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Vergogna!

04/08/2020 – 12:47 | 2 Comments | 2038 views

Dimanche 2 août 2020, je suis retourné à Pianellu, pour la quatrième édition de « in giru a l’arburu« , une rencontre co-organisée par l’association Terra-Eretz et le Foyer rural du village. Depuis la première année (2017), …

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Covid-19: l’OMS, la Chine, les États-Unis et… Taïwan

Submitted by on 20/04/2020 – 4:07 No Comment | 613 views

Le 14 avril dernier, le Président Donald Trump a annoncé que les États-Unis suspendaient leur contribution financière à l’Organisation Mondiale de la Santé. Cette contribution s’élève à 400 millions de dollars annuellement, soit 15% du budget de l’OMS, ce qui fait de ce pays le plus gros contributeur de l’organisation. Dans sa conférence de presse, le président étasunien a accusé le Directeur général de l’OMS d’avoir sous-estimé le danger représenté par le Covid-19 et réagi trop tardivement. Il l’a également mis en cause pour son parti pris en faveur de la Chine, pays qui aurait sciemment dissimulé des informations importantes quant à la gravité de l’épidémie.

Pour tenter de comprendre le mécontentement du président des États-Unis, sans doute convient-il tout d’abord de revenir sur le parcours et sur la personnalité de Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur-général de l’OMS depuis 2017. Né en 1965, c’est un microbiologiste éthiopien, spécialisé dans le paludisme. Très jeune, il commença sa carrière au ministère de la Santé du régime du DERG qui avait fait régner la « terreur rouge » en Éthiopie dans les années 70 et 80. Après avoir poursuivi ses études à la London School of Hygiene & Tropical Medicine où il obtint un doctorat, il rejoignit le ministère de la Santé du régime qui avait succédé à celui du DERG. En octobre 2005, le Dr Tedros fut nommé ministre de la Santé par le Premier ministre Meles Zenawi, ancien chef de la rébellion tigréenne qui avait renversé le régime du Négus rouge en mai 1991. Puis, de 2012 à 2016 il fut ministre des Affaires étrangères. Le 24 mai 2016, en marge de la 69ème Assemblée mondiale de la santé, le Dr Tedros a officiellement annoncé sa candidature au poste de directeur général de l’Organisation mondiale de la santé en tant que seul candidat africain, avec le soutien du gouvernement éthiopien et l’approbation de l’Union africaine et des ministres de la santé du continent. C’est alors que de vieilles histoires refirent surface au sujet d’une dissimulation présumée de trois épidémies de choléra en Éthiopie en 2006, 2009 et 2011, époque où Tedros était encore ministre de la santé de son pays. Ces allégations indiquaient que, en l’absence de confirmation en laboratoire de vibrio cholerae, ces épidémies auraient été faussement étiquetées comme «diarrhée aqueuse aiguë» afin de tenter de minimiser l’importance du problème. Des responsables de l’ONU déclarèrent à l’époque que davantage d’aide et de vaccins auraient pu être livrés à l’Éthiopie si ces épidémies avaient été confirmées comme étant des épidémies de choléra. Certains affirmèrent même que des raisons tribales avaient conduit à la sous-estimation de ces épidémies par les autorités éthiopiennes. En effet, le régime de Meles Zenawi était issu, nous l’avons vu, de la rébellion tigréenne et tous les hommes-clef de ce régime étaient des Tigréens. Tedros lui-même est aussi un Tigréen. Or, les épidémies avaient frappé des zones hors du Tigré et elles étaient donc moins susceptibles d’attirer la compassion du régime et une réaction rapide de la part du gouvernement.

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus

En janvier 2017, en dépit de ces allégations, à l’issue de deux tours de scrutin, le Conseil exécutif de l’OMS sélectionna le Dr Tedros en tête d’une liste de six candidats. Le 23 mai 2017, il fut donc élu comme prochain Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé avec une très forte majorité de 133 voix sur 185. Cette élection était historique, car Tedros devenait le premier Africain à diriger l’OMS. Cependant, cette belle victoire ne pouvait pas faire oublier les controverses qui l’avaient entourée, même au niveau africain. Le président de l’Union Africaine, à l’époque, était Robert Mugabe, le vieux dictateur zimbabwéen. Il avait pesé de tout son poids pour faire élire le candidat éthiopien, alors que les noms de deux autres personnalités africaines, réputées plus qualifiées pour le poste, semblaient avoir la faveur de nombreux États. Il s’agissait de la Sénégalaise Awa Marie Coll-Seck et du Malien Michel Sidibé. Je connais bien les qualités de Michel Sidibé, l’actuel ministre de la Santé et des Affaires sociales du Mali après avoir été longtemps à la tête de l’ONUSIDA, l’agence des Nations Unies spécialisées dans la lutte contre le VIH/SIDA. Nous nous sommes connus au Burundi en 1997 et il a ensuite été mon patron en Ouganda, à l’époque où il était Représentant de l’UNICEF dans ce pays.

