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Vergogna!

04/08/2020 – 12:47 | 2 Comments | 600 views

Dimanche 2 août 2020, je suis retourné à Pianellu, pour la quatrième édition de « in giru a l’arburu« , une rencontre co-organisée par l’association Terra-Eretz et le Foyer rural du village. Depuis la première année (2017), …

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Elections municipales: Bastia à la croisée des chemins

Submitted by on 12/06/2020 – 4:09 One Comment | 1483 views

Le 28 juin prochain, j’irai voter lors du second tour des élections municipales, même si je suis toujours convaincu qu’il eût été préférable d’annuler le premier tour et de reporter ces élections à l’an prochain. En effet, les résultats du premier tour, à Bastia comme ailleurs, ont été gravement affectés par la crise du Covid-19: climat anxiogène, crainte justifiée de la contamination dans les bureaux de vote, informations et appels contradictoires de la part des dirigeants locaux et nationaux quelques heures avant la tenue du scutin, tout cela a contribué à démobiliser et à désorienter l’électorat et cela a eu un impact incontestable sur les résultats du premier tour. De plus, une élection municipale forme un tout. Aussi, lorsqu’un second tour est nécessaire, il convient de l’organiser immédiatement après le premier. Or, plus de trois mois se seront écoulés entre les deux tours. Tous ces élements entacheront l’élection des nouveaux édiles, quels qu’ils soient et leur légitimité sera malheureusement amoindrie. La non annulation des élections municipales et la tenue du second tour le 28 juin prochain constituent une nouvelle absurdité dans une une crise qui n’en a compté que trop!

Cependant, malgré toutes ces réserves, j’iriai voter.  J’irai voter car notre ville de Bastia est à la croisée des chemins. Ne pas voter, ce serait accepter le retour à l’ordre ancien. Celui des magouilles, des petits arrangements, du népotisme et du clientélisme. En effet, une coalition hétéroclite s’est formée, unissant trois listes arrivées respectivement en seconde, troisième et cinquième position au premier tour de mars. Elle est conduite par un avocat réputé proche du Parti Socialiste, associé pour la circonstance à l’héritier de la dynastie radicale de gauche qui a régné sur la ville durant plus d’un demi-siècle et au leader insulaire de la droite dite « moderne », soutenu par le parti « Les Républicains ». Il ne s’agit donc pas du mariage de la carpe et du lapin, mais d’un véritable ménage à trois ayant pour objectif unique d’en finir avec la présence d’une équipe dominée par les nationalistes à la tête de la ville. J’ai trouvé particulièrement pathétique et déplacé qu’une association soutenant cette liste et se prétendant, du jour au lendemain, « caritative » (et dont l’adresse est la même que celle du siège départemental du PRG) se lance dans un programme de distribution de secours alimentaires dans les quartiers populaires.  De telles pratiques héritées d’un passé que l’on espérait révolu ont fait remonter en moi mes souvenirs de campagnes électorales africaines.

Pierre Savelli, le maire sortant, est un honnête homme, un homme droit, un homme de principes. Ce n’est pas un politicien né, mais un kinésithérapeuthe et osthéopathe très apprécié de ses patients. Il est devenu le premier magistrat de la ville en cours de mandature lorsque le maire élu en 2014, Gilles Simeoni, fut élu président de l’exécutif de la Collectivité de Corse l’année suivante. Pierre Savelli manque peut-être de charisme, il est loin d’être un orateur hors pair (même s’il a fait beaucoup de progrès dans ce domaine), mais c’est un homme intègre et travailleur, qui s’est investi à fond pour sa ville. Il s’est attaqué à des dossiers fort complexes, tels que celui de la circulation en ville et des difficultés de stationnement. Sous la conduite de l’adjoint en charge du Patrimoine, Philippe Peretti, un ambitieux travail de rénovation et de mise en valeur du vaste patrimoine architectural et religieux de la ville a été accompli. Le vénérable bâtiment de l’Octroi, qui date de l’Ancien-Régime et qui avait été défiguré (il avait même longtemps fait fonction de station service!) a retrouvé sa beauté d’antan.  Une grande place a été accordée à la culture, avec des expositions de qualité au Musée de Bastia et la création d’un magnifique théâtre vert à la citadelle, le Spaziu Mantinum. Sur le front de mer, une très belle piste piétonne et cyclable reliera bientôt le sud de la ville au Vieux-Port, en passant au pied de la Citadelle. Les quartiers populaires du sud de la ville, longtemps négligés, sont en cours de rénovation. Une Maison de la Science y a été implantée, afin de permettre aux jeunes et aux moins jeunes d’avoir accès à la connaissance et aux nouvelles technologies. Toujours dans les quartiers sud, le Centre culturel Alb’Oru rayonne culturellement sur la ville et sur l’île, il draine un grand nombre de visiteurs, attirés par les activités, par les conférences ou par la médiathèque. Je réside dans cette partie de Bastia et je peux donc témoigner de l’amélioration notable de la qualité de vie.

