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Joyeux Noël !

07/11/2017 – 3:36 | No Comment | 179 views

Ma chronique d’aujourd’hui sera davantage une lettre ouverte qu’une véritable chronique. Cette lettre s’adresse à la municipalité de Bastia, ville d’où ces lignes sont écrites, mais aussi et très certainement à la plupart des municipalités …

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Guyane : l’heure de la prise de conscience a-t-elle enfin sonné ?

Submitted by on 28/03/2017 – 4:09 One Comment | 782 views

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer au sujet de Wallis et Futuna ou des îles Éparses, la France a la chance d’être le seul État membre de l’Union Européenne à disposer d’un vaste territoire ultra-marin réparti aux quatre coins du globe. Ces avant-postes dans l’océan Pacifique, l’océan Indien ou en Amérique pourraient être des vitrines de la France dans le monde, des zones de développement économique remarquables car bénéficiant de situations géographiques idéales, à proximité de régions dynamiques. Malheureusement, ces territoires et départements d’outre-mer, ces collectivités territoriales lointaines, ne sont bien souvent que les culs-de-sac miséreux de la France, cumulant non seulement tous les problèmes et toutes les déficiences de l’économie et de la lourdeur administrative françaises mais aussi les difficultés liées à l’éloignement et à une gestion par trop jacobine. Je me souviendrai toujours du mépris affiché par mes amis mauriciens envers leurs voisins réunionnais, vus par eux au mieux comme des assistés incurables, au pire comme des fainéants invétérés. Il est vrai qu’il ne saurait y avoir plus grand contraste entre ces deux îles, Maurice et La Réunion. L’une est indépendante et connaît un essor économique remarquable, ambitionnant de devenir le Singapour de l’océan Indien alors que l’autre est un département d’outre-mer français stagnant dans sa dépendance économique et sociale vis-à-vis de la Métropole, laquelle dépendance semble y avoir tué tout esprit d’initiative et d’entreprenariat.

La France d’Outre-Mer semble n’être qu’un réservoir à voix électorales dont on ne se souvient qu’une fois tous les cinq ans, lors des élections présidentielles et législatives. Ces voix sont d’ailleurs bien utiles aux pouvoirs en place, puisque l’électorat ultramarin a la réputation d’être « légitimiste ». Le reste du temps, ces territoires sont les grands oubliés de la République et leurs habitants des citoyens de seconde zone sur lesquels ont daigne parfois jeter un regard condescendant teinté de paternalisme. On préfère ne pas inclure leurs données économiques, en particulier celles du chômage, lors de la publication des statistiques nationales.

Ces derniers jours, la Guyane s’est cependant rappelée au bon souvenir du gouvernement presque sortant. Ce département d’Amérique du Sud cumule en effet tous les « records » dont beaucoup sont négatifs. La Guyane, près de dix fois plus vaste que la Corse, est le plus grand département français. Même si sa croissance démographique est impressionnante, sa population atteint à peine 250 000 habitants, soit moins que la Corse pourtant elle-même sous-peuplée ! Grâce à la Guyane, la France est frontalière du Brésil. Cette frontière, longue de 730 kilomètres est d’ailleurs la plus longue frontière française. Quant à la seconde plus longue frontière (510 kilomètres), elle nous sépare du Suriname, un pays voisin dont la plupart des Français ne soupçonne même pas l’existence ! Même ceux qui aspirent à diriger la France semblent très ignorants de la Guyane. L’un des principaux candidats à la prochaine élection présidentielle ne s’est-il pas ému de la situation prévalant dans cette « île » ?

