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Vergogna!

04/08/2020 – 12:47 | 2 Comments | 1398 views

Dimanche 2 août 2020, je suis retourné à Pianellu, pour la quatrième édition de « in giru a l’arburu« , une rencontre co-organisée par l’association Terra-Eretz et le Foyer rural du village. Depuis la première année (2017), …

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Connaissez-vous Nauru, la plus petite République de la planète?

Submitted by on 06/06/2020 – 4:59 No Comment | 690 views
L’immensité du plus vaste océan de la planète, l’océan Pacifique, est parsemée d’archipels, d’îles et d’atolls de tailles variables. Certains forment de nos jours des nations indépendantes. D’autres dépendent de pays européens, tels que la Polynésie Française, Wallis et Futuna ou la Nouvelle-Calédonie pour ce qui cencerne la France. Certains sont des dépendances étasuniennes, néo-zélandaises ou australiennes. Dans l’imaginaire collectif, ces îles font souvent rêver. Il en est une, pourtant, qui ne fait plus rêver depuis longtemps. Elle représente même toutes les dérives et tous les excès du monde moderne. Elle symbolise à l’extrême tous les désastres écologiques provoqués par les convoitises suscitées par une  ressource naturelle abondante.
En 2009 Luc Folliet faisait paraître aux éditions La Découverte un petit livre au titre évocateur: « Nauru, l’île dévastée – Comment la civilisation capitaliste a anéanti le pays le plus riche du monde ». La lecture de cet ouvrage de 151 pages, il y a dix ans, m’avait fort impressionné. Confinement oblige, j’ai revisité ma bibliothèque personnelle, ces dernières semaines. J’ai redécouvert avec plaisir des livres lus il y a longtemps, et d’autres que j’avais oublié de lire. C’est ainsi que j’ai retrouvé le petit bouquin sur Nauru et que je l’ai relu en quelques heures. Cette relecture m’a donné envie de faire de Nauru le sujet de l’émission hebdomadaire que je présente à Radio Salve Regina, émission dont j’ai tiré cet article.
Nauru est une  île de 21,3 km2 située dans l’océan Pacifique, à 42 km au sud de l’Équateur, à 3500 km au NE de la ville australienne de Brisbane et à 2000 km des côtes de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ses voisins les plus proches sont les archipels de Kiribati, des Marshall, des Salomon et de Tuvalu. La superficie de cette île équivaut à peine à celle d’un arrondissemnt parisien, ou à celle de la commune de Bastia, ou encore à celle de l’île de Capraia, petite île située au large de la Corse que j’aperçois depuis ma fenêtre. En 2017, la population de Nauru s’élevait à 13 649 habitants, ce qui en fait le troisième pays le moins peuplé au monde, après le Vatican et Tuvalu. Pour ce qui est de sa superficie, Nauru occupe aussi la troisième position des plus petits États au monde, après le Vatican et Monaco. L’île est un ancien volcan recouvert de calcaire coralien  exondé, appelé makatea. Nauru a une forme grossièrement ovale  et est constitué d’un plateau central peu élevé occupant environ 80 % de la superficie totale. Le point culminant de l’île s’élève à 71 m au-dessus du niveau de la mer. Le plateau est entouré d’une plaine côtière très étroite (120 à 300  m de largeur), relativement fertile, ce qui permet une agriculture vivrière sur les quelques terres arables non construites. C’est sur cette bande côtière qu’est concentrée la majorité de la population. Il n’y a pas de ville au sens propre du terme et donc pas de capitale officielle. Au sud de l’île, la localité où se trouvent le Parlement, les bâtiments administratifs et l’aéroport se nomme Yaren, mais elle n’a pas le statut de « capitale ». L’eau douce est une denrée rare. Il n’y existe qu’une petite nappe phréatique, un petit lac souterrain et une lagune nommée Buada (sur le plateau) qui constitue la réserve d’eau douce la plus visible. Il n’y a aucun cours d’eau. La population dépend de l’eau de pluie pour son approvisionnement en eau douce. Le climat de l’île est tropical avec une mousson de novembre à février et une période sèche pouvant aller jusqu’à la sécheresse le reste de l’année.
