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De la Corse à la Barbade

15/05/2018 – 4:41 | No Comment | 106 views

En ce dernier dimanche de janvier, le soleil était radieux. Le temps idéal pour effectuer une belle promenade dans le Cap Corse, une région si belle et si particulière, véritable « île dans l’île ». Les tombeaux …

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Il y a 20 ans disparaissait Pol Pot

Submitted by on 02/05/2018 – 5:09 No Comment | 59 views

Pol Pot

Le 17 avril dernier marquait le 43ème anniversaire de l’entrée des Khmers Rouges dans Phnom Penh, la capitale cambodgienne. Ce triste anniversaire n’a été célébré ni au Cambodge, où les festivités du Nouvel An Khmer battaient leur plein, ni dans le reste du monde. La majorité de la population cambodgienne n’a pas connu cette tragédie et les aînés, ceux qui ont vécu ces années noires, ceux qui survécurent au régime des Khmers Rouges préfèrent souvent ne pas évoquer cette période. De toutes façons, ils savent que leurs petits enfants qui sont entrés de plein pied dans la mondialisation, qui passent leur temps sur les réseaux sociaux, ne comprendraient rien à leurs éventuels récits ou, pire, qu’ils ne s’y intéresseraient pas. Quand on visite le Cambodge d’aujourd’hui, comme je l’ai fait à plusieurs reprises ces dernières années, il est difficile de s’imaginer qu’une tragédie aussi absolue, à l’échelle de tout un pays, ait pu s’abattre sur ce peuple souriant et accueillant. Alors que l’on était encore en pleine guerre froide, la chute de Phnom Penh concluait un douloureux chapitre de guerre fratricide et d’épouvantables bombardements effectués par les États-Unis. Elle fut suivie par ce qui allait être qualifié de génocide, perpétré par les nouveaux maîtres du pays, parmi lesquels l’énigmatique Pol Pot, dont presque aucun Cambodgien ne devait voir le visage durant tout le temps que dura son régime. Son propre frère ne découvrit la véritable identité du maître du Cambodge qu’après que les Khmers Rouges eussent été chassés du pouvoir. Hasard de calendrier, le 13 avril dernier marquait un autre anniversaire, encore plus occulté que celui de la chute de Phnom Penh. C’était en effet le 20ème anniversaire de la mort de celui qui s’était fait appeler « Pol Pot », l’ancien homme fort du régime qui régna sur le Cambodge durant près de quatre terribles années, d’avril 1975 à janvier 1979. Pol Pot, mourut seul et abandonné par ses camarades, aux confins du Cambodge et de la Thaïlande, dans une zone montagneuse et forestière très reculée.

Aujourd’hui, je souhaiterais revenir sur ce qui s’est passé voici 43 ans et sur la tragédie qui s’en suivit. Mais je voudrais aussi parler de l’homme, Pol Pot, responsable de l’un des grands génocides du XXe siècle.

17 avril 1975. Un calme étrange s’était abattu sur la capitale cambodgienne. Il n’était pas dû à la chaleur accablante de cette journée de saison sèche. Non, cette sensation de calme était due au fait que les bombardements avaient enfin cessé. La veille encore, des roquettes s’abattaient sur la ville, tirées des environs immédiats. Même la circulation, habituellement intense et bruyante, avait cessé. Une grande partie de la population s’était assemblée le long de grandes artères, afin de regarder passer les nouveaux venus, qui commençaient à entrer dans la capitale. Des hommes aux visages émaciés et peu expressifs, souvent très jeunes, tout de noir vêtus,  portant tous une kalachnikov à l’épaule, défilaient en silence. Soulagée par la promesse de paix, certains Phnompenhois tentaient de les applaudir, voire même de les acclamer, de leur offrir des fleurs ou des boissons fraîches. Des regards durs et fixes leur répondaient.

Ces petits hommes en noir qui faisaient ainsi leur entrée dans la capitale étaient des soldats tout juste sortis de la brousse et des forêts, après des années de guerre. Il s’agissait de ceux que l’on avait, des années auparavant, surnommés « Khmers Rouges ». Ils étaient à la fois redoutés et méconnus par les citadins. Ce qui les rassurait un peu, c’est que « Samdech Euv », Monseigneur Papa, le Prince Sihanouk, était le président du Gouvernement Royal d’Unité Nationale, le GRUNK, et que ce dernier comprenait les Khmers Rouges et les Sihanoukistes. Du moins est-ce ce que l’on avait entendu à la radio du GRUNK, qui émettait depuis Pékin, ainsi que sur les ondes de la Voix de l’Amérique. Les Cambodgiens, après toutes ces années de guerres et de bombardements gardaient la nostalgie des années Sihanouk, l’époque où le Prince présidait aux destinées de l’État avec son inimitable et jovial paternalisme. Tous se demandaient quand Monseigneur rentrerait de son exil pékinois. Sans doute se seraient-ils sentis plus rassurés, davantage protégés, s’il avait fait son entrée à Phnom Penh à la tête des guérilleros, en ce 17 avril 1975.

