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Le centenaire de l’Armistice et la Corse

08/11/2018 – 7:37 | No Comment | 175 views

Il existe à Bastia une immense place où les Bastiais aiment flâner ou se retrouver à la terrasse de l’un des nombreux établissements qui la bordent, pour le café ou l’apéritif, tandis que les touristes …

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Évocation d’une île méconnue et attachante : Sainte-Lucie

Submitted by on 11/05/2018 – 3:14 No Comment | 714 views

À l’aube du 9 avril dernier, je vis apparaître à l’horizon les côtes du seul pays indépendant portant un prénom féminin : Sainte-Lucie, nommée en l’honneur de la martyre de Syracuse. Selon la légende, il fut choisi par des naufragés français qui auraient échoué sur les rivages de l’île au début du XVIe siècle, un 13 décembre, jour de la fête de Sainte Lucie. Cette île volcanique est la plus montagneuse des îles Caraïbes, le Mount Gimie culminant à 950 mètres d’altitude.  Deux autres montagnes, les deux Pitons, situés entre les villes de Soufrière et de Choiseul, sur la côte ouest, sont devenues les symboles de l’île, à cause de leur forme reconnaissable entre toutes.  Leur silhouette stylisée figure d’ailleurs sur le drapeau de Sainte-Lucie.

Très vite, je commençais à distinguer, vers le sud, ces fameux deux Pitons, dont les énormes masses rocheuses pyramidales sont baignées par la mer des Caraïbes. Un peu plus tard, notre gros navire s’engagea dans l’étroite passe donnant accès au port de Castries, la capitale de cet État insulaire de 617 kilomètres carrés seulement, soit à peu près quinze fois plus petit que la Corse. N’eut été cette croisière, rien ne me prédestinait à mettre un jour les pieds dans cette jolie île des Petites Antilles, peuplée de 178 000 habitants, à 85 % des Afro caribéens (alors que 11% sont des métis descendants d’Africains et d’Européens). Les anciens habitants de l’île, les Amérindiens Caraïbes, n’ont laissé que peu de descendants ( 3 % seulement de la population). La capitale et la plupart des noms de lieux portent des noms à consonnance bien française : Castries, Choiseul, Soufrière, Vieux-Fort, Gros Piton, Petit Piton, Anse de Sables, Gros Islet, Grande Anse, Fond d’Or et bien d’autres encore. Ces noms sont autant de témoignages du passé français de l’île, alors que c’est du Royaume-Uni qu’elle obtint son indépendance, en 1979. Si la langue française a pratiquement disparu, le Créole parlé par l’immense majorité de la population est d’origine française, comme celui de la Martinique ou de la Guadeloupe.

Le fait que les descendants d’Africains soient largement majoritaires dans cette île comme dans la plupart des îles des Caraïbes rappelle le sinistre passé de ces nations insulaires, marqué par l’esclavagisme. Pendant des siècles, des cargaisons pitoyables composées d’êtres humains achetés sur les côtes africaines ont été déversées sur les côtes antillaises. Aussitôt débarqués, après une épouvantable traversée à laquelle nombre d’entre eux n’avaient pas survécu, ces hommes, ces femmes et ces enfants étaient vendus aux planteurs européens installés dans ces îles. La culture de la canne à sucre et le commerce florissant du sucre et du rhum ont dû leur succès, à Sainte-Lucie comme ailleurs, à l’utilisation de cette main d’œuvre gratuite et corvéable à merci. Certes, l’esclavage, aux Antilles, appartient à un passé lointain et révolu. Mais il a laissé une marque indélébile sur l’histoire, sur la démographie, sur la culture et même sur les paysages de ces îles. La Grande-Bretagne a fini par abolir l’esclavage en 1836, tant à Sainte-Lucie que dans le reste de son empire. Cette abolition ne fut d’ailleurs pas réellement effective cette année-là, puisque les autorités britanniques ordonnèrent que les anciens esclaves effectuent d’abord une période dite d’« apprentissage » afin d’« apprendre » la liberté! Ils furent alors contraints de travailler les trois quarts de chaque semaine de travail pour leurs anciens maîtres…  Ce n’est qu’en 1838 qu’ils finirent par bénéficier d’une liberté inconditionnelle. Dans les Antilles demeurées françaises ainsi qu’à la Réunion, l’abolition n’intervint qu’en 1848.