Nauru est indépendante depuis le 31 janvier 1968 et il s’agit depuis lors de la plus petite république au monde, puisqu’elle est 3 fois plus petite que la République de Saint-Marin!
Les premiers habitants de l’île étaient vraisemblablement des Mélanésiens et des Micronésiens. Mais, vers 1200 avant notre ère, Nauru connut  une seconde vague de migration venant du littoral de la Chine, via les Philippines. La société nauruane s’est alors organisée en douze tribus. Cette population vivait de la culture des cocotiers, des bananiers, des pandanus et des takamakas. Elle pratiquait aussi la pisciculture des poissons-lait dans la petite lagune.
Nauru fut découverte par les Européens le 8 novembre 1798, lorsque le baleinier Hunter s’approcha de ses côtes. Son commandant, l’Anglais John Fearn, nomma l’île « Pleasant Island » (l’île agréable). Les premiers Européens à s’y installer furent deux Irlandais, Patrick Burke et John Jones qui y débarquèrent en 1830 après s’être évadés d’un pénitencier australien. John Jones parvint même à devenir une sorte de tyran de l’île jusqu’en octobre 1841, lorsque les Nauruans en eurent assez de lui et qu’ils l’expédièrent vers une autre île. Au fil des ans, quelques autres évadés venus d’Australie trouvèrent refuge à Nauru. En 1845, deux Européens seulement y vivaient, dont William Harris, lui aussi un échappé. Il épousa une femme indigène dont il eut 7 enfants. À cette époque, l’île était encore couverte de cocotiers et de plus en plus de navires européens y venaient pour acheter le coprah. Je rappelle que le coprah, c’est l’albumen séché de la noix de coco. Ces navires apportaient aussi, malheureusement, des armes et de l’alcool, beaucoup d’alcool. Ces deux maux firent des ravages dans l’île. Une véritable guerre civile opposa même les tribus nauruanes. Ce sont les Allemands qui rétablirent l’ordre et qui entreprirent de désarmer la population lorsqu’ils imposèrent leur protectorat en avril 1898. C’est aussi à cette époque que fut découvert par hasard le phosphate qui allait se révéler être l’un des meilleurs au monde.  Le minerai de phosphate est une roche sédimentaire. Dans le cas de Nauru, elle semble s’être formée par le mélange de guano et de coraux. À l’époque de cette découverte, l’agriculture australienne avait grand besoin d’engrais. Or le phosphate est utilisé pour fabriquer des fertilisants.  En 1900, d’énormes gisements de phosphate furent découverts dans le sous sol du plateau central de l’île. L’extraction commença en 1906.  La compagnie australienne Pacific Phosphate Company était l’unique exploitant. Elle payait un droit annuel à la compagnie allemande qui exploitait le coprah. Quant aux autorités administratives allemandes qui encaissaient des dividendes, elles rétribuaient de manière dérisoire les propriétaires nauruans du sol qui était creusé, pour ne pas dire saccagé, à la pioche par les nombreux ouvriers étrangers, chinois et océaniens, que la compagnie australienne avait fait venir. Il s’agissait d’une mine à ciel ouvert, exploitée sans moyens mécaniques, avec des pioches et des seaux. Dans le même temps, des missionnaires allemands s’installèrent dans l’île, entreprenant d’évangéliser et d’éduquer la population locale.
