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Stop à l’incivisme !

18/08/2018 – 3:35 | No Comment | 440 views

Dans l’éditorial de la revue municipale « Bastiamag’ » de juillet-août, Pierre Savelli, Maire de Bastia, jette un gros pavé dans la mare. Il a osé s’en prendre à l’incivisme ambiant qui détruit notre environnement quotidien et …

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Hommage à Baty, « u Muntagnolu »

Submitted by on 24/06/2018 – 3:51 No Comment | 2233 views

Il est de ces êtres hors du commun qui disparaissent comme ils ont vécu : simplement, humblement, presque discrètement. Baptiste Mattei était de ceux-là. Je le connaissais depuis une quinzaine d’années, peut-être davantage. Je le rencontrais chaque fois que j’allais acheter un lonzu ou une salsiccia au magasin « U Muntagnolu », au 15 de la rue César Campinchi, à Bastia. C’est là qu’il officiait, Baty. Ce géant costaud était la douceur même, la gentillesse même. Toujours aimable avec les touristes, même quand je savais que certains l’agaçaient lorsqu’ils persistaient à lui demander du saucisson d’âne. Avec calme et courtoisie, il tentait de leur expliquer que les Corses, malgré une légende tenace, n’ont jamais produit un tel saucisson, qu’ils respectent trop leurs bourricots pour seulement imaginer de les transformer en charcuterie. Baty expliquait l’origine de tel ou tel produit tout en cherchant à faire comprendre et aimer aux visiteurs les us et les coutumes locaux et en les orientant au mieux dans ce beau magasin de produits corses. Baty était Corse jusqu’au bout des ongles, mais l’amour de son île et de ses traditions ne le fermait pas aux autres, bien au contraire.  Il était ouvert sur le vaste monde. Il adorait voyager, de l’Inde aux États-Unis en passant par Israël et l’Algérie. C’est d’ailleurs ce dernier pays qui fut son ultime destination, en septembre dernier, à l’invitation d’amis algériens de Bastia. A son retour, il me décrivit, encore émerveillé, le chaleureux accueil qu’il avait reçu chez ces gens et leur famille et sa découverte de l’Algérie profonde, celle du peuple. Nos voyages respectifs étaient d’ailleurs toujours notre sujet de conversation favori, à chaque fois que nous nous rencontrions. J’appréciais le profond respect dont il témoignait envers les cultures différentes et l’intérêt qu’il leur portait. Nous nous rejoignions sur nombre de sujets mais nous divergions aussi sur certains autres. Malgré mes encouragements à le faire, il n’était jamais allé en Afrique subsaharienne et ne semblait pas tenté de s’y rendre. Quant à moi, il m’était un peu difficile de comprendre son engouement pour New York et la société étasunienne. Mais nous avions le même amour du voyage et de la découverte. Nous partagions aussi la même passion pour notre île et, chacun de notre côté, chacun à notre manière, nous cherchions à mieux la faire connaître, à mieux la faire comprendre, en particulier chez ces Français du continent qui, souvent, débarquent bardés d’idées toutes faites et de préjugés au sujet de la Corse et de ses habitants.  Baty défendait l’excellence des produits corses autentiques. Il s’indignait du tort que causaient aux petits producteurs les promoteurs de charcuterie, de miel ou de vin de mauvaise qualité qui n’ont de corse que l’étiquette. Il aimait vanter les qualités particulières de tel ou tel éleveur ou agriculteur dont les produits se retrouvaient au « Muntagnolu ». Il n’était cependant pas replié sur la tradition et soutenait les innovations, si celles-ci le satisfaisaient par leur qualité.

Je le savais souffrant. Il m’avait dit aller régulièrement sur le continent pour un suivi médical. Mais il restait très discret sur la nature et la gravité du mal qui, sans doute, le rongeait. Ces derniers temps, il m’était arrivé d’aller au magasin et de remarquer son absence. Il y a un mois de cela, je m’étais réjoui de le revoir à son poste et je le lui avais dit. Il m’avait fait comprendre que sa santé n’était cependant pas vraiment optimale. Mais je n’aurais jamais imaginé que ce bref échange serait le dernier que nous aurions. C’est avec stupeur que je découvris, le 14 juin dernier, un faire-part rédigé à la première personne, dans la rubrique nécrologique de « Corse-Matin ». Je dus le lire à trois reprises avant d’être certain d’avoir bien compris. Dans ce qui était présenté comme un avis de décès, au milieu de nombreux autres, Baty annonçait implicitement sa propre mort en remerciant ses médecins, ses infirmières, ses employeurs, ses amis et en concluant avec ces simples mots : « Je ne vous oublierai jamais ». Deux autres faire-part, l’un du magasin « U Muntagnolu », l’autre de sa famille, me confirmèrent la triste nouvelle : Baty s’en était allé, dans la discrétion, à l’âge de 55 ans. Mais il avait tenu à s’occuper de tout lui-même, afin, sans doute, de ne pas trop déranger la famille et les amis. C’est ainsi que je devais apprendre qu’il avait organisé ses propres funérailles, y compris la célébration religieuse qui nous rassembla autour de son cercueil, ce vendredi 15 juin, à San Ghjuva, la magnifique église qui domine le Vieux-Port de Bastia. Il ne s’est d’ailleurs pas agi d’une messe, puisqu’il n’y avait pas de prêtre. Le diacre Pierre-Jean Franceshi a parfaitement respecté le vœu de Baty, l’office funéraire s’est fait en langue corse, accompagné par les belles voix d’hommes qui firent résonner les antiques chants sacrés de la tradition sous les voutes de ce vaste édifice baroque. Cette cérémonie, toute en simplicité, s’est bien conclue avec le Diu vi salvi Regina, l’hymne religieux des Corses, adopté comme hymne national en 1735. Chacun des couplets a été chanté, ce qui est assez rare : on se contente généralement des trois couplets les plus connus. Sans doute cela faisait-il aussi partie des vœux de Baty.

Baty repose désormais en paix, chez lui, dans son beau village de montagne, L’Olmu, qui domine la vallée du Golu et la mer du haut de ses 550 mètres d’altitude. Cela devrait convenir au Muntagnolu qu’il était. Mais une chose est sure : il manquera beaucoup à ses nombreux amis d’ici et d’ailleurs.

Addiu, o Baty !

Hervé Cheuzeville, 24 juin 2017

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti,2017). Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie.

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