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Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 207 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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Chronique d’un village qui se meurt

Submitted by on 07/06/2017 – 7:24 No Comment | 245 views

Le Nebbiu, bien que très proche de Bastia, est l’une des microrégions les moins bien connues de Corse, tant des touristes que des Corses eux-mêmes. Le Cap Corse et la Balagne qui l’enserrent jouissent d’une plus grande notoriété. Du Nebbiu, on ne connaît que San Fiurenzu, son port de plaisance, bondé de touristes durant l’été et son superbe golfe, entre Agriate et Cap Corse. L’église San Michele de Muratu est malgré tout l’un des monuments les plus connus (et l’un des plus photographiés) de toute l’île, même si nombre de visiteurs ignorent qu’elle se trouve dans le Nebbiu, à la limite de Muratu et de Vallecale. La plage de Saleccia, sur la côte de l’Agriate, est très prisée des plaisanciers, même s’ils ne savent certainement pas qu’elle se trouve sur le territoire de deux communes du Nebbiu, San Gavinu et Santu Petru di Tenda. Ils se doutent encore moins qu’une partie du célèbre film « Le Jour le plus long » fut tourné sur cette plage magnifique ! Oletta est la seule commune du Nebbiu dont la population a considérablement augmenté, ces dernières années. Cela est sans doute dû à la proximité de Bastia : beaucoup de résidents de ce beau village travaillent dans l’agglomération bastiaise. En dehors des lieux que je viens de citer, le Nebbiu est réellement peu connu. Il s’agit pourtant d’une région splendide, formant une sorte de cuvette entourée de montagnes, sur lesquelles s’accrochent une dizaine de villages. Cette cuvette propice à l’agriculture s’ouvre, au nord, sur le golfe de San Fiurenzu. On y accède soit par des cols (Teghjime ou Bigornu) soit par un spectaculaire défilé, le Lancone. Le visiteur venant de Balagne, si l’envie lui prenait d’aller dans le Nebbiu, devra pour cela traverser le désert des Agriate. Autrefois, le Nebbiu constituait le plus petit des diocèses de Corse, comme en témoigne encore la très belle cathédrale pisane de San Fiurenzu, qui n’a rien à envier à la Canonica de Mariana, à Lucciana.

Le Haut-Nebbiu est encore moins fréquenté que le reste de la microrégion. Il s’agit de la partie ouest, celle qui s’étend sur les flancs de l’imposant massif de Tenda, lequel sépare le Nebbiu de la Balagne. C’est là que se trouve le village assez méconnu de Soriu di Tenda. Il n’est pourtant pas très éloigné de Bastia : 31 kilomètres seulement, si l’on passe par Biguglia et le défilé du Lancone. La raison principale de cette méconnaissance est probablement due au fait que la partie occidentale du Nebbiu est située en dehors des grands itinéraires. Il s’agit d’une microrégion enclavée. Pour aller à Soriu di Tenda, il faut vraiment avoir envie d’aller à Soriu di Tenda ! On n’y passe pas sans le vouloir. Cela n’a pas toujours été le cas. Avant que n’existent les routes goudronnées, les voyageurs se rendant à Calvi par voie terrestre passaient souvent par Soriu et le col de Tenda, qui domine le village et qui le sépare de Pietralba, en Balagne, de l’autre côté de la montagne. A l’ère de l’automobile, aucune route n’ayant jamais été construite pour relier les deux villages, le col de Tenda cessa d’être une voie communication unissant la Balagne au Nebbiu et Soriu devint une sorte de cul de sac.