Le 6 novembre 1914, les troupes australiennes s’emparèrent de l’île. En 1919, Nauru ne comptait plus que 1068 habitants. En 1920, la Société des Nations nouvellement créée plaça l’île sous mandat britannique, mais c’est l’Australie qui fut chargée de l’administrer. Les Allemands ayant été évincés, un accord conclu entre le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande permit à ces pays de se partager les dividendes de l’exploitation du phosphate. La mine était désormais exploitée par la British Phosphate Commission, toujours avec des pioches et des seaux. En 1932, la population atteignit 1500 habitants, seuil considéré comme crucial pour la survie même du peuple nauruan. Le phosphate est aussi utilisé pour la fabrication d’explosifs. C’est pour cette raison qu’en décembre 1940, trois bâtiments de la marine de guerre allemande, déguisés en cargos japonais, approchèrent de Nauru et coulèrent cinq navires minéraliers australiens et bombardèrent les installations minières. Avec l’entrée en guerre du Japon en décembre 1941, l’île devenait indéfendable. En février 1942, les soldats australiens qui s’y trouvaient durent être évacués par le destroyer français « Le Triomphant ». Quelques mois plus tard, le 26 août, Nauru fut occupée par l’armée impériale japonaise qui tranforma l’île en avant-poste militaire. Ils construisirent une piste d’atterrissage sur le littoral sud. Elle est encore utilisée aujourd’hui puisque, modernisée, elle est devenue l’aéroport international de Nauru. Les Japonais édifièrent des bunkers et installèrent une énorme batterie de DCA sur le point culminant. On peut encore la voir de nos jours. En 1943, l’île eut à subir des bombardements étasuniens. La disette s’installa dans l’île. Les Japonais décidèrent alors d’évacuer les bouches inutiles vers les îles Truk. C’est ainsi que 1200 Nauruans, essentiellement des femmes, des enfants etdes personnes âgées,  furent déportés. Les occupants gardèrent 500 hommes valides pour les utiliser comme main d’oeuvre forcée. Onze jours après la capitulation du Japon, le commandant militaire japonais de l’île signa la réddition de ses troupes, le 13 septembre 1945. L’île était ravagée. Les survivants de la déportation aux îles Truk furent rapatriés le 31 août 1946: ils n’étaient plus que 737, sur les 1200 qui avaient été déportés 3 ans plus tôt. Le travail forcé, la malnutrition, les maladies et les mauvais traitements avaient eu raison des autres. L’ONU plaça Nauru sous autorité australienne. En 1948, les Nauruans ne touchaient encore que 2 % des reveniers miniers.
Pour la première fois, en 1951, un conseil gouvernemental nauruan fut institué. Dans les années 60, le phosphate nauruan se vendait à 40 $ australiens la tonne, et la production s’élevait à un million de tonnes annuellement. Des moyens mécanisés tels que des pelleteuses étaient désormais utilisés. En 1961 et à nouveau en 1964, le gouvernement australien tenta de convaincre la population d’abandonner son île. On lui proposa des îles beaucoup plus grandes et moins isolées, au Queensland australien. Mais les Nauruans refusèrent. En 1965, les dividendes accordés aux Nauruans furent multipliés par 5, puis par 10 l’année suivante. En 1966, Nauru fut dotée d’un conseil législatif et cette réforme conduisit à un statut d’autnomie interne.
En 1967, des accords sur un processus devant conduire à l’indépendance furent signés. Cette indépendance put être proclamée le 31 janvier 1968. L’île comptait alors 4000 habitants! Nauru devint membre du Commonwealth. Le premier président, éduqué dans les universités australiennes, fut Hammer Deroburt (1922-1992). C’est lui qui avait conduit le combat pacifique pour l’indépendance et négocié avec les autorités australiennes. Il devait ensuite diriger le pays et dominer la vie politique nauruane durant les deux premières décennies d’indépendance. C’est sous sa direction que le phosphate fut nationalisé et qu’une compagnie d’État fut créée, la Nauru Phosphate Corporation. Un Fonds souverain, le Nauru Phosphate Royalties fut également créé afin d’investir à l’étranger les énormes revenus générés par la vente du phosphate. L’argent du Fonds fut aussi investi dans l’île, pour la moderniser. Une compagnie aéerienne, Air Nauru, dotée de plusieurs appareils, fut lancée et elle devint rapidement la première compagnie aérienne du Pacifique, desservant les nombreux archipels de la la région et les reliant au reste du monde. L’exploitation minière fut intensifiée, avec des moyens de plus en plus modernes et une main d’oeuvre venue de Tuvalu et de Kiribati. Les anciens travailleurs chinois ou leurs descendants s’étaient quant à eux reconvertis dans le petit commerce, ouvrant des épiceries et des restaurants.
