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Le centenaire de l’Armistice et la Corse

08/11/2018 – 7:37 | One Comment | 338 views

Il existe à Bastia une immense place où les Bastiais aiment flâner ou se retrouver à la terrasse de l’un des nombreux établissements qui la bordent, pour le café ou l’apéritif, tandis que les touristes …

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Corse : n’est-il pas grand temps de saisir la main tendue ?

Submitted by on 04/12/2018 – 4:54 No Comment | 287 views

Le rassemblement de Corti, le 2 décembre 2018

Depuis plusieurs jours, les chaînes de télévisions françaises et étrangères montrent en boucle les dégâts occasionnés par les manifestations du samedi 3 décembre. L’Arc de Triomphe est devenu la « star » de ces reportages avec ses tags appelant le Président Macron à démissionner et, dans sa boutique, des statues en plâtre fracassées. Ces images ont d’ailleurs permis aux commentateurs d’étaler une fois de plus leur ignorance historique et architecturale, puisque le célèbre monument parisien, voulu par l’Empereur Napoléon Ier et achevé sous le règne du Roi Louis-Philippe Ier a été qualifié de « symbole républicain par excellence[1] » ! Les intervenants n’ont, pour la plupart, pas eu de mots assez durs pour qualifier les exactions des casseurs, tout en se lamentant du manque d’écoute dont a fait preuve le président et son gouvernement.

Le lendemain de ces évènements violents, à Corti, capitale historique de l’éphémère Corse indépendante, 1500 militants nationalistes s’étaient rassemblés pacifiquement dans un amphithéâtre de l’Université Pasquale Paoli. Il s’agissait d’approuver la création d’un grand « parti de gouvernement », à l’appel du président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni. Ce fut l’aboutissement d’un processus initié plus d’un an auparavant. Trois mouvements nationalistes devaient s’effacer pour donner naissance à un grand parti nommé « Femu a Corsica[2] ». Malheureusement, l’un des signataires de l’accord de fusion est revenu sur sa parole, préférant poursuivre sa démarche en solitaire et allant jusqu’à former son propre groupe à l’Assemblée territoriale, quelques jours seulement avant le rassemblement de Corti. Femu a Corsica a malgré tout vu le jour dans l’enthousiasme et l’un des trois députés nationalistes à l’Assemblée nationale, Jean-Félix Acquaviva, a été porté à sa tête, en qualité de secrétaire national.

Cet évènement cortenais n’a eu aucun écho dans les grands médias français, occupés qu’ils étaient à couvrir les manifestations des « gilets jaunes » et leurs conséquences. Certes, 1500 militants rassemblés à l’Université de Corse, c’était bien peu par rapport aux dizaines de milliers de manifestants de la France continentale. C’était pourtant beaucoup, en cette froide journée de décembre, dans une île qui compte à peine plus de trois cent mille habitants. Les deux évènements peuvent d’ailleurs être comparés. La Corse est la région la plus pauvre de France métropolitaine. C’est aussi ici que les prix du carburant sont les plus élevés, ici que les chiffres du chômage sont les plus inquiétants, ici que les transports publics sont les moins développés, ici que les infrastructures routières et ferroviaires sont les plus déficientes. Tous ces éléments auraient donc dû favoriser l’émergence d’un phénomène « gilet jaune » encore plus important, et sans doute encore plus violent, que celui du continent. Certes, des rassemblements jaunes ont été observés ici ou là dans l’île, sur certains ronds-points périurbains ou devant des préfectures. Mais ils ont été bien moins virulents que ceux de France continentale, et les manifestants n’ont jamais cédé à la tentation de la violence. Les « gilets jaunes » dénoncent, entre autres, l’absence d’écoute et de dialogue de la part des autorités. Leur colère est donc certainement légitime. En Corse, cette absence d’écoute et de dialogue est une donnée constante, depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République.  Ce président et son premier ministre n’ont jamais voulu reconnaître le caractère politique de la question corse, malgré l’élection en 2015 (puis à nouveau – et de manière encore plus éclatante – en 2017) d’une assemblée territoriale à majorité nationaliste, ainsi que celle de trois députés nationalistes sur quatre aux élections législatives de 2017. Le voyage présidentiel de février 2018 a été caractérisé par le mépris et l’arrogance, et marqué par une succession de petites humiliations mesquines infligées aux responsables démocratiquement élus par la population de cette île.