Ce village compta jusqu’à 584 habitants à la fin du XIXe siècle. De nombreux élèves fréquentaient son école primaire. Aujourd’hui, la population ne totalise plus que 137 habitants, majoritairement assez âgée et les rares enfants du village doivent aller à l’école à Santu Petru, et au collège à San Fiurenzu. Depuis le début de l’année 2017, on a déjà dénombré 6 décès.  Comme nombre de villages de la montagne corse, Soriu se meurt. Pourtant, Soriu a tant à offrir. Les deux hameaux distincts qui composent le village, Valle et Croce, sont accrochés au massif de Tenda. Croce est dominé par l’éperon rocheux de San Damianu, au sommet duquel se trouve une croix métallique visible de partout. Le village offre une très belle vue sur la plaine du Nebbiu, le golfe de San Fiurenzu et la montagne d’en face, sur les flancs de laquelle on aperçoit les villages d’Olmetta, Oletta et Poghju d’Oletta.  Soriu est lové dans un creux verdoyant du massif de Tenda, au milieu d’une végétation abondante composée de châtaigniers et de chênes. L’eau, provenant de la montagne, y est abondante. Soriu est donc un village très vert, davantage ombragé que ses voisins immédiats et plus exposés, Pieve et San Gavinu.

Le patrimoine religieux de Soriu est important. L’église paroissiale San Filippu Neri et son haut clocher sont très visibles, car situés en bas, à l’entrée du village, au bord de la route départementale 62 qui fait le tour du Nebbiu, à flanc de montagne. Cette église fut édifiée au XVIIe siècle. Son maître-autel  en marbre polychrome jaune, rouge et noir est absolument remarquable. Il date de 1714 et aurait été réalisé par un artisan marbrier de San Fiurenzu. Il est d’ailleurs classé, depuis 1908. L’église renferme plusieurs tableaux remarquables dont l’un, l’Extase de Saint François de Paul, une peinture sur toile du XVIIe siècle, est également classé. En 1622 l’évêque du Nebbiu, Giovanni Mascardi, dédia l’église nouvellement construite à San Filippu Neri (1515 – 1596), qu’il avait bien connu. C’était la première église à avoir été dédiée à ce saint, que ce soit en Corse ou dans le reste du monde.  Elle fut consacrée en 1624. Au sommet du clocher, composé de 5 étages en pierres apparentes, pousse, de manière tout à fait incongrue, un petit olivier. Je l’ai toujours connu, nul n’est jamais parvenu à l’enlever. L’arracher mettrait sans doute l’édifice en danger.

Faisant face à l’église paroissiale, en bas du hameau de Valle, on découvre l’église Santa Croce, à la façade baroque artistement restaurée et bien mise en valeur. Elle serait plus ancienne que San Filippu Neri et aurait servi de lieu de culte intermédiaire entre l’abandon de la première église paroissiale et la construction de la nouvelle. La première église paroissiale était Santa Margarita, que l’on ne peut atteindre qu’à pied. Elle se situe en contrebas du village. Pour y arriver, il faut suivre sur quelques centaines de mètres un sentier qui descend vers la plaine du Nebbiu. Il part de la route départementale 62, à l’entrée de Soriu lorsque l’on vient de Pieve. Longtemps abandonnée, Santa Margarita est une église pisane du XIIIe siècle. Autrefois, elle était située au milieu du cimetière, avant que celui-ci ne soit transféré à son emplacement actuel, en contrebas de la route lorsque l’on sort de la belle forêt de châtaigniers, à l’entrée du village. Il y a aussi la chapelle Sant’ Antone, édifiée au XVIe siècle sur le plateau éponyme, juste au-dessus du hameau de Valle, à 427 mètres d’altitude. But de mes promenades d’enfant, j’ai longtemps connu cette chapelle en ruines, sans toit et ouverte à tous vents, alors qu’elle servait encore de grange. Aujourd’hui restaurée et embellie d’une rosace, elle abrite un grand haut-relief représentant le saint, Sant’Antone u Rimitu.  Plus haut dans la montagne, au col de Tenda, à 1210 mètres d’altitude, les marcheurs courageux peuvent découvrir les ruines d’un baptistère édifié durant le second quart du XIIe siècle, à l’époque pisane.  La présence d’un tel édifice en un tel endroit peut sans doute s’expliquer par la volonté d’évangéliser les populations semi-nomades, lors de la transhumance, sur les lieux de leur passage avec les troupeaux. Ce baptistère San Jabicu est en effet situé à un endroit stratégique, à une centaine de mètres du col de Tenda, dominant les vallées de l’Alisu, de l’Ostriconi et du Golu.  Il ne reste que deux pans de murs de ce bâtiment jadis octogonal, qui faisait environ neuf mètres de diamètre. Depuis quelques années, une messe est à nouveau célébrée en ce lieu magnifique, chaque 25 juillet, à l’occasion de la Saint Jacques.