En 1974, les revenus du phosphate s’élevaient à 450 millions de dollars australiens ce qui faisaient de Nauru le pays le plus riche du monde, par tête d’habitants. Ces habitants ne payaient pas d’impôts et la majorité d’entre eux étaient employés par le gouvernement ou par les compagnies d’État. Les services étaient gratuits, et un hôpital moderne avait été construit. Les études à l’étranger des jeunes Nauruans était payées par l’État. On retouvait ces étudiants dans les universités d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Grande-Bretagne et des Étas-Unis. Le Fonds souverain investit des sommes faramineuses dans l’immobilier et dans toutes sortes de projets plus ou moins farfelus en Australie, aux États-Unis ou ailleurs. C’est ainsi qu’en 1977 fut inauguré à Melbourne un gratte-ciel nommé Nauru House Building. Avec 183 mètres de haut et 52 étages, c’était à l’époque la plus haute tour d’Australie. Elle comptait 50 500 m2 de bureaux. On investit aussi dans le tourisme, avec l’achat de palaces en Australie et dans les îles du Pacifique jusqu’à Hawaï! Un centre commercial de 35 000 m2 fut édifié à Sydney, 600 hectares de forêts de l’Oregon aux USA furent achetés et transformés en zone résidentielle cossue. Les millions de dollars s’évaporaient, disparaissaient dans une multitudes de comptes bancaires aux quatre coins du monde. L’énorme prospérité nauruane avait attiré une foule d’avocats, de conseillers, d’intermédiares internationaux dont la plupart était en fait des escrocs et des aigrefins qui firent fortune aux dépens de Nauru. Pendant ce temps, Nauru contunait à appauvrir son sol et à dévaster son environnement pour mieux enrichir le sol des autres, avec l’engrais qui servait dans l’agriculture australienne. Tous les produits de base, y compris alimentaires, étaient importés par cargos ou avions entiers. Les Nauruans se tranformèrent rapidement en consommateurs frénétiques, achetant des 4×4 dernier cri, alors qu’il n’existe que deux routes dans l’île, une qui en fait le tour et une autre qui permet d’accéder à la mine, sur le plateau. D’ailleurs, le tour de l’île est vite fait : une demi heure en voiture! Congélateurs, téléviseurs, ameublements divers, tout était bon pour satisfaire la fièvre acheteuse qui s’était emparée des Nauruans. L’argent qui affluait changea profondément la société nauruane. On n’allait plus à la pêche, on ne cultivait plus, il était devenu plus facile d’acheter des poissons, de la viande ou des légumes importés d’Australie ou d’ailleurs. On ne cuisinait plus, il était tellement plus simple de prendre le 4×4 pour faire cent mètres et acheter la nourriture toute prête du restaurant chinois ou de la superette du coin. Le gouvernement alla jusqu’à payer du personnel immigré pour faire le ménage des Nauruans. On ne s’intéressait plus aux danses traditionnelles, préférant s’abrutir en regardant à longueur de journées des cassettes vidéos de films ou de variétés internationales. Bref, la population perdit le sens du travail et de l’effort et s’accultura. Toute une génération grandit dans cette ambiance ultra consumériste, sans avoir reçu en héritage les valeurs et la culture des aïeux!