La Guyane, dont le nom signifie « terre d’eaux abondantes » en langue arawak, est liée à la France depuis la première reconnaissance faite en 1604 par le capitaine Daniel de la Touche, seigneur de la Ravardière, et l’ordre de Louis XIII, en 1624, d’y installer des colons venus de Normandie. Terre natale d’hommes illustres, grands serviteurs de la France, tels que Félix Éboué [1] et Gaston Monnerville[2]. Mais elle fut trop longtemps une colonie oubliée et insalubre, tout juste bonne à y recevoir les bagnards indésirables en Métropole. C’est d’ailleurs là qu’échoua le malheureux capitaine Alfred Dreyfuss, victime d’une justice inique et de l’antisémitisme ambiant du XIXe siècle finissant. Aujourd’hui, la Guyane, c’est le département des statistiques toutes plus effrayantes les unes que les autres, dignes d’un pays d’Afrique subsaharienne. 40 % de la population y vit sous le seuil de pauvreté (contre 14 % en France métropolitaine). La mortalité infantile y est la plus élevée de France : 551/100 000 contre 182/100 000 en Métropole. Il se produit en Guyane 3 vols avec arme – 13 fois plus qu’en Métropole –  pour 1000 habitants et 23 faits de violence, toujours pour 1000 habitants. Le nombre d’homicide en 2016 s’y élevait à 42, soit beaucoup plus qu’en Corse pourtant plus peuplée. Avec plus de 200 cas de séropositivité découverts chaque année, la Guyane est le département de France le plus touché par la pandémie du VIHA/SIDA. Le paludisme et la fièvre jaune y font aussi des victimes. La Guyane, c’est aussi l’extrême porosité de frontières difficilement contrôlables et l’immigration clandestine de masse. Des femmes surinamiennes qui traversent le fleuve Maroni en pirogue afin de pouvoir accoucher en territoire français, des orpailleurs brésiliens souvent ultraviolents et surarmés qui saccagent la forêt et polluent les cours d’eau (au détriment de la population amérindienne vivant alentour) pour quelques grammes d’or qui seront ensuite exportés illégalement et vendus à l’étranger. Chaque année, ce sont 5000 enfants d’âge scolaire qui ne sont pas scolarisés. La moitié des jeunes guyanais sont au chômage. Pourtant, depuis 1964, la Guyane, c’est aussi le symbole de l’excellence française – et maintenant européenne – dans l’aérospatial, depuis l’installation à Kourou d’une base de lancement de fusées, en remplacement de la base spatiale du Sahara. Mais cet exemple de performance technologique et scientifique profite-t-il réellement à la Guyane ? Combien de techniciens ou d’ingénieurs guyanais y travaillent-ils, combien y sont-ils formés ? Sans doute les gardes assurant la sécurité de la base sont-ils recrutés dans le département…

La Guyane est pourtant un territoire aux vastes potentialités. Sa grande forêt et son écosystème exceptionnel, s’il n’est pas saccagé par les aventuriers attirés par l’argent facile, pourrait attirer de nombreux visiteurs, non seulement de Métropole mais aussi d’Amérique du Nord. Ses cultures créole, amérindienne et bushinenguée[3] pourraient aussi servir d’argument touristique. En dehors du tourisme, il y aussi l’agriculture qui ne demande qu’à être développée. À cet égard, la réussite des Hmongs[4] est exemplaire. Alors que les produits maraîchers sont rares et souvent hors de prix, ces anciens réfugiés venus dans seconde moitié des années 70 du Laos via les camps de réfugiés de Thaïlande, se sont lancés avec succès dans la production de légumes. Les relations avec le Brésil gagneraient à être intensifiées. La construction d’un magnifique pont enjambant le fleuve Oyapock qui forme la frontière entre les deux pays est un premier pas dans ce sens. Malheureusement, le raccordement du réseau routier guyanais à celui du grand pays voisin a pris beaucoup de retard. Ce superbe viaduc long de 378 mètres est achevé depuis 2011, mais c’est seulement le 18 mars dernier qu’il a fini par être inauguré par le préfet de Guyane et par son homologue le gouverneur de la région brésilienne de l’Amapà.  Côté Brésil, la route n’est pas encore goudronnée et elle est difficilement praticable durant la saison pluvieuse. Le contraste est donc grand, frisant l’absurde, entre ce magnifique ouvrage d’art au-dessus du fleuve et la piste boueuse qui commence à son extrémité ouest.

Même si j’en rêve depuis longtemps, je n’ai jamais mis les pieds en Guyane. Mon seul « souvenir » guyanais remonte à 2001 et se situe en… Ouganda. À l’époque, j’avais été chargé par l’UNICEF d’accueillir dans ce pays un de ses « ambassadeurs de bonne volonté » venu visiter les projets financés par cette organisation onusienne dans le cadre de la lutte contre le VIH/SIDA. Moi qui ne me suis jamais intéressé au football, je fus consterné d’apprendre que le visiteur de marque que j’aurais à promener à travers le pays, plusieurs jours durant, était un footballeur. Je ne savais pas grand-chose de lui. Un détail, cependant, attira mon attention. Il s’agissait d’un Guyanais, nommé Bernard Lama. J’appris qu’il s’agissait d’un ancien gardien de but à longue carrière internationale. Le jour dit, je l’accueillis à l’aéroport, ainsi que les journalistes qui l’accompagnaient. Contre toute attente, nous sympathisâmes rapidement et je n’ai jamais oublié nos discussions, en particulier au sujet de sa terre d’origine. Moi qui ne le connaissais pas, je fus frappé de constater qu’à chacun de nos arrêts en brousse, des enfants accouraient pour lui demander un autographe : ils le connaissaient, eux ! Hier, j’ai repensé à Bernard Lama, après avoir entendu sa voix sur France-Info. Il était interviewé au sujet de la crise actuelle. Cela me permit de découvrir qu’il était rentré au pays et qu’il y avait lancé, voici plus de 10 années, l’entreprise Dilo qui produit de l’eau en bouteille, malgré toutes les difficultés et la concurrence inégale des eaux minérales métropolitaines. Aujourd’hui, Dilo est parvenu à conquérir plus d’un tiers du marché guyanais de l’eau en bouteille. Bernard Lama représente sans doute la voie à suivre. Il a investi chez lui et y a créé des emplois. Comme les Hmongs, il a choisi de tirer parti des ressources locales et de produire localement, réduisant ainsi la dépendance envers la lointaine métropole. À travers ces lignes, je souhaiterais lui dire toute mon admiration et lui prodiguer mes encouragements. Puissent de nombreux autres Guyanais de la diaspora suivre son exemple, afin que la jeunesse de ce département réussisse à vivre et travailler au pays !