Les premiers occupants de Sainte-Lucie, du moins ceux qui ont laissé des traces de leur présence, sont les Arawak, un peuple pacifique venu du nord de l’Amérique du Sud, qui serait arrivé entre 200 et 400 de notre ère. Ce peuple possédait la maîtrise de la poterie, des spécimens en ont été retrouvés dans les nombreux sites archéologiques que compte Sainte-Lucie. Du fait de la présence d’une forte population d’iguanes, ce peuple aurait appelé l’île « Louanalao », ce qui signifie « le pays des iguanes », en langue arawak.

Une population plus agressive arriva vers l’an 800. Il s’agissait des Caraïbes, qui prirent le contrôle de l’île en massacrant les hommes arawak et en s’emparant des femmes et des filles pour en faire leurs épouses. Ils appelèrent l’île Hewannorra, un nom faisant également référence à la présence d’iguanes.  Les Caraïbes vivaient sous l’autorité de rois et de chamanes héréditaires. Leurs canots de guerre pouvaient contenir plus de cent guerriers et ils étaient assez rapides pour permettre la capture de navires à voiles. Les premiers arrivants européens redoutaient leur férocité lors des batailles qu’ils eurent à leur livrer.

L’île apparaît pour la première fois sur une carte de navigation établie en 1500 par le navigateur et cartographe espagnol Juan de la Cosa, sous le nom de El Falcon (le Faucon). C’est en 1502 que Christophe Colomb aurait aperçu l’île, sans toutefois y débarquer, lors de son quatrième voyage. Un document officiel espagnol de 1511 mentionne l’île comme faisant partie du domaine de l’Espagne. Elle est indiquée sur un globe terrestre fabriqué à Rome en 1520 pour le pape et elle y porte déjà le nom de Sancta Lucia.  Dans les années 1550 le pirate français François le Clerc, surnommé « Jambe de Bois », installa son camp sur l’île du Pigeon, un îlot situé à proximité de la pointe nord de Sainte-Lucie. Il se servit de cette base pour attaquer les navires espagnols qui passaient au large.

En 1605, un navire anglais « Oliphe Blossome », en route pour la Guyane, fut poussé par des vents contraires vers Sainte-Lucie où il fit naufrage. Les 67 survivants s’installèrent dans l’île, où ils furent d’abord bien accueillis par le chef Caraïbe Anthonie. Le 26 septembre 1605, 19 rescapés seulement parvinrent à fuir l’île. Tous les autres avaient été tués lors des attaques continuelles du chef Caraïbe Augraumart et de ses guerriers.

Le 8 mars 1635, muni d’une lettre patente, Pierre Belain, sieur d’Esnambuc, aventurier et commerçant français, créa une colonie dans l’île. La même année, il devait également fonder la première colonie française dans l’île voisine de la Martinique, à Saint-Pierre. Il fit cela au nom de la Compagnie de Saint-Christophe, une compagnie commerciale qu’il avait créée avec le soutien du cardinal de Richelieu. Par la suite, elle devait s’appeler « Compagnie des Îles de l’Amérique ». L’année suivant la mort de Pierre Belain, son neveu, un dénommé Du Parquet, lui succéda. Un peu plus tard, les Anglais tentèrent aussi de s’installer dans l’île, mais les attaques répétées des Caraïbes les contraignirent à se rembarquer en octobre 1640. En 1642, Louis XIII céda Sainte-Lucie à la Compagnie Française des Indes Occidentales. En 1650, Du Parquet, associé à un certain Houel, acheta l’île afin d’y installer une quarantaine de Français et d’y établir un fort dans un endroit nommé La Toc, tout près de l’actuelle ville de Castries. En 1659, une tentative d’invasion anglaise fut repoussée. Mais le 6 avril 1663, les Caraïbes vendirent Sainte-Lucie à Francis, cinquième Baron Willoughby of Parham, gouverneur britannique des Caraïbes. Fort de cette vente, Sir Francis envahit l’île avec une force composée de 1100 Anglais et 600 Amérindiens embarqués à bord de cinq navires de guerre et de dix-sept pirogues, contraignant les quatorze défenseurs français à prendre la fuite.  Cependant, les colons anglais furent rapidement décimés par les fièvres, ce qui permit aux Français de revenir. Les Anglais envahirent Sainte-Lucie à nouveau dès 1665, mais les maladies, la famine et les Caraïbes eurent rapidement raison d’eux, forçant les survivants à fuir en janvier 1666. Le Traité de Breda de 1667 rendit le contrôle de l’île à la France, ce qui n’empêcha pas les Anglais d’effectuer un nouveau raid en 1686, mais ils durent abandonner leurs revendications sur l’île lors d’un traité signé en 1687, lequel abandon fut confirmé en 1697 par le Traité de Ryswick.

