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Elections municipales: Bastia à la croisée des chemins

12/06/2020 – 4:09 | No Comment | 1158 views

Le 28 juin prochain, j’irai voter lors du second tour des élections municipales, même si je suis toujours convaincu qu’il eût été préférable d’annuler le premier tour et de reporter ces élections à l’an prochain. …

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Félicien Kabuga, 87 ans, le plus vieux détenu de France!

Submitted by on 11/06/2020 – 4:40 No Comment | 855 views

Depuis le jour de son arrestation à Asnières-sur-Seine le 17 mai dernier, un homme âgé de 87 ans est emprisonné et menacé d’extradition vers Arusha, en Tanzanie. Cet homme, c’est Félicien Kabuga, que les grands médias se sont plu à présenter comme le « financier du génocide des Tutsi de 1994 ». Avec une telle présentation, ce vieil homme n’avait aucune chance de susciter la sympathie du public.

Les grands médias, dans cette affaire, ont fait preuve d’un flagrant manque d’objectivité. Ils se sont contentés de relayer les accusations portées contre Félicien Kabuga, sans chercher à les vérifier. Pire, nombre de ces médias, à commencer par Radio France Internationale, n’ont pas hésité à servir de porte-voix au régime de Kigali, en interviewant des officiels rwandais et des responsables d’associations à la solde dudit régime. Ils n’ont jamais tenté d’entrer en contact avec des proches de l’accusé. Ils n’ont pas essayé d’analyser les charges retenues par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda contre Félicien Kabuga à la lumière de la jurisprudence des précédents procès qui se sont tenus devant cette juridiction internationale. Rappelons que le TPIR fut créé spécialement pour juger les auteurs de crimes contre l’humanité et autres crimes de génocide commis au Rwanda en 1994. S’ils l’avaient fait, ces grands médias se seraient rendus compte que ces accusations, émises sur la base du dossier concocté et transmis par le régime de Kigali voici plus de vingt années, ne tiennent pas. Mais le plus abominable est que ces grands médias ont foulé aux pieds le principe de présomption d’innocence. Et si, comme je le crois, Félcien Kabuga était innocent des crimes dont on l’accuse? Et si cet homme âgé et malade, qui ne comprend pratiquement pas le français, venait à décéder en prison, durant ou après son transfert à Arusha? Les journalistes de ces grands médias pourront-ils dormir tranquille? La Justice aura-t-elle avancé, si Monsieur Kabuga venait à mourir en détention avant la tenue de son procès?

Pour ma part, je souhaite que le procès puisse avoir lieu, et j’ai cru comprendre que c’était aussi le désir exprimé par Félicien Kabuga. Un tel procès serait une occasion historique de démonter une à une les charges retenues contre l’accusé et, au-delà de son cas personnel, de mettre en lumière le rôle joué par l’ancienne rébellion du Front Patriotique Rwandais (au pouvoir à Kigali depuis juillet 1994) dans la tragédie rwandaise, en particulier dans le déclenchement du génocide de 1994. Toutes les tentatives pour que le TPIR enquête sur le rôle du FPR ont échoué, les Procureurs qui se sont succédé à Arusha ayant toujours soit refusé, soit ils ont été dans l’impossibilité de diligenter la moindre enquête. Le régime de Kigali, soutenu en cela par ses puissants parrains qui lui avaient permis d’accéder au pouvoir, a toujours fait obstacle à une telle investigation. Ce régime a même obtenu qu’une procureure qui avait eu des velléités d’enquêter soit démise de ses fonctions!

Mais pour que le procès de Félicien Kabuga puisse se dérouler dans de bonnes conditions, il faudrait qu’il puisse se dérouler en France. D’abord pour que l’accusé n’ait pas à subir un épuisant transfert vers Arusha, où il serait détenu loin des siens et dans l’isolement. Ensuite pour permettre à cet homme âgé de bénéficier d’une libération conditionnelle et de pouvoir résider chez ses enfants, sous contrôle judiciaire. Une telle mesure augmenterait certainement les chances de voir un procès Kabuga avoir lieu un jour. Pourquoi vouloir transférer cet homme à Arusha? Le TPIR, qui siégeait effectivement dans cette ville du nord de la Tanzanie, a fermé définitivement ses portes le 31 décembre 2015.  Les juridictions nationales des pays concernés peuvent donc, sans enfreindre le droit international, juger les personnes qui auraient dû relever du TPIR. Certains, bien sûr, souhaiteraient que Félicien Kabuga soit jugé dans son propre pays, là où les crimes qui lui sont reprochés auraient été commis. Mais ceux qui connaissent la réelle nature du régime en place à Kigali savent très bien que l’accusé aurait toutes les chances d’être condamné avant même d’avoir mis les pieds au Rwanda. Dans ce pays, la justice est aux ordres du dictateur au pouvoir depuis 26 années. Dans ce pays, des opposants ou supposés tels ont été condamnés à de très lourdes peines de prison lors de procès à grand spectacle qui n’offraient aucune garantie à la défense. Dans ce pays, de nombreux détenus sont morts en prison (ou lors de soi-disant tentatives d’évasion!) dans des conditions suspectes avant même que leur procès ait pu avoir lieu. Au vu de tout ce qui précède, il faudrait donc que le procès puisse avoir lieu en France, pays où M. Kabuga a été appréhendé et où il est depuis détenu.

Je souhaite donc que la Cour de Cassation annule la décision de justice du 3 juin dernier  approuvant l’extradition vers Arusha. Mais surtout, il faudrait que Félicien Kabuga puisse bénéficier au plus vite d’une mesure de libération conditionnelle. Depuis quand, en France, emprisonne-t-on des personnes malades et âgées de 87 ans ? Monsieur Kabuga est sans nul doute, à ce jour, le détenu le plus âgé de France, et cela n’est pas à l’honneur de ce pays et de sa justice!

Hervé Cheuzeville, 11 juin 2020.

PS: pour en savoir plus sur Félicien Kabuga, sur sa vie et sur ce qui lui est reproché, voir ma vidéo postée sur YouTube le 19 mai 2020: https://www.youtube.com/watch?v=KOz2RaPaYc8&t=1167s

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti, 2017). Il a en outre contribué à l’ouvrage collectif « Corses de la Diaspora », dirigé par le Professeur JP Castellani (Scudo Edition, 2018). En 2018, il a fondé les Edizione Vincentello d’Istria à Bastia. Il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Il est également possible de retrouver Hervé Cheuzeville sur YouTube: https://www.youtube.com/channel/UCUbuhUdlJ5I2k5DfLVW73PA/videos

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