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Qui se souvient du comte Benedetti, illustre Bastiais?

14/05/2019 – 3:57 | No Comment | 617 views

Bastia fut fondée en 1378 par le gouverneur génois Leonello Lomellino. Il s’agissait alors, pour les autorités génoises, d’avoir une port abrité défendu par une puissante bastille (d’où le nom qui lui fut donné : la …

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Élections en RD Congo : le vote des Congolais ne doit pas leur être volé !

Submitted by on 06/01/2019 – 4:31 No Comment | 947 views

L’auteur sur le lac Kivu en 2014.

À Kinshasa, le 14 décembre 2018, vers 2 heures du matin, le principal entrepôt de la commission électorale[1] de la capitale de la République Démocratique du Congo a été entièrement détruit par un incendie qui dura plusieurs heures avant d’être finalement maîtrisé. Il contenait 7 000 « machines à voter », des urnes, des isoloirs, des batteries ainsi que des panneaux solaires. Le matériel électoral de 19 communes[2] sur les 24 que compte Kinshasa est ainsi parti en fumée. Précisons que cet entrepôt de la CENI est situé à 200 mètres du plus grand camp militaire de la ville et de la base logistique de l’armée congolaise. Ce secteur est donc extrêmement sécurisé. Il était d’ailleurs prévu d’y installer la nouvelle ambassade des États-Unis d’Amérique. Le pire c’est que les secours furent extrêmement lents à parvenir sur les lieux. Le bourgmestre de la commune donna l’alerte dès 2h30, mais les pompiers n’arrivèrent qu’à 4h, alors que l’entrepôt n’était qu’à un kilomètre de leur caserne. Avant même qu’ils n’interviennent, les autorités étaient déjà en train d’alerter les médias, n’hésitant pas à pointer du doigt l’opposition. Dans un communiqué publié le matin même, le Front Commun pour le Congo, la coalition des partis qui soutient le candidat du pouvoir à la présidentielle, accusait l’opposant Martin Fayulu, candidat de la coalition Lamuka, d’être impliqué, tout en affirmant qu’il était en train de mettre en œuvre « un projet bien planifié tendant à entraver le processus électoral ». « Une politique de la terre brûlée qui a conduit à ses premières victimes », ajoutait ledit communiqué.

Cet étrange incendie, cette promptitude du pouvoir à en faire porter la responsabilité à l’opposition, tout cela me fit penser à un autre sinistre qui eut lieu à une autre époque et sur un autre continent. Dans la nuit du 27 au 28 février 1933, à Berlin, le bâtiment du Reichstag, le Parlement allemand, était incendié. Un jeune Néerlandais, militant d’extrême gauche, du nom de Marinus van der Lubbe fut arrêté sur les lieux. Immédiatement exploité par les nazis à des fins politiques, cet acte criminel fut suivi par la proclamation de la Reichstagsbrandverordnung[3] qui suspendait sine die les libertés individuelles. Les nazis présentèrent l’événement comme un « complot communiste » et lancèrent aussitôt une campagne de terreur et de répression des partis politiques qui leur étaient opposés, à commencer par le KPD, le Parti Communiste d’Allemagne. Plus de huit décennies après cet évènement, la majorité des historiens s’accorde pour estimer que le « complot communiste » était en fait imaginaire et que, si le jeune déséquilibré hollandais participa sans doute à la mise à feu, il fut probablement manipulé par les services spéciaux nazis. Il fut d’ailleurs promptement exécuté, après un rapide procès. Cet incendie et la répression qui s’en suivit permirent à Adolf Hitler, nommé chancelier moins d’un mois plus tôt, de consolider son pouvoir encore fragile et de commencer à établir sa dictature, avec les conséquences que l’on sait pour l’Allemagne et pour l’humanité tout entière.

Comparaison n’est pas raison, dit-on. Certes, les deux situations sont très différentes. Dans l’une, il s’agit d’un pouvoir corrompu, usé par dix-sept années de règne sans partage et qui, depuis décembre 2016, use et abuse de tous les prétextes pour se maintenir, pour retarder les échéances électorales et pour tenter d’assurer les conditions d’une victoire sans risque. Joseph Kabila n’est pas un nouvel Hitler. Sans doute n’est-il pas un monstre mégalomane comme le fut le dirigeant nazi, et il n’en a certainement ni la stature ni le charisme et encore moins le magnétisme maléfique.  Hitler, en février 1933, était en pleine ascension. Kabila et son équipe, en décembre 2018, sont totalement discrédités, tant aux yeux de la majorité des Congolais qu’au niveau international. Toutes leurs manœuvres ne servent qu’à tenter de ralentir un processus inexorable, celui de leur chute, qui n’est plus qu’une question de temps.

