Mes Chroniques »

Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 218 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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Lampedusa, Lampedusa…

Submitted by on 30/11/2013 – 8:31 No Comment | 5 983 views

Lampedusa, petite île de la mer Méditerranée, perdue entre Sicile, Tunisie et Libye, entre Europe et Afrique, fait régulièrement, tragiquement, la une de l’actualité. Il ne s’agit pourtant que d’un îlot de 20 km², qui était il n’y a pas si longtemps totalement inconnu du grand public, malgré l’escale qu’y fit il y a huit siècles le roi Saint Louis, en route pour les croisades. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants embarqués à bord d’embarcations de fortune ont perdu la vie dans les flots bleus entourant cette petite île. Ce « Canal de Sicile », portion du Mare Nostrum, qui est ainsi appelé par les géographes, est devenu, depuis une dizaine d’années, un véritable cimetière marin. Le nombre des victimes ne sera sans doute jamais connu et, chaque jour, chaque nuit, il ne cesse de croître.

Lampedusa, la province d’Agrigente (à laquelle elle est rattachée), la Sicile et l’Italie toute entière ne savent plus que faire face à cette immense tragédie, malgré le courage et l’abnégation des volontaires et des sauveteurs qui, sur place, déploient des trésors d’énergie pour sauver des vies et repêcher des corps. N’oublions pas la taille de cette île, peuplée de 6000 habitants seulement, et son isolement : elle se trouve à 205 km de Porto Empedocle en Sicile, à 167,2 km de Ras Kaboudia en Tunisie, à 220 km de la Punta Delimara à Malte et à 355 km de Tripoli en Libye. La commune de Lampedusa est dirigée par un maire courageux, Giuseppina Maria Nicolini. Elle tente par tous les moyens d’alerter l’opinion publique et le monde entier pour obtenir de l’aide afin d’atténuer les effets de cette catastrophe humanitaire qui touche la petite île et les eaux qui la baignent. Elle ne ménage pas ses critiques envers les politiques migratoires de l’Italie et de l’Union Européenne et elle se désespère face aux faibles moyens dont elle dispose. Ses positions humanistes lui ont valu l’hostilité de la mafia sicilienne et elle-même et ses proches ont été victimes d’attentats, d’actes d’intimidation et de menaces.

Cependant, l’Union Européenne elle aussi semble bien impuissante, malgré la récente visite sur place de ses plus hautes autorités. Face à un tel drame, comment ne pas culpabiliser ? Comment rester indifférent à la noyade de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants aux portes de l’Europe ?

Mais les causes de cette immense tragédie – et ses solutions – ne se trouvent pas à Lampedusa.

Déjà, dans mon livre publié en 2010, « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé » (Editions Persée), j’exposais les causes de cette tragédie maritime dans le chapitre consacré à l’afflux des « boat people » à Malte. Je récidivais dans mon dernier livre, « Au fil des chemins – Afrique, Asie, Méditerranée », paru en juillet dernier chez Edilivre. J’y consacrais un chapitre entier en parlant du « triangle infernal » constitué par l’Erythrée, la Somalie et le Yémen. Car c’est bien dans ce triangle africain que l’on peut trouver les causes du drame qui se déroule entre Sicile et Maghreb.

La Somalie, depuis la chute du dictateur Syad Barré en 1991, n’a pas eu de gouvernement central fort et n’a plus connu la paix. Elle est la proie de groupes armés qui font régner la terreur et la désolation. Elle est en outre devenue le fief de véritables Talibans africains, connus sous le nom de Chébabs. Depuis 23 années, la Somalie est déchirée par la guerre, guerre génératrice de famines à répétition. Il faut noter que, durant cette même période, la communauté internationale s’est investie pour tenter de résoudre d’autres conflits meurtriers, tels ceux de l’ex-Yougoslavie, du Cambodge, du Mozambique ou du Soudan du Sud. Or, elle est restée impuissante face l’interminable guerre de Somalie. L’échec sanglant de la tentative étasunienne, en 1993, semble avoir dissuadé l’Occident de s’engager à nouveau directement dans ce bourbier-là. Seuls, quelques bataillons ougandais et burundais de l’Union Africaine tentent, depuis des années, d’assurer la survie d’un semblant de gouvernement central, dans la capitale. L’ancienne colonie britannique du Somaliland, au nord-est du pays, a depuis longtemps fait sécession et les autorités de cet Etats tentent vaille que vaille de construire un pays pacifique et démocratique. Mais cette même communauté internationale, impuissante à ramener la paix dans le reste du pays, se refuse obstinément à reconnaître la République du Somaliland et à la soutenir. L’expérience menée dans ce pays pourrait pourtant servir d’exemple au reste de la Somalie. Le Kossovo est devenu indépendant sur des bases beaucoup plus contestables que le Somaliland. Or, l’OTAN, l’Union Européenne et l’ONU ont soutenu le processus d’indépendance de cette province serbe et elles soutiennent massivement ce nouvel Etat. Ne s’agit-il pas là d’un exemple flagrant de « deux poids, deux mesures » ? A ma connaissance, aucun des naufragés de Lampedusa ne provenait du Somaliland… Les victimes somaliennes de cette tragédie étaient originaires du reste de la Somalie, celle qui est encore ravagée par la guerre, la famine et les exactions des « Chébabs ».