La joie relative des habitants de la capitale n’allait pas durer. Quelques heures après l’entrée des hommes en noir, des véhicules surmontés de haut-parleurs circulaient dans les avenues et les rues, annonçant la plus inattendue, la plus incompréhensible des directives, venant des nouvelles autorités : il fallait abandonner la ville et se mettre en route immédiatement, en n’emportant que le minimum d’affaires, juste assez de nourriture pour tenir un jour ou deux. La raison de cet ordre invraisemblable ? Selon les voix anonymes sortant des haut-parleurs, un bombardement massif de la ville par les impérialistes américains était imminent, et la population devait se mettre à l’abri. Dans quelques jours, une fois le danger passé, les citadins pourraient rentrer chez eux.

En quelques heures, l’incrédulité fit place à l’abattement, puis l’abattement à la panique et à la pagaille. Des centaines de milliers d’hommes de femmes et d’enfants,  parmi eux des vieillards, des malades des infirmes et des bébés, le plus souvent à pied, tirant ou poussant des charrettes, envahirent les grands axes. Cette foule compacte était filtrée par les hommes en noir armés et canalisée vers les différentes sorties de la capitale. Au milieu de cette cohue indescriptible, on pouvait apercevoir des patients sur leurs lits d’hôpitaux, poussés par des proches. Des familles furent séparées, certains de leurs membres partant vers le nord, alors que d’autres frères, sœurs, épouses, parents ou enfants étaient dirigés qui vers l’est, qui vers l’ouest, qui vers le sud. Les plus nantis entamèrent leur exode à bord de voitures surchargées, mais ils n’avançaient pas plus vite que les autres, leurs véhicules étant bloqués par l’immense foule. Lorsque ces automobiles furent à cours d’essence, elles furent d’ailleurs toutes abandonnées sur le bas-côté de la route.