Depuis quelques jours, avec la crise actuelle et la grève générale, les médias métropolitains ont feint de découvrir les problèmes immenses auxquels font face les Guyanais. Un gouvernement en fin de course va y envoyer une délégation ministérielle qui, pour apaiser la situation, fera, à n’en pas douter, multiples recommandations qui seront vite oubliées par le prochain gouvernement. Jusqu’à ce qu’une nouvelle crise, encore plus grave, éclate dans un ou deux ans. Il serait pourtant grand temps que nos dirigeants, ceux d’aujourd’hui comme ceux de demain, réalisent que la Guyane et les autres terres d’outre-mer représentent une chance pour la France. À condition d’y investir dans des projets d’avenir, d’y développer des infrastructures dignes de ce nom et surtout de faire confiance aux habitants, qui devraient davantage prendre en charge leur destin. Comme la Polynésie depuis 1978, comme demain la Corse, la Guyane pourrait ouvrir la voie menant à une véritable décentralisation et à l’autonomie interne. De manière spectaculaire et accélérée, la Corse est en train de renouer avec son environnement géographique, naturel et culturel : Sardaigne, Baléares, Catalogne, péninsule italienne, Malte et les autres îles méditerranéennes. La Guyane gagnerait à l’imiter en développant ses relations avec le Brésil, le Suriname, le Guyana et les Caraïbes. La Guyane du futur pourrait alors devenir un pôle de développement en Amérique du Sud et servir de trait d’union entre ce continent et l’Union Européenne. Pourquoi ne pas envisager la création d’une grande université francophone en terre guyanaise, université qui accueillerait des étudiants guyanais bien sûr, mais aussi de nombreux autres jeunes venus de toute l’Amérique du Sud, de l’Amérique centrale et des Caraïbes ?

Si les autorités françaises ne prennent pas conscience de l’urgence à rattraper le temps perdu, à combler le retard existant entre l’Outre-Mer et la Métropole et à favoriser les conditions d’un développement véritable, alors les peuples de Guyane, de La Réunion et d’ailleurs devront peut-être commencer à aller voir ailleurs et à s’inspirer de l’exemple mauricien !

Hervé Cheuzeville, 28 mars 2017

(Hervé Cheuzeville, est l’auteur de sept livres et de nombreux articles et chroniques. Son dernier ouvrage « Prêches dans le désert » est paru aux Editions Riqueti en mars 2017. Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina).

[1] Félix Éboué (1884-1944) était gouverneur du Tchad en 1940 lorsqu’il se rallia à la France Libre. Le Tchad fut ainsi le premier territoire d’Afrique à rompre avec le gouvernement de Vichy. Le Général de Gaule nomma Éboué gouverneur de l’Afrique Équatoriale Française et le fit Compagnon de la Libération. Il repose au Panthéon.

[2] Gaston Monnerville (1897-1991) entra dans la résistance dès 1940. Après la Libération, il siègea à l’Assemblée consultative provisoire. Le Gouvernement provisoire de la République française le chargea de préparer le statut de l’outre-mer français. Ses efforts et ceux de Césaire et Bissol permirent aux « quatre vieilles colonies » (la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion) de devenir, en 1946, des départements d’outre-mer. Il fut Président du Sénat de 1958 à 1968.

[3] Les Bushinengués (hommes de la forêt) et leurs sous-groupes, également appelés Marrons ou Noirs Marrons, sont l’ensemble des peuples descendants d’esclaves emmenés au Suriname pour travailler dans les plantations et qui s’en enfuirent et se réfugièrent dans la forêt amazonienne.

[4] Les Hmongs (ou Méos) constituent une ethnie montagnarde vivant dans les montagnes du nord du Laos, de la Thaïlande, du Viêt Nam et du Yunnan (Sud de la Chine).

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