Bastia fut, depuis le XIVe siècle, la ville principale et la capitale de la Corse. C’est la ville la plus riche de l’île, pour ce qui est du patrimoine architectural historique et religieux. C’est aussi la ville la plus ouverte sur l’Italie et sur l’Europe, grâce à sa proximité de la « terre ferme » et à son port, situé juste en face de la Toscane. Certes, depuis Napoléon, Aiacciu a gagné en importance, administrativement et économiquement. Mais une Casa Bonaparte et une petite cathédrale inachevée ne pourront jamais rivaliser avec notre majestueux San Ghjuva surplombant notre incomparable Vieux-Port, notre belle citadelle gênoise, notre éclatante cathédrale Santa Maria, nos multiples églises et oratoires baroques et tant d’autres beautés architecturales héritées du passé. J’aime l’incomparable golfe d’Aiacciu et les îles Sanguinaires mais je n’aime pas ce que la ville de Napoléon est devenue. Chaque fois que je m’y rends, je suis horrifié par ces chantiers perpétuels, par ces nouveaux centres commerciaux démesurés et disproportionnés, par cet amour du « tout béton » que les édiles ajacciens semblent avoir développé ces dernières années. Je n’ai d’ailleurs pas été autrement surpris par les inondations catastrophiques qui viennent de frapper, malheureusement, cette ville. Je ne souhaite pas que Bastia adopte ce genre de plan de développement. Bastia a déjà souffert du syndrome du tout béton par le passé. Le port de Toga ou le quartier du Fangu en sont les tristes exemples. Le scandale du nouveau cimetière de l’Ondina en est un autre, même si toute la vérité n’est pas encore connue à ce jour. Je souhaiterais savoir pourquoi il nous a fallu déplacer nos défunts dont le repos éternel fut troublé par un glissement de terrain peu après l’ouverture de ce nouveau campu santu.

Notre ville devrait conserver son authencité et son caractère, tout en progressant de manière équilibrée, en respectant l’environnement et en privilégiant le développement durable. Il me semble que c’est ce qui a été entrepris depuis 2014 et je sais qu’il est prévu de continuer sur cette voie avec, par exemple, un ambitieux projet de train/tram pour rendre le centre-ville plus facilement accessible pour tous.

Ceci étant posé, si Pierre Savelli et son équipe sont reconduits pour une nouvelle mandature, qu’ils sachent que je continuerai à m’exprimer et même à dénoncer ce qui me semblera impropre au développement équilibré et à l’image de Bastia. Je le ferai en ma qualité de citoyen de cette ville que j’aime. J’ai par le passé dénoncé la disparition rapide des librairies bastiaises. Je continuerai à le faire dans l’avenir. Je ne me résignerai jamais à voir la capitale culturelle de la Corse perdre ses librairies les unes après les autres, je n’accepterai jamais que les grandes enseignes l’emportent en venant occuper le vide laissé par les librairies disparues. Le centre-ville de Bastia ne doit pas mourir et les commerces qui s’y trouvent ne devraient pas avoir à baisser définitivement leurs rideaux de fer, sous la pression des affairistes et des spéculateurs. J’ai confiance en Pierre Savelli pour que ce combat se poursuive et soit mené à son terme, avec vigilence et rigueur, durant les six prochaines années.

Pour toutes ces raisons, je lui apporte mon amical soutien et je lui souhaite, ainsi qu’à son équipe, de l’emporter, dimanche 28 juin. Inseme per Bastia!

Hervé Cheuzeville, 12 juin 2020.

Hervé Cheuzeville vit à Bastia. Il est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti, 2017). Il a en outre contribué à l’ouvrage collectif « Corses de la Diaspora », dirigé par le Professeur JP Castellani (Scudo Edition, 2018). En 2018, il a fondé les Edizione Vincentello d’Istria à Bastia. Il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Il est également possible de retrouver Hervé Cheuzeville sur YouTube: https://www.youtube.com/channel/UCUbuhUdlJ5I2k5DfLVW73PA/videos

 

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