Cette journée du 17 avril 1975 marqua le début du régime le plus absurde, le plus paranoïaque, le plus monstrueux, le plus criminel que le monde ait jamais connu. Cette journée inaugurait le « Cambodge année zéro », ainsi que l’a si bien nommée le RP François Ponchaud[1] qui en a fait le titre de son livre-témoignage, le premier à dénoncer la barbarie des Khmers Rouges. Pendant près de quatre terribles années, une poignée d’idéologues pervers, ayant mal (ou trop bien ?) assimilé le marxisme découvert en France grâce au Parti Communiste Français, dans les années 50, et l’ayant de surcroît mélangé à un délire nationaliste et raciste, ont imposé au peuple du petit Cambodge la pire des tyrannies que l’on puisse imaginer. Des millions de citadins amenés de force à la campagne, où rien n’avait été prévu pour les y accueillir, transformés en bêtes de somme, engagés dans des grands travaux d’irrigation mal conçus et souvent inutiles. Dès ce jour fatidique du 17 avril 1975, les tueries commencèrent. Tous les officiers de l’ancienne armée, puis tous les soldats, furent impitoyablement éliminés, sans témoins. À la faveur de l’exode forcé vers les campagnes, effectué sans préparation logistique et dans une apparente pagaille, d’impitoyables tris successifs furent réalisés, permettant l’élimination physique de tous ceux qui étaient considérés comme ennemis du nouveau pouvoir : les riches, les fonctionnaires, les intellectuels, les commerçants, les moines bouddhistes. L’argent fut aboli, chose qu’ailleurs dans le monde aucun régime communiste n’avait osé faire. La religion, quelle qu’elle soit, fut elle aussi abolie. Les temples bouddhistes furent fermés et les moines défroqués, tandis que la cathédrale catholique Saint-Joseph de Phnom Penh, construite en 1952 et 1962, était purement et simplement rasée. Le régime établit une distinction entre le peuple « ancien », constitué par les habitants des zones sous contrôle khmer rouge avant 1975, et le « nouveau » peuple, c’est à dire les habitants de la capitale et des villes principales, vus avec suspicion et devant être rééduqués car contaminés par l’ennemi étranger. Si les régimes des autres régimes communistes exaltaient, du moins dans leurs discours officiels, la fraternité et la solidarité entre les peuples, l’idéologie khmère rouge elle était profondément xénophobe et nationaliste, tout en étant communiste. La révolution cambodgienne devait aller beaucoup plus vite et beaucoup plus loin que les autres régimes marxistes. Même la Chine de Mao, grande alliée des Khmers rouges, était trop timorée aux yeux des dirigeants du nouveau régime cambodgien. Ce dernier s’inspirait, pour ces grands chantiers, du « Grand Bond en avant » de la Chine des années 50 et, pour sa haine des intellectuels, de la Révolution culturelle qui venait tout juste de s’achever, chez le grand frère chinois. Le pays se couvrit de fermes collectives et de chantiers d’irrigation titanesques, souvent réalisés en dépit du bon sens, car les cadres khmers rouges se refusaient à faire appel aux ingénieurs ou aux techniciens formés à l’étranger et donc hautement suspects. Le nouveau peuple constituait la main d’œuvre de tous ces grands projets, une main d’œuvre soumise à des horaires démentiels et à un régime de terreur. Ces travailleurs étaient peu nourris et mourraient souvent à la tâche, d’autant que les conditions de vies dans les « nouveaux villages » étaient terribles. Les médecins ayant été souvent éliminés, les dispensaires du régime étaient de véritables mouroirs où exerçaient des infirmiers analphabètes sans formation médicale, pour la plupart de simples aides-soignants issus des rangs de la guérilla, incapable de faire le moindre diagnostic et ne pouvant de toutes façons pas soigner, faute de médicaments. Le temps passant, le régime se radicalisa, allant toujours plus loin dans son programme de collectivisation. Les familles devaient prendre ce qui tenait lieu de repas dans des cantines collectives et les enfants leur étaient retirés pour être élevés dans des crèches où, dès leur plus jeune âge, ils étaient soumis à un abrutissant endoctrinement et à de mauvais traitements. On se contentait d’inculquer à ces des enfants affamés et chétifs des slogans absurdes, lorsqu’ils n’étaient pas, eux aussi, soumis au travail forcé. Pire, ils étaient encouragés à dénoncer les propos ou les comportements contrerévolutionnaires de leurs parents. À l’issue d’épuisantes journées de travail, il fallait de surcroît assister à d’interminables séances nocturnes de rééducation politique, durant lesquels il convenait de faire son autocritique et aussi d’accuser voisins ou collègues coupables de manque d’enthousiasme révolutionnaire.

Combien de victimes, durant ces 46 mois de terreur, pendant lesquels le Cambodge, rebaptisé « Kampuchéa Démocratique », fut totalement coupé du monde ? Les chiffres varient, selon les sources. Un million de morts, ou davantage ? Faut-il inclure dans le nombre des victimes tous ceux qui, épuisés et affaiblis par les travaux forcés, n’ont pas survécu à de simples maladies qui auraient pu être soignées dans des circonstances « normales » ? Doit-on seulement se limiter à comptabiliser les malheureux qui furent sommairement exécutés à coups de pioche ou étouffés dans des sacs en plastique ? Je n’entrerai pas dans cette morbide arithmétique. Qu’il y ait eu cent mille morts de plus ou de moins ne change rien à l’épouvantable bilan du régime de Pol Pot, Nuon Chea, Ieng Sary et Khieu Samphân. C’est sans doute 20% de la population de l’époque qui périt entre 1975 et 1979, du fait des conséquences directes ou indirectes de la politique menée par les Khmers Rouges. Le comble de la sinistre ironie de cette tragédie a été atteint lorsque le peuple cambodgien fut « sauvé » de l’extermination complète par le frère ennemi communiste vietnamien, lorsque ce dernier, lassé des incursions meurtrières des Khmers Rouges sur son territoire, envahit le pays et plaça à sa tête des dirigeants khmers rouges ayant fait allégeance à Hanoï. Ces derniers continuent à diriger le Cambodge aujourd’hui, malgré certaines concessions faites pour faciliter le retour du pays au sein de la communauté internationale : réintroduction plus ou moins factice du multipartisme, restauration de la monarchie et ouverture du Cambodge au capitalisme international, ainsi qu’au tourisme.