Les autorités nauruanes ne surent pas réagir à temps aux signaux d’alarme qui auraient pourtant dû les alerter: à la fin des années 70, les cours du phosphate commencèrent à baisser, entrainant une diminution significative des quantités extraites et exportées. De plus, il était connu de tous que les réserves de phosphate finiraient par s’épuiser un jour. Par ailleurs, aucune mesure ne fut prise pour tenter de réduire le terrible impact des activités minières sur l’environnement insulaire. Au début des années 90, 80 % du territoire nauruan avait été creusé et il n’y avait pratiquement plus d’arbres. Les cocotiers eux-mêmes se faisaient rares. La production de phosphate ne s’élevait plus qu’à 500 000 tonnes annuellement. Pour pouvoir continuer à faire fonctionner le système de rente et de service gratuits auxquels la population était désormais accoutumée, le gouvernement se mit à emprunter.  Les revenus du phosphate, en constante diminution, servaient à payer les intérêts de la dette qui devenait de plus en plus colossale. Ils servaient aussi à garantir de nouveau emprunts. Pire, les autorités laissèrent Nauru se transformer en paradis fiscal où était blanchi l’argent sale de la mafia russe. Le gouvernement se mit même à vendre des passeports nauruans dont se servirent certains terroristes internationaux. Il se vendaient entre 1500 et 35 000 $ pièce. En 1989, Nauru porta plainte devant la Cour Internationale de Justice de la Haye contre l’Australie, réclamant compensation pour la destruction du centre de l’île provoquée par l’extraction de phosphate. Hors tribunal, l’Australie, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande acceptèrent de verser plusieurs dizaines de millions de dollars australiens à l’État nauruan
En 1999, la République de Nauru devint membre des Nations Unies. Ce fut une nouvelle occasion pour les autorités de tenter de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’État, en vendant le vote de la délagation nauruane au plus offrant, lors des assemblées générales ou dans les agences onusiennes spécialisées. C’est ainsi qu’en 2005 Nauru sut s’attirer les largesses japonaises en votant pour la fin du moratoire sur la chasse à la baleine! En 2009, Nauru fut l’un des rares pays à reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, deux régions sécessionnistes de Géorgie, occupées par la Russie,  moyennant 50 millions de dollars pour financer les besoins essentiels du pays.
En 2000, Nauru fut mis sur la liste noire du GAFI, le Groupe d’Action Financière. On comptait à l’époque 400 banques fantômes (shell banks) domiciliées à Nauru!
En 2003, la mine ferma et fut laissée à l’abandon. L’exploitation de ce qui restait du phosphate nauruan n’était désormais plus rentable! La vie politique nauruane était alors marquée par une instabilité chronique. Les présidents étaient souvent renversés par le Parlement, au gré de fréquents retournements d’alliances. La Constitution nauruane ne prévoyant pas de poste de Premier ministre, c’est le Président qui est le chef du gouvernement et, donc, responsable devant le Parlement.
Depuis longtemps, Nauru entretenait des relations diplomatiques avec Taïwan, qui apportait à l’île une aide non négligeable. En juillet 2002, le président de l’époque se rendit en visite privée à Hong Kong pour y récupérer les nouveaux costumes qu’il y avait commandés. Durant son séjour, il fut approché par des repésentants du gouvernement chinois qui lui firet miroiter une grosse aide financière, 60 millions de dollars cash. Quelques jours plus tard il fut annoncé que Nauru reconnaissait le principe dit d' »une seule Chine » et que des relations diplomatiques étaient établies avec la République Populaire de Chine, entraînant de ce fait une rupture avec l’allié taïwanais. Des diplomates chinois arrivèrent dans l’île et il y occupèrent l’ambassade que les diplomates taïwanais venaient tout juste de quitter. En 2004, le nouveau président, prenant le contre-pied de son prédécesseur, rétablit les relations avec Taïwan, à la grande fureur de Pékin, et les diplomates taïwanais purent revenir occuper leur ambassade qu’ils avaient dû préciptamment abandonner deux ans plus tôt. Depuis, Taïwan ménage son allié et multiplie les programmes d’aide à Nauru.
