 836 views

Le 30 juin dernier s’est produit un évènement qui n’a guère attiré l’attention des grands médias internationaux. Un ancien président a été arrêté à Dakar. Ici, en Afrique, l’arrestation d’Hissène Habré n’est pas passée inaperçue. En effet, pour la première fois, un ex-chef d’État doit être jugé par une cour mise en place par l’Union Africaine. En juillet 2006, cette dernière avait donné mandat au Sénégal afin de juger Hissène Habré pour crimes de guerre et actes de torture.

Vivant au Tchad, je ne suis pas resté indifférent à l’emprisonnement de cet ancien dictateur, exilé au Sénégal depuis sa fuite de décembre 1990. Mais ce n’est pas le triste bilan en vies humaines du régime Habré qui a retenu mon attention. D’autres dictateurs ont fait pire que lui, en matière de droits de l’Homme : en Ouganda, au Soudan, au Burundi, au Rwanda ou au Congo/Zaïre, les victimes se sont comptées en centaines de mille, voire en millions. Alors qu’au Tchad, on estime à 40 000 le nombre des victimes de l’ancien président. Certes, durant le seul mois de novembre 1990, à la veille de son éviction, 300 prisonniers politiques furent sommairement exécutés, et plusieurs fosses communes devaient être mises à jour. En ce qui me concerne, cette arrestation a réveillé en moi un vieux souvenir. Un souvenir remontant aux années 70, celui du visage d’une femme épuisée et en pleurs. Celui de Françoise Claustre, ethnologue et archéologue française.

À l’époque, comme des millions de Français, j’avais été ému par le sort pitoyable qu’un petit chef rebelle tchadien avait réservé à cette scientifique, née en 1937 à Paris. Elle avait été enlevée lors d’une attaque rebelle près de Bardaï, dans le Tibesti, le 21 avril 1974, ainsi qu’un coopérant français et un médecin allemand. L’épouse de ce dernier et deux soldats tchadiens avaient été tués lors du raid. Le gouvernement de Bonn devait rapidement négocier et payer la rançon exigée par les rebelles, permettant ainsi la libération du docteur. Le coopérant parvint à s’échapper le 23 mai 1975. Françoise Claustre, quant à elle, devait rester captive 1000 jours, dans des conditions très pénibles. Le Tibesti est un massif rocailleux inhospitalier, coupé du monde, au milieu du Sahara, aux confins du Tchad et de la Libye. La chaleur y est épouvantable durant la journée, mais il peut y faire très froid la nuit.

Plusieurs mois après l’enlèvement, le gouvernement français finit par envoyer un émissaire afin de négocier avec les rebelles. Le commandant Pierre Galopin, Saint-Cyrien, officier des troupes de marine, ancien méhariste, membre du SDECE, connaissait bien le pays. Il y avait dirigé la garde nationale puis les services secrets. Violant les lois de la guerre et les traditions d’honneur des peuples du désert, le chef rebelle captura le militaire français le 4 août 1974 avant de le faire « juger » par une cour révolutionnaire et sommairement exécuter, en avril 1975.

Désespéré par le calvaire interminable de son épouse, Pierre Claustre tenta de négocier directement avec les rebelles. Mais il fut à son tour capturé, le 26 août 1975. Le montant de la rançon fut fixé à 10 millions de francs, ainsi qu’un ultimatum devant expirer le 23 septembre. C’est alors que les reportages de deux journalistes, Raymond Depardon et Marie-Laure de Decker émurent l’opinion française. Ils étaient parvenus à rencontrer l’infortunée scientifique ainsi que son bourreau. C’est ainsi que le monde entier commença à connaître le nom d’Hissène Habré. Le gouvernement français finit par payer la rançon. Mais ce paiement déclencha une dispute devant dégénérer en conflit fratricide entre les chefs rebelles. Une faction resta loyale à Habré, tandis qu’une autre suivit Goukouni Oueddeï. La faction de ce dernier, soutenue par la Libye, parvint à prendre le contrôle du couple d’otages. La France envoya son premier ministre, Jacques Chirac, négocier avec Kadhafi. C’est ainsi que les époux Claustre furent enfin rendus à la liberté, le 31 janvier 1977, à Tripoli.

Durant les années suivantes, le pouvoir central tchadien, dominé par des militaires Sudistes, continua de perdre le contrôle du pays, tandis les rebelles nordistes montaient en puissance. Un accord de paix bien éphémère permit à Hissène Habré de devenir premier ministre d’un gouvernement de coalition, en août 1978. Mais la guerre ne tarda pas à reprendre. Elle permit le passage au pouvoir de Goukouni Oueddeï, toujours soutenu par Kadhafi. Le 7 juin 1982, Habré s’empara de la capitale, chassant son rival de la présidence. N’djaména n’était plus que ruines et désolation. Une grande partie de sa population avait fui les combats pour se réfugier de l’autre côté du fleuve Chari, au Cameroun.

Cette prise du pouvoir par Hissène Habré provoqua l’invasion du Tchad en 1983 par l’armée libyenne, venue au secours du protégé de Tripoli. C’est ce qui amena l’impensable, l’inconcevable, l’inacceptable : Paris vint en aide à l’ancien ravisseur de Françoise Claustre, à l’assassin du commandant Galopin, afin de stopper l’avance des troupes de Kadhafi. Grâce à l’appui français et à l’Opération Épervier, déclenchée par François Mitterrand, l’armée d’Habré put contre-attaquer et partir à la reconquête de la moitié nord du territoire tchadien, en mars 1987. Les Libyens furent mis en déroute, les troupes tchadiennes parvenant même à porter la guerre sur le sol de la « Jamahiriya », infligeant une humiliation sans précédent au dictateur de Tripoli. Ce dernier fut contraint de négocier la paix avec le Tchad, une paix qui permit à Hissène Habré de récupérer la bande d’Aouzou, annexée par la Libye depuis 1973, et de consolider son pouvoir sur l’ensemble du pays.

L’ancien rebelle ne savoura pas sa victoire très longtemps. Idriss Déby, son chef d’état-major et compagnon de longue date fit défection afin de lancer une nouvelle rébellion depuis le Soudan. Ces rebelles entrèrent dans N’djaména, le 1er décembre 1990, quelques heures après qu’Hissène Habré eut pris la fuite, après avoir fait main basse sur les réserves du pays, déposées dans les banques de la capitale. Il a depuis coulé des jours paisibles dans une belle villa dakaroise, jouissant de l’hospitalité des gouvernements sénégalais successifs. Jusqu’à ce 30 juin 2013, lorsque, à près de 71 ans, il fut enfin rattrapé par son passé…

Françoise Claustre n’a pas vécu assez longtemps pour voir son ancien geôlier emprisonné et jugé : elle succomba au cancer en 2006, à Montauriol, dans les Pyrénées Orientales. Depuis son retour en France, elle avait tout fait pour retrouver l’anonymat, poursuivant sa passion pour l’archéologie dans le sud-ouest de la France.

Hervé Cheuzeville, 8 juillet 2013

(Auteur de quatre livres: “Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale”, l’Harmattan, 2003; “Chroniques africaines de guerres et d’espérance”, Editions Persée, 2006; “Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé”, Editions Persée, 2010 ; « Au fil des chemins – Afrique, Asie, Méditerranée », Editions Edilivre, à paraître)

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