Les Corses ne réclament pourtant rien d’impossible. Leurs demandes sont justes, elles sont rationnelles, elles sont en phase avec notre époque. Pour des raisons historiques, culturelles, géographiques et économiques la population a exprimé, par son vote, son rejet absolu du centralisme et de l’étatisme. Les Corses aspirent à gérer eux-mêmes leurs propres affaires, dans le cadre d’un statut d’autonomie interne comparable celui de l’île voisine, la Sardaigne, ou de celui d’autres territoires européens[3]. Les Corses aspirent à renouer des relations économiques et culturelles avec leur environnement immédiat. Les Corses estiment avoir le droit d’utiliser leur langue dans tous les domaines, au même titre que la langue française qu’ils ne rejettent pas. Les Corses veulent nouer avec Paris des relations apaisées basées sur le respect mutuel et, pour cela, ils souhaitent tourner définitivement la page sur plus d’un demi-siècle de conflit et de violences. L’un des meilleurs moyens de tourner cette page d’histoire douloureuse serait le vote d’une amnistie générale pour tous les crimes et délits de nature politique commis, de part et d’autre, durant cette période. Une telle amnistie permettrait la libération et le retour chez eux de tous les prisonniers condamnés et encore détenus dans différentes prisons, en France continentale et en Corse. Elle inclurait aussi les cas les plus emblématiques, en particulier ceux qui ont été condamnés à perpétuité à la suite de l’assassinat du Préfet Érignac. Plus de vingt années se sont écoulées depuis cette triste affaire. Les personnes condamnées ont passé de longues années en prison. Une loi d’amnistie serait un message d’apaisement dont la Corse a bien besoin.

Dans quelques jours, le Premier ministre Édouard Philippe va effectuer une visite en Corse, la première depuis son arrivée à Matignon. Il semblerait qu’aucune rencontre n’est encore été programmée avec le président de l’Exécutif corse. Une visite à l’Assemblée territoriale n’aurait pas non plus été prévue. Si tout cela devait s’avérer exact, alors cette visite sera perçue par la majorité des Corses comme une nouvelle preuve de l’aveuglement des dirigeants français actuels et de leur refus d’ouvrir un dialogue sincère.

Face à l’orgie de violence vécue dans la capitale française, face aussi à la détermination des « gilets jaunes », qui risquait de porter un rude coup à l’économie du pays, le premier ministre a fini par annoncer des décisions qui constituent un recul manifeste sur plusieurs points importants. Ne pourrait-il pas profiter de sa prochaine visite en Corse pour accepter d’ouvrir un vrai dialogue avec les responsables élus de l’île ? Ces responsables ont affirmé à plusieurs reprises qu’ils étaient prêts à entamer un tel dialogue. Et les Corses ont encore prouvé, dimanche dernier, qu’ils aspiraient à une solution pacifique à la « question corse ». Il n’est pas encore trop tard pour que cette main tendue soit enfin saisie !

Hervé Cheuzeville, 4 décembre 2018.

[1] Pour reprendre les termes de la journaliste Léa Salamé lors d’une émission spéciale de France 2 le 2 décembre 2018.

[2] « Faisons la Corse », en langue corse.

[3] Val d’Aoste, Trentin, Sicile, Catalogne, Euskadi, Galice, Ecosse, Pays de Galles, îles Åland, îles Féroé, îles Canaries, îles Baléares, Groenland, « länder » allemands, etc.

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti,2017). Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ).

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