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Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 207 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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Crise gambienne : l’Afrique en sort grandie

Submitted by on 24/01/2017 – 4:30 No Comment | 585 views

Samedi 21 janvier dans la soirée, Yahya Jammeh s’est finalement embarqué à bord de l’avion du président Alpha Condé de Guinée et a quitté la Gambie. Après une brève escale à Conakry, il a pris un autre appareil qui l’a emmené vers sa destination finale : Malabo, capitale insulaire de la Guinée Équatoriale. Ce départ a donc constitué le dénouement d’une crise qui durait depuis le début du mois de décembre 2016. Le dictateur, revenant sur ses engagements, tentait de s’accrocher au pouvoir et refusait de céder son fauteuil présidentiel à son successeur, le président élu Adama Barrow. Il aura fallu des semaines de médiation, de navettes diplomatiques entre les capitales de la région et Banjul, de pressions croissantes, de menaces d’intervention militaire et enfin la prestation de serment du nouveau président dans les locaux de l’ambassade de Gambie à Dakar pour parvenir à un tel résultat. La CEDEAO[1], l’organisme rassemblant les États de la région, a joué un rôle exemplaire tout au long de cette crise et c’est elle qui est parvenue à pousser Yahya Jammeh vers la sortie. Certains présidents n’ont pas ménagé leurs efforts : celui du Sénégal, bien sûr, mais aussi ceux du Mali, du Nigeria et de Guinée. Sans oublier le chef d’État de la Mauritanie, pays qui n’est pas membre de la CEDEAO mais qui a cependant participé activement aux efforts pour convaincre le despote gambien de s’en aller. Même le Maroc a, dans la discrétion, joué un rôle important, confirmant ainsi son grand retour sur la scène africaine.

Dimanche 22, les troupes de la CEDEAO sont entrées en Gambie afin de sécuriser le pays. Les militaires gambiens n’ont opposé aucune résistance et  ont même très bien accueilli l’arrivée de leurs collègues sénégalais, nigérians et togolais. Le jour suivant, le nouveau président a, depuis Dakar, nommé une vice-présidente en la personne de Madame Fatoumata Tambajang, une ancienne ministre de la santé passée à l’opposition anti-Jammeh.  Il reste maintenant à espérer que le président Barrow puisse rentrer le plus rapidement possible afin d’affirmer son pouvoir pour confirmer le retour à la démocratie et à la stabilité et pour que la page sombre des années Jammeh puisse être définitivement tournée.

Depuis plusieurs années, j’ai écrit à plusieurs reprises au sujet de la Gambie afin de dénoncer le régime de celui qui en fut le dictateur durant 22 longues années. Pourquoi tant d’acharnement, ne manquera-t-on pas de me demander, à l’égard du dirigeant d’un tout petit pays qui ne pèse guère dans les relations internationales ? Tout simplement parce que Jammeh était la honte de l’Afrique. Il incarnait à merveille la caricature du dirigeant fantasque, imprévisible, peu instruit, violent et sanguinaire, archétype d’une époque que l’on espérait révolue. Celle des Bokassa et autre Idi Amin Dada, tyrans qui ont fait tant de mal à l’image de marque du continent. C’est ce type de chef d’État qui entretient l’idée, dans le reste du monde, que les Africains sont inaptes à gérer leurs pays et qu’ils ne sont pas « mûrs » pour la démocratie. Je suis donc particulièrement heureux que ce soient des Africains qui soient parvenus à envoyer Jammeh à la retraite. Ces Africains, ce sont d’abord les Gambiens. Ils ont su résister à la dictature, aux intimidations, aux arrestations, aux tortures et aux assassinats et, le jour venu, ils ont su voter pour le candidat de l’opposition malgré un régime bâti sur la peur. Ces Africains, ce sont aussi les dirigeants de la CEDEAO. Ils ont su faire preuve de détermination face à la tentative de détournement du processus électoral dans l’un de leurs États membres. En agissant de la sorte, les présidents de la région ont prouvé leur attachement à la démocratie et ils ont envoyé un message très fort aux autocrates qui, ailleurs en Afrique, persistent à manipuler les constitutions et les élections afin de demeurer au pouvoir. Ils ont aussi adressé un autre message au reste du monde, lui signifiant que les Africains étaient désormais capables de régler leurs problèmes eux-mêmes, sans avoir à faire systématiquement appel à des interventions extra-continentales, qu’elles soient françaises ou onusiennes.  Ces deux messages sont porteurs d’espoir pour l’avenir de l’Afrique toute entière.  Il reste à espérer que ces dirigeants lucides feront preuve de la même détermination lorsqu’une crise de même nature se produira dans un pays plus important que la Gambie…

Je ne saurais conclure cet article sans exprimer un regret, malgré tout. Yahya Jammeh est parvenu à se mettre à l’abri dans un pays où il savait pertinemment que la justice gambienne ou internationale ne parviendrait pas à le rattraper. Le régime de la Guinée Équatoriale ne vaut en effet guère mieux que celui que Jammeh avait imposé à la Gambie. Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir à Malabo depuis 1979, après avoir renversé et exécuté le premier président du pays, le dictateur fou Francisco Macias Nguema, qui n’était autre que son oncle ! La Guinée Équatoriale, autrefois petit pays pauvre et oublié, est devenu un gros producteur de pétrole. Cette richesse soudaine a donné à Teodoro Obiang Nguema un poids politique et économique démesuré. Cela lui a également permis de pérenniser son régime autocratique tout en se bâtissant, pour lui et pour sa famille, une fortune colossale. Dernièrement s’est ouvert à Paris le procès dit des « bien mal acquis » dont le principal accusé n’est autre que Teodorín Nguema Obiang, fils aîné du président et vice-président de la République de Guinée Équatoriale depuis le 22 juin 2016 ! Le pays a en outre la sulfureuse réputation d’être devenu l’un des neuf narco-États africains, selon un rapport officiel du Bureau International de Contrôle des Narcotiques. C’est donc dans ce petit paradis, non signataire du statut de Rome instituant la Cour Pénale Internationale, que Yahya Jammeh a choisi de s’établir. Nul doute qu’il y coulera des jours paisibles, puisque, avant de quitter Banjul, il a pris la sage précaution de prélever onze millions de dollars dans les caisses de l’État. En outre, le président tchadien a obligeamment mis à sa disposition un avion-cargo pour lui permettre d’emporter quelques affaires personnelles, dont deux Rolls Royce et une Mercedes Benz. Dix autres voitures seraient encore en attente de transport, à l’aéroport de Banjul (dont une Bentley, des Land Rovers, une Mini Cooper rouge et une autre Mercedes). Selon certaines informations, le palais présidentiel aurait été « déménagé » ! Sans doute était-ce là le prix à payer pour que Yahya Jammeh puisse quitter le pouvoir sans effusion de sang. Nul doute que nombre de Gambiens, dont la majorité survit avec moins de deux dollars par jour, doivent accepter de payer ce prix avec beaucoup d’amertume !

Espérons qu’un jour la Guinée Équatoriale puisse suivre l’exemple gambien et se débarrasse elle aussi de son dictateur. Ce jour-là, Teodoro Obiang Nguema et Yahya Jammeh auront peut-être des comptes à rendre…

 

Hervé Cheuzeville, 24 janvier 2016

[1] La Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest compte 15 États membre : le Bénin, le

Burkina Faso, la République du Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée Bissau, le Libéria, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.

 

 

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