Depuis leur découverte par Christophe Colomb et les premiers navigateurs européens, la plupart des îles des Petites Antilles a maintes fois changé de mains. Mais Sainte-Lucie est sans doute un cas extrême.  Au cours du XVIIIe siècle, l’île a en effet changé de  maîtres une douzaine de fois, alternativement des Français ou des Anglais. Ces derniers  étaient basés à la Barbade, une île située au sud-est, tandis que les Français étaient fermement établis à la Martinique, la voisine septentrionale. La situation de Sainte-Lucie entre ces deux îles, l’une anglaise, l’autre française, ne pouvait être que l’objet de disputes incessantes entre les deux ennemis, à tel point qu’on surnomma l’ « Hélène de l’ouest », en référence à l’héroïne troyenne ! Tant les Français que les Anglais la convoitaient car ils la considéraient comme une terre propice à la culture de la canne à sucre. Or, le XVIIIe siècle connut un développement considérable de cette culture dans toutes les Antilles. Si le siècle précédent avait été celui des épices, celui-ci fut certainement le siècle du sucre, tant le goût pour les boissons et les mets sucrés s’était développé en Europe, où la demande de sucre croissait continuellement. C’est pour répondre à ce marché en pleine expansion que les surfaces cultivées furent largement étendues et que le besoin en main d’œuvre augmenta. Le XVIIIe siècle fut donc la période durant laquelle le plus grand nombre d’Africains fut amené dans les îles. En 1730, il n’y avait que 463 habitants à Sainte-Lucie, dont 125 Européens et 175 esclaves seulement. En 1745, 3455 habitants peuplaient l’île, dont 2573 esclaves. En 1779, la population de l’île avait considérablement augmenté, s’élevant désormais à 19 230 habitants, dont 16 003 esclaves travaillant dans 44 plantations de canne à sucre.

En 1762, pendant la Guerre de Sept Ans, les troupes anglaises occupèrent Sainte-Lucie, mais elles durent restituer l’île à la France après la signature du traité de Paris, le 10 février 1763. Puis, il y eut la guerre d’indépendance des Treize Colonies américaines, qui allaient devenir les États-Unis d’Amérique. La France soutenant les insurgents, la Grande-Bretagne s’empara à nouveau de Sainte-Lucie, après la grande bataille navale de Cul de Sac[1] qui se déroula le 15 décembre 1778. La flotte britannique était commandée par l’amiral Barrington, tandis que les douze navires du Roi de France étaient sous le commandement de l’amiral d’Estaing. Durant cette nouvelle occupation anglaise, l’amiral George Rodney fit construire un fort qui devait porter son nom, Fort Rodney, situé tout près de la pointe nord de l’île.  L’autorité de la France fut cependant rétablie après la signature du traité de paix de Paris en 1783.  Durant cette période troublée de la guerre franco-anglaise, de nombreuses plantations furent abandonnées et des milliers d’esclaves en profitèrent pour fuir et se réfugier dans les forêts des montagnes de l’intérieur.