Saloth Sâr, alias Pol Pot[2], fut le véritable homme fort de l’Angkar[3].  Il n’a jamais été véritablement jugé : en 1997 il avait été écarté et arrêté par ses anciens camarades, dans le réduit de jungle de l’est du Cambodge qu’ils contrôlaient encore. « Jugé » par les Khmers Rouges eux-mêmes pour l’assassinat d’un autre responsable du mouvement, il fut « condamné » à la réclusion perpétuelle et passa ses derniers mois dans une petite maison sur pilotis à Along Veng. Officiellement, il mourut d’une crise cardiaque, le 13 avril 1998, il y a tout juste vingt ans. Durant ses derniers mois, Pol Pot n’était plus qu’un vieil homme frêle et brisé qui avait vu l’œuvre de sa vie être balayée et rejetée. Il savait qu’il était l’objet de la haine de tout un peuple qui le considérait comme le despote d’un régime paranoïaque responsable de la mort de plus d’un million de Cambodgiens. La grande idée de ce dictateur avait été de contraindre la population des villes à aller à la campagne, au nom d’une utopie agraire qui transforma tout un pays en un immense camp de travail forcé et de crimes de masse. Son corps fut brûlé sur un tas de bois et de vieux pneus, presque sans témoin et sans aucune forme de cérémonie.

Enfant, le futur Pol Pot avait vécu dans un temple bouddhiste de Phnom Penh, près du palais royal. Sa cousine faisait partie du ballet royal, tandis qu’une autre était une concubine royale. Après avoir fréquenté une école catholique française, il était parvenu à décrocher une bourse pour aller étudier à Paris à l’École française de radioélectricité, en 1949. Durant ce séjour en France, il milita au Parti Communiste Français et fit la connaissance d’autres étudiants cambodgiens qui partageaient les mêmes opinions politiques. Ce sont ces camarades qui allaient former avec lui la direction du régime Khmer Rouge, un quart de siècle plus tard. Sans avoir décroché le moindre diplôme, Saloth Sar rentra au Cambodge en 1953 et devint enseignant.  Dans les années 60, il s’intéressa aux minorités ethniques de l’est du pays, déplacées par les bombardements massifs effectués par les Étasuniens dans le cadre de leur « guerre secrète » visant à anéantir les bases et la logistique de la rébellion communiste du Sud-Vietnam installées en territoire cambodgien. Il put ainsi s’assurer le soutien de nombre de ces montagnards marginalisés, ce qui allait se révéler fort utile pour la conquête du pouvoir: nombre des recrues de l’armée des Khmers Rouges étaient en effet issues de ces minorités. En 1970, le Prince Sihanouk, en voyage à l’étranger fut renversé par les militaires soutenus par la CIA. L’ancien monarque s’installa alors à Pékin, où il prit la pire décision de sa longue carrière politique : celle de s’allier avec ses pires ennemis, ces communistes qu’il avait, par dérision, surnommé « Khmers Rouges », quelques années plus tôt. Avec eux, il forma le Gouvernement Royal d’Union Nationale du Kampuchea.  Sihanouk appela même son peuple, à la radio, à soutenir la guérilla contre le régime de Phnom Penh. Ce soutien royal facilita l’expansion du mouvement khmer rouge au début des années 70 et sa prise de contrôle d’une grande partie du territoire cambodgien. Le gouvernement du maréchal Lon Nol, totalement discrédité, miné par la corruption et soutenu à bout de bras par les États-Unis, n’exerçait plus son autorité que sur les villes principales. La signature des accords de paix de Paris, en 1973, en mettant officiellement fin à la guerre du Vietnam et à l’intervention étasunienne dans ce pays, accéléra l’avancée des forces khmères rouges au Cambodge. Ces dernières prirent même de vitesse leurs rivaux communistes vietnamiens en s’emparant de Phnom Penh dès le 17 avril 1975, 13 jours avant l’entrée des chars de Hanoï dans Saigon !

Pol Pot n’était cependant pas le seul responsable. Ses anciens camarades d’études en France faisaient eux aussi partie de l’équipe qui plongea le Cambodge dans l’horreur et la désolation. Certains sont toujours en vie.

Nuon Chea[4], l’ancien idéologue des Khmers Rouges, vit encore. Il a été arrêté dans l’est du Cambodge en 2007 avant d’être jugé par une Cour spéciale mise en place par le gouvernement cambodgien en collaboration avec l’ONU pour juger les responsables du génocide. Inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, il fut condamné à la prison à perpétuité en 2014, à l’âge de 87 ans !