Depuis son élection à la tête de l’OMS, le Dr Tedros a souvent été critiqué pour son manque de transparence. Il a par exemple nommé le Dr Tereza Kasaeva, du ministère russe de la Santé, pour diriger le programme mondial de lutte contre la tuberculose de l’OMS sans solliciter la contribution de la société civile ; quelques jours avant la nomination, les organisations de la société civile avaient publié une lettre ouverte appelant à un processus concurrentiel et ouvert pour choisir le nouveau directeur du programme. Mais le pire est intervenu le 18 octobre 2017, lorsque Tedros Adhanom annonça qu’il avait choisi le président Robert Mugabe du Zimbabwe pour servir d’ambassadeur de bonne volonté de l’OMS dans la lutte contre les maladies non transmissibles en Afrique. Le Directeur-général a justifié ce choix en déclarant que le Zimbabwe était « un pays qui place la couverture sanitaire universelle et la promotion de la santé au centre de ses politiques pour offrir des soins de santé à tous« . La nomination du vieil autocrate zimbabwéen suscita un véritable tollé, des représentants d’États membres de l’OMS et des organisations internationales allant jusqu’à affirmer qu’en fait le système de santé du Zimbabwe avait régressé sous le régime Mugabe. Les nombreuses violations des droits de l’homme commises par ce régime furent également mises en avant pour contester la nomination. Certains ne manquèrent pas de souligner que Robert Mugabe lui-même n’utilisait pas le système de santé de son pays, préférant se rendre régulièrement à Singapour pour se faire soigner !

Mais, depuis le début de l’année 2020, c’est pour sa gestion de la crise du COVID-19 que Tedros a été le plus abondamment critiqué.  Il lui est reproché d’avoir réagi trop tardivement et avec lenteur face à l’épidémie qui s’était déclarée dans la province chinoise de Hubei. Cette prudence était sans doute due aux relations très étroites que Tedros entrenait (et entretient toujours) avec les autorités chinoises, lesquelles autorités avaient soutenu son élection à la tête de l’OMS. En janvier dernier, Tedros rencontra les plus hauts responsables chinois, en particulier le ministre des Affaires étrangères Wang Yi et même le Président Xi Jinping afin de discuter du COVID-19. Peu après, lors de la première semaine de février, Tedros déclara qu’il n’y avait aucun besoin de prendre des mesures en vue de limiter les voyages et le transport intercontinental de passagers car cela aurait un effet néfaste sur le commerce mondial.

Il a été également beaucoup reproché à Tedros et à l’OMS d’avoir tardé à déclarer que l’épidémie de Covid-19 était une urgence sanitaire internationale et une pandémie. Pire, Tedros a cru bon de féliciter la Chine pour ses mesures d’endiguement de l’épidémie alors même que le gouvernement chinois était critiqué pour ses tentatives visant à étouffer les sources d’information concernant ladite épidémie. Une pétition en ligne a été lancée pour réclamer la démission de Tedros, et près de 900 000 signatures ont déjà été recueillies. Certains observateurs ne manquèrent pas de faire remarquer le contraste existant entre les félicitations que Tedros adressait à la Chine et l’inquiétude manifestée au même moment par de nombreuses organisations du monde entier au sujet de la lenteur initiale de la réaction chinoise et de la réticence de ces autorités à coopérer au niveau international pour stopper la pandémie.

Depuis plusieurs semaines, les accusations en provenance de la Maison Blanche se multipliaient. Lorsque le Président Trump avait annoncé, le 11 mars dernier, sa décision de suspendre tous les vols de l’Europe vers États-Unis, il avait très mal accepté les critiques du Directeur-général de l’OMS.

Face aux pressions étasuniennes, le Dr Tedros se devait de réagir. C’est ce qu’il fit le 8 avril, lors de l’une des conférences de presse qu’il tient régulièrement sur la crise du COVID-19.  Il s’est lancé dans un vibrant et passionné plaidoyer pour demander que l’on cesse de politiser la question du Covid-19. Puis, il a conclu de manière très émotionnelle,  assurant avoir reçu des menaces de mort et des remarques racistes en provenance de Taïwan. Le gouvernement de Taipei a aussitôt rejeté avec véhémence une telle accusation, totalement infondée selon Joseph Wu, le ministre taiwanais des Affaires étrangères, qui a même exigé des excuses pour les propos calomnieux de Tedros. La Présidente de Taïwan, Madame Tsaï Ing-wen, a fait part de sa protestation la plus forte tout en ajoutant que le peuple de Taïwan, plus que tout autre peuple au monde, savait ce que cela signifiait d’être discriminé et isolé, puisque son pays est exclu depuis cinq décennies des organisations internationales. Elle a conclu en invitant le Dr Tedros à se rendre dans l’île afin qu’il puisse se rendre compte par lui-même des efforts accomplis par les autorités taïwanaises pour faire face à la crise du Covid-19.