Survint alors la Révolution Française. En janvier 1791, l’Assemblée Nationale envoya quatre commissaires à Sainte-Lucie, afin d’y propager les idées nouvelles. Les esclaves commencèrent alors à abandonner les plantations et, en août, le gouverneur français de Gimat préféra prendre la fuite. En décembre 1792, le lieutenant Jean-Baptiste Raymond de Lacrosse débarqua avec une cargaison de pamphlets révolutionnaires. Il incita les Blancs les plus pauvres ainsi que les Noirs libres à s’armer pour former des groupes de patriotes. Le 1er février 1793, la France déclara la guerre à l’Angleterre et aux Pays-Bas. Le gouverneur nommé par Paris était le général Nicolas Xavier de Ricard. Le 4 février 1794, la Convention abolit l’esclavage, mais cette mesure ne put être appliquée à Sainte-Lucie, faute de temps. En effet, le 1er avril 1794, le vice-amiral John Jervis envahit l’île avec ses troupes anglaises. Ces dernières furent bien accueillies par les gros planteurs, qui tenaient à poursuivre l’exploitation de la canne à sucre avec leurs anciens esclaves. Les patriotes acquis aux idées révolutionnaires, ainsi que les esclaves en fuite, formèrent alors l’Armée Française dans les Bois, qui mena la résistance contre l’envahisseur. Cette nouvelle guerre devait être surnommée par les Anglais, la « Première Guerre des Brigands ». Le 21 février 1795, un groupe de rebelles conduit par Victor Hughes parvint à défaire un bataillon britannique. Cette guerre ne dura que quatre mois et s’acheva par la déroute des Anglais, qui durent se rembarquer dès le 19 juin. Presque tous les gros planteurs esclavagistes, craignant pour leur vie, s’embarquèrent avec eux. Le commissaire de la Révolution Gaspard Goyrand devint gouverneur de l’île. Il proclama l’abolition de l’esclavage et organisa des procès expéditifs pour les planteurs qui n’avaient pas réussi à fuir, ou qui avaient choisi de rester. Plusieurs furent guillotinés, une guillotine ayant été amenée spécialement de France ! Mais les Anglais n’avaient pas dit leur dernier mot.

En avril 1796, lors d’une tentative de débarquement dirigée par Sir Ralph Abercrombie, ils brûlèrent Castries, la principale localité bâtie au fond d’une baie bien abritée. Après un mois de combats, les Français finirent par capituler à Morne Fortune[2], le 25 mai 1796. Le général Moore fut nommé Gouverneur de Sainte Lucie. Il eut pour tâche de pacifier l’île, avec les cinq mille hommes de son armée d’occupation. C’est cette pacification qui fut appelée par les Anglais la « Seconde Guerre des Brigands ». En 1797, certains rebelles acceptèrent de se rendre, en échange de la promesse de ne pas être à nouveau asservis. Mais l’île ne fut réellement pacifiée qu’en 1838 avec la proclamation de l’Émancipation. Entretemps, les Français firent une brève réapparition à la faveur de la Paix d’Amiens de 1802, qui rendit Sainte-Lucie à la France. Le Premier Consul Bonaparte rétablit officiellement l’esclavage. Mais, en juin 1803, avec la reprise des hostilités entre l’Angleterre et la France, les Anglais reprirent le contrôle de l’île, définitivement cette fois, lorsque le Commodore Samuel Hood défit le général de brigade Antoine Noguès. En 1814, le traité de paix qui suivit la première abdication de Napoléon Ier confirma la cession de Sainte-Lucie à la Grande-Bretagne. En 1838, l’île fut intégrée au territoire des Îles Sous le Vent britanniques, dont le siège administratif se trouvait à Bridgetown, à la Barbade.