Khieu Samphân[5], brillant étudiant en droit et en économie à Montpellier et à Paris dans les années 50, professeur de lycée et député intègre dans les années 60, occupa les fonctions purement symboliques de président du Kampuchéa Démocratique de 1976 à 1979. Comme Nuon Chea, il fut arrêté en 2007 et déféré à la Cour chargée de juger les crimes des Khmers Rouges, avant d’être condamné à la prison à perpétuité en 2014. Au début de son procès, il avait été défendu par son ami l’avocat français Jacques Vergès[6], qu’il avait connu alors qu’il étudiait en France.

Ieng Sary[7], lui aussi étudiant à Paris dans les années 50, fut vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères du Kampuchéa Démocratique. Arrêté comme ses collègues en 2007, sa mort en 2013 lui permit d’échapper à une condamnation. En 1951, à la mairie du XVe arrondissement de Paris, il avait épousé Khieu Thirith[8], une étudiante en littérature anglaise de la Sorbonne. Entre 1975 et 1979, Khieu Thirith fut vice-ministre de l’Éducation et de la Jeunesse d’un régime qui n’avait plus de système éducatif et directrice de la Croix-Rouge du Kampuchéa Démocratique dans un pays transformé en un immense camp de concentration. Elle fut arrêtée en même temps que son époux. On reprochait à Ieng Thirith d’avoir organisé la « planification, direction, coordination et ordonné les purges massives (…) et l’homicide de membres du personnel du Ministère des Affaires sociales ». Mais, en 2011, elle fut déclarée inapte à un procès, du fait de sa maladie d’Alzheimer. Elle fut remise en liberté en septembre 2012, la Chambre estimant « que la perte de mémoire à long et à court terme dont était victime Ieng Thirith l’empêcherait de comprendre suffisamment le déroulement du procès pour pouvoir donner des instructions à ses avocats et participer effectivement à sa défense » et « qu’il n’existait aucune perspective raisonnable que l’accusée recouvre les fonctions cognitives qui la rendraient apte à être jugée dans un avenir prévisible. » Elle est décédée à Pailin, dans l’ancien fief des Khmers Rouges de la frontière thaïlandaise, le 22 août 2015, à l’âge de 83 ans. Sa sœur aînée, Khieu Ponnary, décédée en 2003 elle aussi à Pailin, avait été l’épouse de Pol Pot.

Quarante ans après, qui se souvient encore des Khmers Rouges ? Le Cambodge d’aujourd’hui semble a résolument tourné la page sur cette sinistre période. Ses dirigeants sont peu soucieux de rappeler leurs débuts au sein du régime de Pol Pot. L’homme fort, l’inamovible premier ministre Hun Sen[9], est lui-même un ancien cadre khmer rouge.  La jeunesse, nous l’avons vu, est très ignorante de cette période. Une poignée de vieillards a certes été jugée, mais le principal responsable, Pol Pot, parvint à échapper, voici vingt ans, à la justice des hommes. Il convient cependant de ne jamais oublier cette épouvantable utopie meurtrière, à l’heure où d’autres utopies, elles aussi meurtrières, apportent la mort et la désolation dans d’autres parties du monde.

Hervé Cheuzeville, 25 avril 2018

(Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti,2017). Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie).

[1] François Ponchaud naquit à Sallanches (Haute-Savoie) en 1939. Ordonné prêtre, il intégra les Missions Étrangères de Paris et fut affecté au Cambodge en 1965. Témoin de l’évacuation de Phnom Penh en 1975, il publia son témoignage (« Cambodge, année zéro », Julliard, 1977). Auteur de plusieurs ouvrages sur le Cambodge, il a traduit la Bible en langue khmère. Il est retourné au Cambodge et est devenu un grand acteur du dialogue interreligieux avec le Bouddhisme. Il est certainement l’un des meilleurs connaisseurs de ce pays et de sa culture.

[2] Né en 1928 à Prek Sbauv, décédé à Along Veng en 1998.

[3] « Angkar padevat » (organisation révolutionnaire), l’un des noms sous lequel était connu le Parti Communiste du Kampuchéa, qui dirigea le « Kampuchéa Démocratique » de 1975 à 1979.

[4] Né en 1926.

[5] Né en 1931.

[6] 1925-2013.

[7] Né en 1925 à Tra Vinh (Vietnam), mort en 2013 à Phnom Penh.

[8] Née en 1932.

[9] Né en 1952, il fut commandant d’un régiment khmer rouge dans l’est du pays, avant de faire défection en 1977 et de gagner le Viêt Nam. Ministre des affaires étrangères du régime provietnamien de 1979 à 1985 puis premier ministre, de 1985 à 1993. Entre 1993 et 1998, il fut « second premier ministre » d’un gouvernement de coalition avant de redevenir premier ministre en 1998, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

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