En 1995, une association fut créée à Soriu, dans le but de sauvegarder et de mettre en valeur le patrimoine du village. Les efforts de l’Association pour le Développement de la microrégion de Tenda (ADT) et de son président, Francis Renucci, conjugués à ceux du nouveau maire, José Chiarelli, et de son équipe municipale, permirent d’accomplir des miracles. José, qui, à la fin des années 70 chantait son amour de la Corse au sein du groupe « Fiama nustrale », apporta toute son énergie à faire revivre son village.  La belle fontaine du XVIIe siècle, au centre du village, fut remise en état, ainsi que le four communal de Valle. Le Monument aux Morts, sur la place de l’église, a été restauré et embelli. La façade de l’église San Filippu a été entièrement repeinte et une jolie statue du Saint habite désormais dans l’édicule qui était demeuré vide depuis la construction de l’édifice, au XVIe siècle. Santa Croce a été transformée et bien équipée pour en faire une belle salle communale. Depuis lors, tous les évènements festifs ont lieu dans cette ancienne église. Santa Margarita a été sauvegardée et la chapelle Sant’Antone entièrement restaurée. Saint Antoine d’Egypte est fêté le 17 janvier. Mais, pour célébrer l’anniversaire de la fin des travaux de restauration, les habitants du village ont pris l’habitude de se rassembler à la chapelle chaque année à la fin du moins d’août, pour une messe en l’honneur de Sant’Antone u Rimitu. L’ADT a installé une très belle table d’orientation au sommet de l’éminence qui domine la chapelle. Cette table artistement décorée est l’œuvre du talentueux Jean-Fernand Orsini, meilleur ouvrier de France. Avant d’accéder au sommet et à la table d’orientation, on verra le petit oratoire en l’honneur du saint ermite. Il est constitué d’un creux de rocher qui abrite une petite statue en terre cuite représentant Sant’ Antone.  L’ancien lavoir, qui se trouve non loin de là, fut sauvé de l’abandon et remis en état. Les chemins ont été dégagés et balisés. Un beau sentier de randonnée, baptisé « entre profane et sacré », relie, par la montagne, les villages de Rapale, Pieve et Soriu.

Soriu recèle tant de trésors cachés. L’un de ceux que j’affectionne le plus est celui de Logu Pianu. Pour l’atteindre, il faut le mériter en faisant une petite marche, depuis le plateau de Sant’ Antone. Le sentier descend au milieu des chênes verts et du maquis odorant, en longeant les flancs rocheux de la montagne. En passant, on peut admirer les magnifiques rochers, véritables falaises sculptées par l’eau et les éléments pendant des millions d’années. Après une descente assez raide, on atteint un écrin de verdure. La rivière y forme une vaste vasque d’eau limpide, dans laquelle se jette une jolie cascade tombant d’une dizaine de mètres de hauteur, au creux des rochers qui dominent l’endroit. On peut encore voir les ruines d’un ancien moulin à eau. J’imagine nos anciens qui y apportaient jadis leurs sacs d’olives et de châtaignes, aux prix d’efforts exténuants, par ce sentier escarpé. J’aime Logu Pianu, j’aime la sérénité de ce lieu, j’aime ce calme seulement troublé par le son cristallin de l’eau vive. Je prends plaisir à y piqueniquer avec des amis, assis sur un rocher au bord de l’eau. Plus que tout, j’affectionne les bains revigorants dans l’eau fraîche en été. Quel plaisir que de faire quelques brasses dans ce bassin à l’eau transparente avant de mettre la tête sous la cascade ! On ressort de l’eau régénéré, avant de se sécher au soleil. Le torrent qui forme cet endroit magique est l’affluent principal de ce qui deviendra la rivière Alisu, celle qui, après avoir paresseusement traversé la plaine du Nebbiu, se jette dans la Méditerranée à San Fiurenzu, formant un estuaire devenu le port de plaisance de cette cité touristique.