Castries

La Pax Britannica ne fut troublée que le 9 mars 1942, lorsqu’un sous-marin allemand parvint à couler deux navires britanniques dans le port de Castries. En 1924, la Grande-Bretagne avait accordé un petit droit de regard sur l’administration de l’île aux habitants, en permettant qu’une minorité des membres du Conseil Législatif soit élu par la population. Ces membres élus devinrent majoritaires en 1951, année de l’introduction du suffrage universel. De 1956 à 1958, Sainte-Lucie fut incorporée dans une éphémère Fédération des Antilles britanniques, une entité dotée d’une certaine autonomie. En 1967, l’île obtint un statut d’autonomie interne en tant qu’État associé au Royaume-Uni. Puis, en 1979, elle accéda à l’indépendance complète tout en demeurant un Royaume, puisque le souverain britannique est toujours officiellement le chef de l’État, représenté par un Gouverneur Général, comme au Canada, en Australie et dans d’autres pays indépendants membres du Commonwealth.  Sainte-Lucie coopère avec ses voisins eux aussi indépendants au sein d’un organisme régional, le CARICOM[3].  Les billets de la monnaie locale, l’East Caribbean Dollar, portent l’effigie de la Reine Elizabeth II. Il s’agit de la monnaie commune à plusieurs îles des Petites Antilles[4].

Depuis 1957, les bananes ont dépassé le sucre comme principale exportation de l’île. Mais c’est surtout le tourisme qui est devenu la principale activité économique. La compétition sur le marché mondial de la banane devenant de plus en plus rude, le tourisme n’a cessé de gagner en importance. Sainte-Lucie est devenue une destination très populaire, surtout durant la saison sèche, de janvier à avril. Son climat tropical, son paysage montagneux et ses nombreuses plages attirent de plus en plus de Nord-Américains et d’Européens. Le port de Castries est également devenu une escale incontournable pour les énormes navires de croisière (ainsi que pour ceux de tailles plus raisonnables !) qui sillonnent la mer des Caraïbes. L’île est petite, mais elle dispose d’un riche potentiel, avec ses multiples attractions touristiques, telles que de belles cascades, un volcan que l’on atteint aisément par la route, des jardins botaniques, des forêts primaires, sans oublier les fameux deux Pitons, emblèmes de Sainte-Lucie et inclus sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. D’inoubliables promenades en bateau peuvent d’ailleurs être effectuées à partir du port de Castries, y compris pour aller contempler le Gros et le Petit Piton depuis la mer. Le nord de l’île, autour de Gros Islet, est devenu très touristique avec de nombreux grands hôtels et stations balnéaires, tandis que le sud est demeuré encore très sauvage et plus préservé. C’est d’ailleurs sur la partie sud que nous nous sommes concentrés durant notre trop bref séjour du 9 avril. J’avais retenu une voiture de location qui nous attendait à notre descente du bateau. Après avoir traversé l’île d’ouest en est par le centre très montagneux et couvert d’une belle forêt primaire, nous sommes redescendus vers Dennery et la côte orientale, que nous longeâmes jusqu’à l’Anse de Sables tout près de la pointe sud. C’est là que nous choisîmes de déjeuner, en nous installant  à une table sous les grands arbres, à vingt mètres d’une plage merveilleuse, face aux deux îles Sainte-Marie et au cap Moule à Chique, l’extrémité sud de Sainte-Lucie. La chaleureuse hôtesse du restaurant « The Reef[5] » nous prépara de délicieux poissons grillés, fraîchement pêchés.  Des « black birds », jolis oiseaux noirs peu farouches, vinrent nous tenir compagnie. Pendant la préparation du repas, je n’ai pas pu résister à l’envie de gagner la plage pour me jeter avec un grand plaisir dans les vagues blanches d’une mer céladon. C’est à proximité de cette très belle plage que le gouvernement saint-lucien a ouvert le nouvel aéroport international, baptisé « Hewannorra », l’ancien nom caraïbe de l’île. Pour cela, une base de l’US Air Force a été utilisée, après sa fermeture. Sainte-Lucie peut désormais  accueillir des vols directs depuis l’Europe. En arrivant au port de Castries, j’avais observé avec effroi l’autre aéroport, dont la courte piste est coincée entre mer et montagne. Il n’est plus utilisé que pour les vols régionaux.

