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Tunisie – Israël: pourquoi tant de haine, Monsieur le Président ?

11/02/2020 – 8:41 | No Comment | 1020 views

La Tunisie n’a aucun contentieux territorial avec l’État d’Israël. Oui, c’est vrai, le 1er octobre 1985, l’armée de l’Air israélienne, lors de l’opération « Jambe de bois », avait bombardé le quartier-général de l’OLP à Hammam Chott, …

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Bougainville : « Rien ne peut arrêter un peuple qui a choisi d’aller vers l’émancipation »

Submitted by on 18/12/2019 – 4:34 No Comment | 1513 views

Il est une île qui, bien que située aux antipodes de la Corse, a pourtant un certain nombre de points communs avec cette île méditerranéenne. Il s’agit de l’île de Bougainville. Avec ses 9318 km², elle est à peine plus vaste. S’il faut en croire les statistiques de 2011, la population de Bougainville serait légèrement inférieure à celle de la Corse : 250 000 habitants seulement. Mais cette population étant beaucoup plus jeune, je n’ai aucun doute que ce chiffre soit désormais largement dépassé. Autre point commun entre les deux îles, Bougainville est elle aussi très montagneuse, son point culminant, le Mont Balbi, atteignant 2715 mètres d’altitude, soit 9 mètres de plus que le Monte Cintu ! Mais là s’arrête la comparaison. En fait, Bougainville est composée de deux îles jumelles, Bougainville proprement dite et Buka, qui sont séparées par un chenal large de 300 mètres seulement. Il existe de nombreux volcans, dont plusieurs sont actifs ; le plus célèbre est le Mont Bagana dans le centre-nord de Bougainville. On peut en apercevoir la fumée à des kilomètres à la ronde. Il y a de fréquents séismes, mais ils causent généralement peu de dégâts, l’île étant faiblement urbanisée. Bougainville est couverte de forêts primaires et son climat est tropical. Il y pleut beaucoup.

Bougainville doit son nom au Comte Louis-Antoine de Bougainville. Il y aborda le 30 juin 1768, durant son tour du monde, lequel tour du monde débuta à Nantes le 15 novembre 1766 avant de s’achever à Saint-Malo le 16 mars 1769. Deux navires participèrent au voyage, la frégate « la Boudeuse », à bord duquel se trouvait Bougainville, et la flûte « l’Étoile ». Ce long périple constitua le premier tour du monde réalisé par un Français. Bougainville naquit à Paris en 1729 et y mourut en 1811. Il donna donc son nom à cette terre lointaine, mais aussi à un arbuste. Le botaniste Philibert Commerson qui participait au tour du monde de Bougainville à bord de « l’Étoile », collecta, lors d’une escale brésilienne, des spécimens de cet arbuste qu’il baptisa Bougainvillea afin d’honorer le commandant de l’expédition. Le bougainvillier et ses fleurs, les bougainvillées, allaient devenir très communs en France et en Europe. La fleur connut la célébrité après avoir été offerte à Joséphine de Beauharnais, la première épouse de Napoléon.

Géographiquement, l’île de Bougainville appartient à l’archipel des Salomon, dont c’est d’ailleurs la plus grande île. Cet archipel s’étend sur environ 1 100 kilomètres de longueur pour 600 kilomètres de largeur et sa superficie totale est de 40 000 km². En dehors de Bougainville, les autres îles principales qui composent cet archipel sont Choiseul, Guadalcanal, la Nouvelle-Géorgie, Santa Isabel, Malaita et San Cristobal. Ces îles, auxquelles on ajoutera une multitude d’îlots coralliens, ont obtenu leur indépendance le 7 juillet 1978. Cet État des Salomon a pour capitale Honiara, une ville située à Guadalcanal, la deuxième île de l’archipel par la taille. Mais Bougainville ne fait pas partie de l’État des Salomon. L’île, ainsi que les îlots attenants, appartient en effet à l’État de Papouasie-Nouvelle-Guinée, indépendant depuis 1975 et qui comprend, outre Bougainville et une multitude d’îles et d’îlots, la moitié orientale de la troisième plus grande île de la planète, après l’Australie et le Groenland, la Nouvelle-Guinée. Cette appartenance de Bougainville à l’État de Papouasie-Nouvelle-Guinée est d’ailleurs le motif qui m’a donné l’idée d’écrire au sujet de cette île lointaine : les Bougainvillais ont en effet participé à un référendum historique, pendant deux semaines, du 23 novembre au 7 décembre 2019. Les votants ont eu le choix entre deux options : une plus grande autonomie, au sein de l’État de Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou l’indépendance pure et simple. Le résultat annoncé est clair et sans appel : plus de 98 % des votants se sont prononcés pour l’indépendance de leur île !  Il est donc probable que Bougainville devienne prochainement le 194ème État de la planète, suivant en cela l’exemple récent du Soudan du Sud, devenu indépendant en 2011.

Comment en est-on arrivé à un tel référendum ? Pour cela, il convient, comme toujours, de revenir à l’histoire. En 1885, l’île de Bougainville fut colonisée, comme le quart nord-est de la Nouvelle-Guinée et les îles environnantes, par l’Empire d’Allemagne, par l’intermédiaire de sa « Compagnie de Nouvelle-Guinée ». Un archipel et une mer faisant partie de ce territoire porte d’ailleurs, depuis, le nom de Bismarck ! La christianisation de l’île débuta en 1902 avec l’arrivée de missionnaires. De nos jours, 70 % des Bougainvillais sont catholiques, les autres étant protestants. Mais, durant la Première Guerre mondiale, la colonie allemande fut conquise militairement par l’Australie, à partir du quart sud-est de la Nouvelle-Guinée, territoire qui lui appartenait déjà. La moitié occidentale de cette grande île, constituait une colonie néerlandaise. Au traité de paix de Versailles, en 1919, l’Allemagne perdit l’ensemble de son empire colonial, dont les différents territoires furent confiés par la SDN aux vainqueurs. C’est ainsi que l’Australie obtint un mandat pour administrer l’ex-colonie allemande de Nouvelle-Guinée, Bougainville comprise.