Le Congo/Zaïre ne dispose plus d’aucune institution légitime : le mandat du président de la République est arrivé à terme en décembre 2016, ainsi que celui des députés, des sénateurs et autres élus provinciaux.  Les élections ont été plusieurs fois reportées pour diverses raisons et l’incendie de l’entrepôt a justifié un nouveau report, de quelques jours seulement. La CENI a fini par annoncer qu’elles se tiendraient le dimanche 30 décembre, tout en précisant qu’elles ne pourraient avoir lieu dans les territoires de Beni et de Butembo, dans la partie orientale du pays, du fait de l’épidémie d’Ebola qui y prévaut depuis quelques mois. Rappelons que ladite épidémie n’a pas empêché les candidats d’y mener campagne et que la population de cette région n’en peut plus de l’incapacité des autorités à la protéger des attaques meurtrières menées par un mystérieux groupe rebelle venu d’Ouganda. Le prétexte d’exclure Beni et Butembo du scrutin a donc permis d’éviter que les électeurs du secteur, majoritairement hostiles au pouvoir sortant, puissent apporter leurs suffrages aux candidats de l’opposition. Le poids d’un million de votants potentiels ne saurait être négligé ; interdire de vote ces citoyens congolais constitue donc une atteinte délibérée à leurs droits et cela réduit d’autant la crédibilité démocratique des élections du 30 décembre !

Dimanche, les élections se sont donc malgré tout tenues, dans la désorganisation et l’improvisation. Organiser un scrutin dans un pays grand comme près de cinq fois la France est loin d’être chose aisée, d’autant que les autorités de Kinshasa ont rejeté toutes les offres de concours extérieur, même celui de la MONUSCO[4], présente dans le pays depuis des années et disposant de gros moyens logistiques. Rappelons que la RD Congo a peu de routes dignes de ce nom ; on met parfois une journée pour parcourir 60 kilomètres sur des pistes où des camions entiers peuvent disparaître, tant les nids de poules sont en fait des nids d’éléphants, véritables ravins ou cloaques boueux qui sont même de plus en plus profonds après chaque saison des pluies car l’entretien des routes n’est plus fait depuis un demi-siècle. S’assurer que chaque bureau de vote disposait en temps et en heure des fameuses et controversées « machines à voter », du matériel électoral et du personnel nécessaire constituait donc un défi quasiment insurmontable, même si les autorités avaient été sincères dans leur désir affiché de permettre aux citoyens de voter. Ces machines à voter étaient rejetées par l’opposition, mais elles ont malgré tout été importées de Corée du Sud, à grands frais. Peut-on imaginer, dans un pays qui compte de nombreux analphabètes, que les gens puissent tous voter à l’aide de ces instruments alors que la majorité de la population ne s’est jamais approchée d’un ordinateur ? Nul doute que pour voter, nombre d’électeurs ont dû être assistés. Or, qui dit « assistance » peut aussi dire influence indue, et je n’ai aucun doute que de nombreuses personnes aient voté pour le candidat du pouvoir en croyant voter pour un candidat de l’opposition. En outre, du fait de la complexité d’utilisation de ces machines, le temps mis par chaque électeur pour voter a été excessif, ce qui a grandement ralenti les opérations car de nombreux bureaux de votes ont été amenés à demeurer ouverts jusque tard le soir. Par ailleurs, dans un pays où peu d’endroits ont accès à l’électricité et où la fourniture électrique est très erratique dans les lieux couverts par le réseau, l’utilisation des machines à voter ne pouvait qu’être problématique. J’ai eu connaissances de cas où les batteries de ces machines étaient à plat au bout d’une heure seulement d’utilisation. Le pire dans cette inorganisation sans doute savamment orchestrée, semble avoir été la publication tardive des listes électorales et le manque d’informations au sujet de la localisation des bureaux de votes où les électeurs étaient enregistrés. On a rapporté de très nombreux cas de citoyens errant d’un bureau à l’autre avant de trouver celui où ils pourraient enfin voter. Certains, après trois ou quatre tentatives infructueuses, sont même rentrés chez eux découragés, sans avoir pu exercer leur droit de vote.

Malgré ce chaos organisationnel, le peuple congolais a démontré sa soif de démocratie en se rendant massivement aux urnes, pardon, aux machines à voter. À Beni et à Butembo, les citoyens ont pris l’initiative de créer des bureaux de votes illégaux afin de pouvoir malgré tout voter pour le candidat de leur choix, tout en sachant que leurs voix ne seraient pas prises en compte pour le résultat final !