Après avoir traversé Vieux-Fort, la ville la plus au sud de Sainte-Lucie, nous entreprîmes de rentrer à Castries en suivant la route de la côte ouest. La côte est tellement abrupte que cette route aux multiples virages et aux montées et descentes très raides s’éloigne à plusieurs reprises de la mer, pénétrant dans l’intérieur de l’île. Il lui faut, en particulier, contourner les deux Pitons, d’abord le Gros puis le Petit. Tous deux plongent en effet dans la mer, formant de véritables falaises. Ce lieu magnifique est d’ailleurs inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 2004. Le Gros Piton culmine à 770 mètres et le Petit Piton à 743 mètres.  Nous traversâmes la pittoresque petite ville de Soufrière, nichée au fond d’une baie magnifique. Cette route  de la côte ouest, sinueuse mais très bonne, nous a conquis pour la beauté des paysages qu’elle nous permit de découvrir.

Avant de rendre la voiture de location, à Castries, je me suis rendu à l’Alliance Française de Sainte-Lucie[6], sise dans une sorte de grande pyramide blanche tout près du port. Ce centre antillais de la culture et de la langue française m’a semblé très actif et très fréquenté par les Saint-Luciens, le français étant d’ailleurs la première langue étrangère enseignée dans l’île. Durant cette trop courte journée, j’ai été frappé par le grand nombre de projets agricoles taïwanais aperçus le long de la route. Sainte-Lucie est en effet l’un des rares États à entretenir encore des relations diplomatiques avec la République de Chine (Taïwan), au grand dam de Pékin ! Cela me rappela mes années au Malaŵi, à l’époque où ce pays avait de fructueuses relations avec l’ancienne Formose. J’avais pu apprécier la qualité de la collaboration taïwanaise, en particulier dans le domaine de la santé et dans celui de l’agriculture. Malheureusement, en 2008, le gouvernement de l’époque avait fini par succomber aux sirènes pékinoises et les Taïwanais avaient eu un mois pour plier bagages, après 42 années de présence. Je ne suis pas certain que le Malaŵi ait gagné au change et j’espère que les autorités saint-luciennes continueront à maintenir leurs relations avec Taipeh, pour le plus grand bien de leur peuple. Au moins, à Sainte-Lucie, je n’ai pas vu des milliers de Chinois tenir de multiples petites boutiques, contraignant les petits commerçants locaux fermer les leurs, comme je l’ai trop souvent vu dans de nombreux pays d’Afrique !

J’ai beaucoup aimé Sainte-Lucie. Je n’y ai pas rencontré la misère que j’ai connue dans certains pays d’Afrique. Certes, ce micro-État insulaire est dépourvu de richesses minières. Mais il a su mettre à profit les potentialités que lui offrait une nature généreuse et son peuple m’a semblé entreprenant. En dehors de l’Alliance Française, j’ignore tout de l’intensité des relations entre la France et Sainte-Lucie. J’espère que ces relations sont importantes et de qualité. L’île a une histoire « française », comme le prouvent à chaque virage les noms de lieux. Elle est en outre toute proche de la Martinique, département français d’outre-mer. Une intensification des échanges dans tous les domaines ne pourrait que profiter aux peuples de ces deux îles sœurs, contribuant ainsi à ancrer davantage la Martinique dans son environnement régional immédiat.

Je ne peux que recommander à mes lecteurs de se rendre à Sainte-Lucie. C’est une île attachante qui ne les laissera pas indifférents et dont ils ramèneront d’inoubliables souvenirs. Pour ma part, je n’attends qu’une chose : avoir l’occasion de retourner à Sainte-Lucie, pour un séjour un peu plus long, toutefois !

Hervé Cheuzeville, 11 mai 2018

(Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti,2017). Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures (19h30 durant ce mois de mai) grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie).

PS : dans un article à paraître, j’évoquerai mes souvenirs de la Barbade, une autre île des Petites Antilles.

[1] La baie de Grande Cul de Sac, où se déroula cette mémorable bataille, est située au sud de Castries.

[2] Localité située au sud de la ville de Castries.

[3] Caribbean Community and Common Market (Communauté et Marché Commun Caribéen).

[4] Antigua et Barbuda, la Dominique, Grenade, Saint-Kitts et Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, Anguilla et Montserrat (ces deux dernières îles sont toujours des territoires britanniques).

[5] http://www.reefstlucia.com/

[6] http://www.afslu.com/

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