En 1942, Bougainville fut occupée par les Japonais, ainsi qu’une partie de la Nouvelle-Guinée. Les Alliés en reprient le contrôle dès l’année suivante, mais des troupes japonaises parvinrent à se maintenir dans l’île jusqu’à la capitulation du Japon, en août 1945. Durant les années 70, du cuivre fut découvert à Bougainville. La compagnie australienne « Bougainville Copper » mis alors en exploitation une gigantesque mine de cuivre à ciel ouvert, à Panguna, dans le centre de l’île. Cette mine allait rapidement devenir la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert au monde. C’est cette mine qui déclencha le mécontentement de la population bougainvillaise, qui, très vite, commença à protester contre les immenses dégâts causés à l’environnement et contre le peu de retombées économiques pour l’île. Sur ces entrefaites, en 1975, l’Australie accorda son indépendance à la Papouasie-Nouvelle-Guinée; cela n’empêcha pas la compagnie australienne de poursuivre l’exploitation du cuivre bougainvillais. Entre septembre 1975 et août 1976, il y eut une première tentative de sécession de Bougainville, qui finit par échouer. En 1988, un mouvement rebelle, l’Armée Révolutionnaire Bougainvillaise, fut créée par Francis Ona et Perpetua Serero. Les activités de ce groupe armé obligèrent la Bougainville Copper à fermer la mine de Panguna en 1989. Cette année-là, l’indépendance fut proclamée et un gouvernement intérimaire constitué. Les autorités de Papouasie-Nouvelle-Guinée réagirent en établissant un blocus de l’île et en envoyant un corps expéditionnaire. Ce fut le début d’une guerre civile qui allait durer dix années et causa la mort de quinze à vingt-mille bougainvillais. À partir de 1997, une médiation néo-zélandaise amena la signature d’un accord de paix, le 30 août 2001. Cet accord prévoyait l’autonomie interne pour Bougainville et l’organisation d’un référendum d’autodétermination avant 2020. C’est ce référendum qui vient d’avoir lieu. Une chambre de représentants de 31 membres fut élue et un conseil exécutif constitué. Le premier président de Bougainville fut Joseph Kabui, décédé en juin 2008. Les mines appartenaient désormais à la Région autonome, mais la grande mine de cuivre n’a pas été rouverte. Lors de l’élection présidentielle de juin 2010, John Momis fut élu, battant le président sortant, James Tanis. Le parcours de John Momis est assez original : cet homme, né en 1942, a exercé comme prêtre catholique de 1970 à 1993.  Le 23 novembre dernier, il fut le premier électeur à glisser son bulletin dans l’urne, en présence de nombreux journalistes venus couvrir cet évènement historique. Un total de 260 000 électeurs était appelé à voter, à Bougainville bien sûr, mais aussi en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Australie, où des bureaux de vote ont été spécialement ouverts pour les très nombreux Bougainvillais de la diaspora.

Le résultat du référendum a été accueilli dans l’enthousiasme général même si, en principe, il ne s’agissait que d’un référendum consultatif et que le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée n’est pas tenu de tenir compte dudit résultat. Mais l’ampleur du vote indépendantiste ne devrait pas permettre aux autorités de Port-Moresby de l’ignorer. Des négociations devraient donc s’ouvrir rapidement entre le gouvernement central et celui de Bougainville afin de décider des modalités de la future indépendance et de s’accorder sur un calendrier devant y conduire. Mais les ressources naturelles de l’île, que ce soient ses immenses réserves de cuivre ou son domaine maritime (et les droits de pêche qui en découleront) pourraient susciter de grandes convoitises. L’ancienne puissance coloniale australienne et ses compagnies minières seront attentives à préserver et accroître leurs intérêts. Quant à la Chine populaire, elle ne cache plus ses ambitions dans la région. Elle vient d’ailleurs de remporter coup sur coup deux succès diplomatiques en établissant des relations avec l’État des îles Salomon et avec celui des Kiribati, alors que ces deux pays reconnaissaient jusque-là la République de Chine (Taïwan) et bénéficiaient d’importants programmes de coopération de la part de Taïpeh. Nul doute que Pékin n’ait suivi avec la plus grande attention le déroulement du référendum bougainvillais. La Chine est un grand importateur de cuivre, nécessaire à ses industries. Les autorités du futur État de Bougainville sauront-elles résister aux chants des sirènes, qu’elles soient australiennes ou chinoises ?

L’important est cependant que le référendum ait eu lieu, et qu’il se soit déroulé de manière paisible. « Rien ne peut arrêter un peuple qui a choisi d’aller vers l’émancipation[1] ». Gageons que le processus bougainvillais ne manquera pas d’encourager d’autres nations sans État, que ce soit en Océanie[2] ou ailleurs dans le vaste monde !

Hervé Cheuzeville, 18 décembre 2019.

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti, 2017). Il a en outre contribué à l’ouvrage collectif « Corses de la Diaspora », dirigé par le Professeur JP Castellani (Scudo Edition, 2018). En 2018, il a fondé les Edizione Vincentello d’Istria à Bastia. Il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ).

[1] Phrase extraite du discours prononcé pas Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse, le 15 décembre 2019 lors de l’assemblée générale de son parti, Femu a Corsica, à Corti.

[2] Comment ne pas penser à la Nouvelle-Calédonie/Kanaky, où un troisième référendum d’autodétermination pourrait être organisé dans un proche avenir.

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