Mais le marché le plus contraversé, qui permit d’ailleurs à Nauru de faire la Une des grands médias, fut sans nul doute l’accord nommé « Solution du Pacifique » signé avec l’Australie en septembre 2001, lorsque les autorités australiennes cherchaient par tous les moyens à interdire l’accès de leur territoire aux migrants et demandeurs d’asile qui s’embarquaient sur des rafiots en Indonésie pour tenter d’atteindre le rivage de l’eldorado australien. La petite île Christmas, située dans l’océan Indien à seulement 350 kilomètres au sud de Java, est un territoire appartenant à l’Australie. C’est cette île que les migrants tentaient d’atteindre. Il s’agissait essentiellement d’Afghans et d’Irakiens. C’est pour mettre fin à cette afflux que l’Australie négotia avec Nauru. Les occupants des embarcations arraisonnées au lage de Christmas seraient désormais envoyés dans l’île du Pacifique. Pour 30 millions de dollars australiens annuellement, le gouvernement de Nauru accepta l’installation sur son petit territoire de deux camps de détention pour ces migrants illégaux. En 2004 ces camps abritaient près de 1200 personnes, gardées par des policiers et du personnel de sécurité australien. L’Organisation Internationale des Migrations (OIM), le HCR et des ONG  envoyèrent du personnel et financèrent différents programmes. Tout cela, qui s’ajoutait à l’argent du gouvernement australien, fut une bouée de sauvetage pour l’économie de cette île en faillite. Ces deux camps ont fonctionné de 2001 à 2007, et l’un d’eux  a rouvert en août 2012 à la demande de l’Australie.
À la crise économique, s’ajouta la crise sanitaire. Selon l’OMS, en 2008, 78,5 % de la population était obèse, ce qui représentait alors le taux d’obésité le plus élevé du monde. Le diabète est la cause principale de décès. Nauru possède le plus fort taux mondial de diabète de type 2 (40 % de la population est affectée). L’hôpital moderne n’est plus que l’ombre de lui-même et il n’y a que deux médecins nauruans, dont le ministre de la santé! On vit alors arriver des médecins cubains pour tenter de faire face à la crise sanitaire. L’usine de désalement d’eau de mer ne fonctionne plus depuis longtemps. Les bords de la route côtière sont jonchés d’épaves de véhicules 4×4 et d’équipements divers, tombés en panne et jamais réparés. L’île est devenue une immense casse à ciel ouvert.
À partir de 2006, les activités minières ont repris progressivement. C’est ce que l’on appelle le secondary mining; c’est à dire l’extraction secondaire, plus profonde et plus coûteuse. La remontée des cours du phosphate ont rendu cette exploitation à nouveau rentable. Nauru a donc pu redémarer, plus modestement qu’autrefois, ses exportations de phosphate. L’économie a repris timidement et en 2017 l’île a été retirée de la liste noire de l’OCDE, l’État ayant amélioré la transparence de son économie et mis fin au blanchiement et autres activités bancaires douteuses. Déjà, en 2005, le GAFI avait retiré Nauru de sa propre liste noire. Le budget nauruan est à nouveau équilibré et une légère croissance a même été enregistrée. Avec la crise de la fin des années 90 et de la première décennie de ce siècle, les Nauruans ont renoué avec les activités de leurs grands parents, que l’on croyait oubliées. Ils vont de nouveau à la pêche en mer, ils ont repris la pisciculture dans le lagon et il font du maraîchage. Petit à petit, Nauru se reconstruit. Il faut espérer que les leçons des dérives passées aient été retenues.
Pour en savoir plus sur cette île atypique, je recommande vivement l’édifiante lecture du livre de Luc Folliet, « Nauru, l’île dévastée » (La Découverte, 2009).
Hervé Cheuzeville, 6 juin 2020
NB: dans cet article, j’ai cité à plusieurs reprises des sommes en dollars australiens, qui est aussi la monnaie ayant cours à Nauru. Les autorités australiennes ont créé cette monnaie en 1966, pour remplacer la livre autralienne. La valeur du dollar australien a toujours été inférieure à celle du dollar étasunien. Actuellement, le taux de change s’établit à 1,47 pour 1 $ US et à 1,62 pour 1 €.

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti, 2017). Il a en outre contribué à l’ouvrage collectif « Corses de la Diaspora », dirigé par le Professeur JP Castellani (Scudo Edition, 2018). En 2018, il a fondé les Edizione Vincentello d’Istria à Bastia. Il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Il est également possible de retrouver Hervé Cheuzeville sur YouTube: https://www.youtube.com/channel/UCUbuhUdlJ5I2k5DfLVW73PA/videos

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