Mais le pire était à venir. Durant la soirée du dépouillement, j’ai pu voir des photocopies de procès-verbaux de bureaux de vote des quatre coins du pays. Dans la majorité des cas, j’ai pu constater que l’un des candidats d’opposition, Martin Fayulu, était largement en tête alors que celui du pouvoir obtenait des scores souvent dérisoires, n’arrivant qu’en troisième ou en quatrième position ! Je ne fus donc pas surpris d’apprendre, le lendemain matin, que les autorités avaient décidé de couper l’internet sur toute l’étendue du territoire national et qu’elles avaient même intimé l’ordre aux opérateurs téléphoniques de stopper tout envoi et toute réception de textos. En effet, les résultats des bureaux de votes étaient transmis par les observateurs indépendants ou par ceux de l’opposition par ces moyens-là. La révélation des résultats catastrophiques pour le pouvoir ne pouvait que déplaire aux autorités. La mesure interdisant les textos est très impopulaire, car les Congolais ont été dans l’incapacité d’échanger leurs traditionnels vœux de bonne année, lors du passage à 2019 ! Comme si cela ne suffisait pas, la diffusion de RFI en FM a même été bloquée, alors que cette radio n’avait diffusé aucun résultat partiel et qu’elle constitue depuis longtemps, pour nombre de Congolais une source d’information non censurée, très appréciée. L’accréditation de la correspondante de RFI à Kinshasa a d’ailleurs été retirée et Florence Morice a dû aussitôt prendre l’avion pour Paris. Elle n’avait pourtant pas enfreint la loi et n’avait pas non plus communiqué de résultats non officiels. Certains Congolais des régions frontalières continuent malgré tout à m’envoyer des nouvelles, car ils parviennent à contourner la suspension de l’internet et des textos en utilisant les réseaux téléphoniques des pays voisins.

Les résultats devaient être annoncés le 6 janvier. La veille du jour dit, la CENI publia un communiqué annonçant le report de l’annonce tant attendue. Pendant tout ce temps, en l’absence de communication non autorisée, les autorités ont le champ libre pour manipuler et transformer les procès-verbaux des bureaux de vote lors de leur transmission et de leur compilation au niveau central. Je ne serais donc pas surpris si la CENI finissait par annoncer que le candidat du pouvoir, Ramazani Shadary, soit arrivé en tête de cette élection présidentielle. C’est d’ailleurs pour prévenir ce risque que la CENCO[5], qui disposait du plus grand nombre d’observateurs à travers tout le pays, a publié un communiqué indiquant que la conférence épiscopale, au vu des résultats observés dans les bureaux du vote, connaissait le nom du vainqueur. Cela lui a d’ailleurs valu les foudres des autorités et de la CENI. Dès le lendemain, les évêques congolais furent convoqués par le président Joseph Kabila, qui leur exprima sa réprobation ! Rappelons que l’élection présidentielle est un scrutin à un tour seulement et que le candidat arrivé en tête sera ensuite proclamé président de la République Démocratique du Congo. Si la victoire de Ramazani Shadary, terne candidat sans aucune envergure ni charisme, ancien ministre de l’intérieur et un dur du régime, devait être annoncée, le nouveau président pourrait alors perpétuer pendant les cinq prochaines années le pouvoir prédateur de Joseph Kabila et de sa clique. Les Congolais, eux, ne seront pas dupes et je ne pense pas qu’ils accepteront facilement le vol de leur vote. Les lendemains d’élections risquent donc d’être très difficiles et ce grand et beau pays qu’est le Congo, si riche en potentialités et en ressources naturelles et humaines, risque de sombrer encore davantage dans le chaos et la misère…

L’avenir du Congo

Hervé Cheuzeville, 6 janvier 2019.

NB : sur le sujet des élections congolaises, il est possible de retrouver Hervé Cheuzeville sur YouTube, dans sa vidéo intitulée « HervéTV n°3: les élections du 30.12.2018 en RD Congo » : https://www.youtube.com/watch?v=fcHs8Sc6ZKc&t=10s

[1] La CENI, Commission Électorale Nationale Indépendante.

[2] Équivalent des arrondissements parisiens, lyonnais ou marseillais.

[3] Ordonnance de l’incendie du Parlement du Reich.

[4] Mission d’Observation des Nations Unies en République Démocratique du Congo.

[5] Conférence Épiscopale de République Démocratique du Congo.

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti,2017). Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ).

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