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La Roumanie a perdu son Roi de cœur

03/01/2018 – 10:56 | No Comment | 139 views

Le 5 décembre dernier mourait l’académicien Jean d’Ormesson. La nouvelle de son décès fut occultée dès le lendemain matin par l’annonce de la disparition d’une grande vedette de la chanson. Pendant une semaine, jusqu’aux funérailles …

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La question chypriote figurera-t-elle au menu des discussions Macron-Erdogan ?

Submitted by on 05/01/2018 – 1:56 No Comment | 114 views

Ainsi donc le président Recep Tayyip Erdoğan est en visite en France, ce 5 janvier. Le chef de l’État turc souhaiterait rétablir des relations apaisées avec la France et l’Union Européenne, après les tensions des deux dernières années. Comment ne pas souhaiter, en effet, voir s’établir et se renforcer un partenariat indispensable entre l’Europe et son voisin turc, acteur clef de plusieurs dossiers importants, je dirais même vitaux, pour les pays membres de l’UE et pour le monde : la crise migratoire, le terrorisme, la Syrie, l’Iran et bien d’autres encore. La Turquie, vaste pays méditerranéen de plus 80 millions d’habitants, de surcroît membre de l’OTAN et marché important, ne saurait être négligée, voire méprisée, par la diplomatie française et européenne. Quoique l’on pense de son président et de sa gestion, en particulier depuis la tentative de putsch de l’été 2016, la Turquie est un grand pays situé aux portes de l’Europe avec lequel il faut compter.

Les commentateurs de nos grands médias nous annoncent que le président Macron abordera tous les sujets avec son homologue turc, y compris les plus sensibles tels que la situation des droits de l’Homme. Cependant, parmi toutes les questions évoquées, il me semble qu’il y a une grande absente : Chypre. Or, la situation de cet État, membre de l’Union Européenne depuis 2004, devrait figurer au sommet de la grosse pile de dossiers à discuter avec l’homme fort d’Ankara. Rappelons ici, brièvement, le contenu de cet épais dossier :

  • La République de Chypre est un État souverain reconnu internationalement, membre de l’ONU et de l’UE, dont l’indépendance en 1960 fut garantie par un traité portant la signature de la Grèce, du Royaume-Uni et… de la Turquie.
  • En 1974, la Turquie a envahi militairement ce pays. Depuis, elle occupe 38 % de son territoire national.
  • Consécutivement à cette invasion de 1974, les autorités turques ont procédé à un véritable nettoyage ethnique dans la zone occupée, en chassant la population non turcophone et en s’emparant, sans compensations, des propriétés et des biens des personnes expulsées.
  • Depuis 1974, la Turquie a maintenu dans la partie nord de l’île une force d’occupation s’élevant à environ 40 000 hommes.
  • Depuis 1974, Nicosie, la capitale de Chypre, est une ville divisée en deux zones séparées par une ligne de démarcation, comme le reste de l’île. Depuis 1989 et la chute du mur de Berlin, c’est la dernière capitale européenne à être ainsi divisée.
  • Depuis 1974, la Turquie mène une politique de type colonial dans la partie nord de l’île sous son contrôle : installation d’environ 200 000 colons turcs (alors que la population chypriote turcophone autochtone ne dépasse pas 100 000 âmes), principalement sur les terres et dans les maisons appartenant aux personnes non turcophones chassées en 1974.
  • Depuis 1974, les autorités turques ont mené un véritable génocide culturel, cherchant à effacer le passé non ottoman et non musulman de l’île : pillage et saccage de sites archéologiques, d’anciennes églises, d’anciens monastères orthodoxes et de cimetières, conversion de lieux de culte chrétiens en mosquées.
  • En 1983, la Turquie a établi dans la zone occupée une fiction d’État nommée « République Turque de Chypre du Nord », reconnue seulement par Ankara.
  • Bien que signataire du traité de 1960 qui a permis l’indépendance de l’île, la Turquie a établi un véritable blocus à l’encontre de la République de Chypre, interdisant aux navire navigant sous pavillon chypriote d’entrer dans les eaux et les ports turcs et aux avions en provenance ou à destination de Chypre de se poser sur les aéroports turcs (rappelons que la Turquie est le pays le plus proche, géographiquement, de Chypre : 69 kilomètres seulement séparent les côtes chypriotes du littoral turc !) Par contre, les autorités de fait, dans la partie occupée de l’île, ont transformé l’ancien aérodrome d’Ercan en « aéroport international », desservi quotidiennement, en violation du droit international, par des compagnies aériennes turques.
  • Depuis 1974, la Turquie a ignoré 65 résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies relatives à Chypre (les vitupérations d’Erdogan au sujet de la politique israélienne à Jérusalem et dans les territoires contestés en sont d’autant plus risibles !)

Pour toutes ces raisons, la question chypriote devrait figurer en première position sur le menu des discussions entre Messieurs Macron et Erdoğan, lors de leur rencontre élyséenne de ce jour.  Il en va de la crédibilité de l’Union Européenne. Sur cette question comme sur d’autres, la diplomatie européenne devrait parler d’une seule voix. Quelle serait la crédibilité internationale de cette Union si elle n’est même pas en mesure de garantir la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’un de ses États membres ? Quel serait l’intérêt de poursuivre ad vitam aeternam des négociations en vue de l’adhésion à cette Union de la Turquie si l’on ne parvient pas à obtenir, a minima, de cette dernière, la reconnaissance de l’un de ses États membres ?

Pour ma part, en ma qualité de modeste chroniqueur insulaire, je ne peux que me sentir solidaire du peuple de cette île de Méditerranée qui, depuis bientôt 44 ans, doit faire face, seul ou presque, à un puissant et arrogant voisin qui occupe plus du tiers de son territoire. J’espère que Monsieur Macron saura utiliser des arguments convaincants, durant son déjeuner avec son homologue turc. N’en étant pas absolument convaincu, je propose que cette autre île de Méditerranée qu’est la Corse soit à l’avant-garde d’un vaste mouvement de solidarité avec Chypre et qu’elle défende la cause de cette nation insulaire, tant en France qu’en Europe. Pour ce faire, la Collectivité Territoriale corse qui, depuis l’arrivée aux responsabilités d’une majorité nationaliste en 2015, a multiplié les initiatives en vue du développement de relations avec la Sardaigne et les autres îles méditerranéennes, devrait aussi prendre des initiatives concrètes afin de manifester son intérêt et sa solidarité avec Chypre. J’ai appris qu’il existait depuis longtemps un accord de jumelage entre les villes d’Aiacciu et de Larnaca. Sans doute conviendrait-il de le relancer et de multiplier ce genre de relations entre les deux îles qui partagent nombre de points et d’intérêts communs, historiques, géographiques et culturels. En mars 2017, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse, a été élu à la présidence de la Commission des îles de la CRPM (Conférence des régions périphériques maritimes) qui regroupe toutes les îles d’Europe et plus de 15 millions de personnes. Il a donc toute la légitimité et l’autorité nécessaires pour défendre le dossier chypriote !

Hervé Cheuzeville, 5 janvier 2018.

(Hervé Cheuzeville est l’auteur de sept livres et de nombreux articles et chroniques. Son dernier ouvrage « Prêches dans le désert » est paru aux Editions Riqueti en mars 2017. Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie).

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