Dès le lendemain de la conférence de presse du Dr Tedros, la Chine a volé au secours de son protégé en accusant le DPP, le parti au pouvoir à Taïwan, d’ « utiliser sans scrupule le virus pour obtenir l’indépendance, en attaquant de manière venimeuse l’OMS et ses responsables, et en complotant sur internet pour susciter et répandre des commentaires racistes ».

La mise en cause de Taïwan par le patron de l’OMS n’est pas surprenante. Il s’agit d’une tentative bien maladroite de détourner l’attention du monde sur le fait que les autorités de Taïpei lui avaient transmis dès le 31 décembre des informations confidentielles sur la situation alarmante qui prévalait dans la province chinoise du Hubei. Pour des raisons purement politiques, il n’en avait pas tenu compte. Pourtant, gouvernement de Taïwan, grâce à la présence de milliers de ses ressortissants dans la province, était, plus que tout autre gouvernement étranger, au courant de la crise sanitaire qui était en train de se développer depuis plusieurs mois. Par ailleurs, Tedros était irrité par les voix qui s’élevaient de tous côtés pour que Taïwan puisse enfin participer et contribuer aux travaux de l’OMS. Il lui fallait donc allumer un contre-feu, et c’est ce qu’il a fait en accusant Taïwan d’avoir soutenu ou provoqué des attaques racistes à son égard ! Ces accusations envers Taïwan pourraient presque être risibles lorsque l’on sait que si racisme il y a, c’est en Chine continentale qu’il existe. En effet, sous couvert de prévention d’une seconde épidémie de coronavirus en Chine via des cas de contaminations importées de l’étranger, de véritables mesures discriminatoires ont été prises à Canton et dans d’autres villes chinoises. Des résidents et des voyageurs africains ont été chassés de leurs logements ou de leurs hôtels par des propriétaires craignant la contagion ! Certains se sont même retrouvés contraints de dormir dans la rue. Des bars ou des restaurants ont interdit l’accès aux ressortissants africains, allant jusqu’à apposer une affichette en anglais à l’entrée informant que, pour des raisons sanitaires, « les noirs n’étaient pas admis ».

Face aux protestations venues d’Afrique, un ministre adjoint des Affaires étrangères a dû recevoir, le 13 avril, une vingtaine d’ambassadeurs de pays africains. Le même jour, le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki Mahamat a eu un entretien téléphonique avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi. On le voit, les gouvernements africains et même l’Union Africaine, d’habitude si tolérants à l’égard de la Chine, ont fini par s’émouvoir des discriminations subies par leurs ressortissants.

On l’aura compris, la suspension du financement de l’OMS par les États-Unis cache mal un affrontement entre ce pays et la Chine au sujet du Covid-19. En France et ailleurs en Europe, beaucoup critiquent, avec raison, leurs gouvernements pour leur imprévoyance et leur mauvaise gestion de la crise. Il convient cependant de se souvenir que ce virus est venu de Chine, un pays dirigé par le même parti unique depuis 71 ans. Les autorités communistes de ce pays semblent être venues à bout de l’épidémie sur leur territoire, et il convient de s’en réjouir. Mais leur système opaque, la répression de toute voix dissidente ou discordante, leurs dissimulations, le manque de crédibilité de leurs statistiques et leur transmission tardive et sélective d’informations cruciales au sujet du coronavirus ont largement contribué à transformer une épidémie locale en pandémie mondiale. L’heure n’est sans doute pas à la polémique mais, le jour où le Covid-19 aura été vaincu, il conviendra de réévaluer d’urgence les relations avec la Chine dite « populaire » et, surtout, la trop grande dépendance économique du reste du monde envers ce pays.

Hervé Cheuzeville, 15 avril 2020 (31ème jour de confinement).

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti, 2017). Il a en outre contribué à l’ouvrage collectif « Corses de la Diaspora », dirigé par le Professeur JP Castellani (Scudo Edition, 2018). En 2018, il a fondé les Edizione Vincentello d’Istria à Bastia. Il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ).

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