Dans ce même chapitre concerné au « triangle infernal », je traitais également du cas de l’Erythrée, pays dont il n’est jamais question dans l’actualité de nos grands médias. Pourtant, c’est de ce pays que vient une grande partie des malheureux de Lampedusa. Après trente années d’une guerre terrible pour arracher son indépendance à l’Ethiopie, l’Erythrée est tombée sous la coupe implacable du leader de l’ancien mouvement de libération, Issayas Afeworki. Ce dernier dirige son pays d’une poigne de fer, ne laissant à son peuple aucun espace de liberté. Coupée du reste du monde, cette ancienne colonie italienne est devenue une immense caserne, dont la population est conditionnée par la haine de l’Ethiopie que son dictateur cherche à tout prix à entretenir. En effet, la prolongation de l’état de guerre avec le grand voisin, pour ne pas dire avec le grand frère ennemi, lui permet de pérenniser le régime tyrannique qu’il a imposé à son peuple. L’un des aspects les plus aberrants du système Afeworki est celui du service militaire à durée indéfinie qui touche tous les jeunes, y compris les adolescents, garçons et filles. C’est ainsi que l’Erythrée, malgré sa grande pauvreté et son sous-développement, est devenu l’Etat le plus militarisé au monde, à égalité avec la Corée du Nord. Dans un tel contexte, qui pourrait blâmer les citoyens érythréens de vouloir changer d’air, de vouloir s’évader de cette Etat-prison ? Or, la communauté internationale ne tente rien pour faire évoluer le régime liberticide érythréen vers plus d’ouverture, tant intérieure qu’extérieure. Pourquoi tant de fermeté à l’égard de Bachar el-Assad et tant de tolérance envers Issayas Afeworki ? Ne s’agit-il pas encore là d’un cas de « deux poids, deux mesures » ? Pourtant, ce même Afeworki continue à jouer un rôle néfaste et dangereux dans la région, en faisant régner la tension avec les pays voisins et en soutenant en sous-main les Chébabs somaliens, par haine de l’Ethiopie qui, elle, est intervenue militairement, plusieurs fois, chez son voisin oriental, pour contrer ces mêmes Chébabs.

L’Europe ne parviendra jamais à ériger un mur de séparation ou des barrières en fil barbelés dans la mer qui sépare l’Italie et ses îles méridionales des rivages de l’Afrique du Nord. Le chaos régnant en Libye et le marasme politique et économique que subit en ce moment la Tunisie ne permettront pas, dans un avenir proche, de rétablir une coopération efficace avec ces deux pays afin d’empêcher les migrants africains de risquer leur vie dans une périlleuse traversée. C’est donc à la source qu’il conviendrait de tenter d’endiguer cette marée humaine, en intervenant de manière décisive pour, premièrement ramener la paix et la stabilité en Somalie et, deuxièmement, en faisant pression sur le régime érythréen pour redonner enfin à la jeunesse de ces deux pays de la Corne de l’Afrique l’espoir d’un avenir meilleur.

Hervé Cheuzeville, 29 novembre 2013.

(auteur de quatre ouvrages: « kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale », L’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance », Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Editions Persée, 2010; « Au fil des chemins – Afrique, Asie, Méditerranée », Edilivre 2013)

(auteur de quatre livres: “Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale”, L’Harmattan, 2003; “Chroniques africaines de guerres et d’espérance”, Editions Persée, 2006; “Chroniques d’un ailleurs pas si lointain”, Editions Persée, 2010; “Au fil des chemins – Afrique, Asie, Méditerranée” Edilivre, 2013) – See more at: http://cheuzeville.net/?p=975#sthash.5nZwBDDi.dpuf
(auteur de quatre livres: “Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale”, L’Harmattan, 2003; “Chroniques africaines de guerres et d’espérance”, Editions Persée, 2006; “Chroniques d’un ailleurs pas si lointain”, Editions Persée, 2010; “Au fil des chemins – Afrique, Asie, Méditerranée” Edilivre, 2013) – See more at: http://cheuzeville.net/?p=975#sthash.5nZwBDDi.dpuf

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