Soriu est également un lieu chargé d’histoire. Le 18 septembre 1554, c’est au col de Tenda que Sampieru Corsu remporta une belle victoire contre l’occupant génois, y faisant sept cents prisonniers.

Le 1er mai 1769, Pasquale Paoli, dont le quartier général se trouvait à Muratu, envoya des hommes au col de Tenda afin de bloquer le passage des troupes françaises parties d’Oletta et qui tentaient d’atteindre la vallée du Golu en contournant le gros des forces corses par la vallée l’Ostriconi. Les Français parvinrent cependant à franchir le col et prirent les Nationaux à revers lorsqu’ils firent jonction avec le gros de l’armée française descendu du col de Bigornu, lors de la funeste bataille de Ponte Novu, sur le Golu, le 8 mai 1769.

Tous les 26 mai, Soriu célèbre son Saint Patron principal, Filippu Neri. Cette année, il n’y avait plus assez d’hommes forts pour porter la statue du saint à travers le village. On se contenta donc de le porter à l’extérieur pour une brève procession autour de l’église. Les Soriais se retrouveront à nouveau durant la dernière semaine d’août pour honorer Sant’ Antone u Rimitu, à la petite chapelle que leurs efforts ont contribué à faire restaurer et dont ils sont fiers. Malheureusement, chaque année, nous sommes un peu moins nombreux, comme lors de la Saint Philippe Neri. Pourtant, le village n’a jamais été aussi beau, avec ses belles fleurs disposées un peu partout et son patrimoine si bien entretenu. Elu en juin 1995, le maire, José Chiarelli, s’est dévoué corps et âme pour faire revivre Soriu, depuis 22 années. Ses efforts ont été bien mal récompensés. Car si les monuments sont bien mis en valeur, le village, lui, continue à mourir lentement. Il n’y a plus de commerces depuis fort longtemps, en dehors du bar qui ouvre de temps à autre. Un courageux fleuriste-pépiniériste s’est installé, il y a quelques années, à côté de l’entrée du… cimetière. Nul n’a eu l’idée d’ouvrir un restaurant ou un petit hôtel, voire une modeste maison d’hôtes. Les belles randonnées de montagne pourraient pourtant séduire une clientèle amoureuse de tourisme « vert ». Dans le village voisin de San Gavinu, pourtant plus petit que Soriu, il existe depuis peu un petit restaurant, « Le Grenier du Nebbiu ».  Quel dommage que personne n’ait eu une telle idée à Soriu… Que faire pour enrayer ce déclin et faire revivre ce beau village ? Certes, le cas de Soriu di Tenda n’est pas unique. Nombreux sont les villages de montagne qui se vident, dans une Corse de l’intérieur qui se désertifiede plus en plus alors que des agglomérations nouvelles, sans âme, sans histoire et sans caractère se développent à proximité du littoral. Mais j’ai une affection particulière pour Soriu, terre où vécurent une une partie de mes aïeux, paese caru auquel tant de souvenirs me lient.

A travers cet article, j’ai tenu à faire connaître Soriu di Tenda et à vanter son charme. Puisse ces lignes inciter le lecteur à aller arpenter les ruelles de ce village corse authentique, à admirer ses vieilles maisons en pierres en passant sous ses fraîches « loghje », loin des sites fréquentés par le grand tourisme.  Amis de Corse et d’ailleurs, faites le détour ! Allez découvrir Soriu dans son écrin de verdure, ses églises et son patrimoine, sans oublier la nature environnante, qui recèle tant de secrets bien gardés !

Hervé Cheuzeville, 2 juin 2017.

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