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Le centenaire de l’Armistice et la Corse

08/11/2018 – 7:37 | No Comment | 176 views

Il existe à Bastia une immense place où les Bastiais aiment flâner ou se retrouver à la terrasse de l’un des nombreux établissements qui la bordent, pour le café ou l’apéritif, tandis que les touristes …

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Le Libéria, pays atypique, se choisit un footballeur pour président !

Submitted by on 04/01/2018 – 8:33 No Comment | 591 views

Le Libéria est vraiment un pays atypique ! Il vient encore de le prouver le 26 décembre dernier en élisant à la présidence de la République un ancien footballeur professionnel, une première mondiale. Mais avant de revenir sur la victoire de George Weah, il convient d’évoquer les autres particularités qui font que le Libéria est un pays peu ordinaire.

Le Libéria est un petit pays anglophone de l’Afrique de l’Ouest, bordant l’océan Atlantique. Il est entouré par 3 pays : la Sierra Leone à l’ouest, la Guinée au nord et la Côte d’Ivoire à l’est.  Sa superficie est de 111 369 km² et sa population s’élève à 4,3 millions d’habitants. Sa capitale est Monrovia, une ville d’un million d’habitants. L’espérance de vie n’y est que de 44 ans et le taux de mortalité infantile y est effrayant : 15,7 % ! Le Libéria se classe à la 178ème position mondiale pour son Indice de Développement Humain et son PIB n’est que de 488 $ par habitant ! En dehors de l’anglais, on ne dénombre pas moins de vingt langues différentes dans ce petit pays. La végétation du Libéria est composée de mangrove sur la côte et de forêt équatoriale et de savanes sur le plateau de l’intérieur. 40 % de ce qui subsiste de la grande forêt primaire de Haute Guinée se trouve au Libéria. Le climat est équatorial et il y pleut abondamment de mai à octobre. Les principales ressources naturelles du pays sont le minerai de fer, le caoutchouc et le bois[1].

La principale particularité du Libéria réside dans son histoire. Il s’agit en effet d’un territoire qui fut colonisé par des Noirs ! La colonie fut fondée en 1822 par la National Colonization Society of America, une société « philanthropique » étasunienne créée en 1817. Son but principal était en fait de réduire la population noire aux États-Unis en organisant le « retour » sur le continent africain d’esclaves affranchis.  Après avoir acquis des terres à l’embouchure du fleuve Saint-Paul en 1821, la Société y installa les premiers anciens esclaves ramenés d’outre-Atlantique en 1822. Entre 1822 et 1867, ce sont plus 13 000 Afro-américains qui ont ainsi été installés à cet endroit. Ce qui allait devenir la capitale du Libéria fut fondée sur l’île Providence, à l’embouchure du fleuve. D’abord nommée Christopolis par le fondateur presbytérien de la Société, elle fut ensuite rebaptisée Monrovia, en l’honneur de James Monroe, qui était alors président des États-Unis.

C’est le 26 juillet 1847 que le Libéria proclama son indépendance, devenant le premier État indépendant d’Afrique Subsaharienne (en dehors de l’empire d’Abyssinie). Le nom choisi pour le pays est en lui-même un programme : Libéria, un pays libre pour des hommes libérés, comme l’indique un vers de l’hymne national adopté cette année-là, qui évoque une « Terre de glorieuse liberté ». La constitution libérienne est d’ailleurs directement inspirée de la constitution étasunienne. Le drapeau ressemble beaucoup à celui des États-Unis, mais il ne comporte qu’une seule étoile et onze bandes horizontales rouges et blanches. Ses armoiries représentent un grand voilier arrivant devant un rivage bordé de cocotiers, rappelant ainsi le « retour » des anciens esclaves sur la côte africaine. La devise de la République surmonte ces armoiries : « L’amour de la liberté nous a amené ici », ce qui traduit bien l’état d’esprit des pères fondateurs de l’État (et de leurs descendants) : le Libéria a été créé pour eux! Joseph Jenkins Roberts, un riche Afro-américain natif de la Virginie devint le premier président de la République. Mais ces Noirs venus d’Amérique n’étaient pas originaires de ce qui était devenu le Libéria. Les aïeux des esclaves noirs vivant aux États-Unis avaient en effet été amenés de toute l’Afrique occidentale. Leurs descendants, après plusieurs générations nées en Amérique du Nord, avaient perdu toute attache avec le continent d’origine. La création du Libéria se fit donc au détriment de la population autochtone dont les terres ancestrales furent bel et bien colonisées, non pas par des Européens comme ailleurs en Afrique, mais par des Noirs venus des États-Unis.  C’est cet aspect de l’origine du pays qui allait être la source de drames et de conflits tout au long de son histoire. Dès la création de la colonie, de nombreux et violents accrochages eurent lieu entre les colons et les communautés environnantes. La colonie afro-américaine s’est développée en vase clos, ses membres se mariant entre eux. Le territoire originel fut peu à peu étendu vers l’intérieur et l’installation de missions chrétiennes favorisé, afin de « civiliser » les populations autochtones.

Le système colonialiste se manifesta dans le fonctionnement politique de la nouvelle République, basé sur la toute puissance d’un parti unique issu du Parti Républicain étasunien dont le maintien au pouvoir était assuré par le suffrage censitaire, qui excluait de fait la population autochtone. Elle se manifestait aussi par le recours au travail forcé. Ce dernier fut d’ailleurs dénoncé et condamné par la SDN en 1931. Ce travail forcé était pratiqué principalement dans les plantations d’hévéas, pour le compte des grandes multinationales du caoutchouc. En Occident, c’était l’époque du développement de l’industrie automobile et les besoins en caoutchouc étaient immenses. En 1936, le gouvernement libérien finit par abolir le travail forcé. En mai 1945, le président Tubman accorda enfin le droit de vote aux autochtones.

Durant deux décennies, entre 1960 et 1980, le pays connut une réelle prospérité grâce aux concessions accordées à des multinationales, principalement étasuniennes et allemandes, qui exploitaient les gisements de minerai de fer. À la mort du président Tubman en 1971, c’est son vice-président William Tolbert qui le remplaça. Il devait être le dernier président de la longue lignée de présidents issue du parti fondé par les anciens esclaves nord-américains. Rappelons que cette population descendant des esclaves libérés, si elle formait l’élite du pays, ne représentait que 5 % de la population totale. C’est le 12 avril 1980 qu’eut lieu le coup d’État militaire sanglant qui vit l’arrivée au pouvoir du sergent-chef Samuel Doe, un militaire autochtone âgé de 29 ans, issu de l’ethnie Krahn. Le président Tolbert fut assassiné et les ministres de son gouvernement furent fusillés en public. Doe instaura un régime de terreur et il favorisa sa propre ethnie tout en luttant contre la franc-maçonnerie, vue comme le principal inspirateur de l’ancien régime.

En 1989, une guérilla démarra dans le nord-est du pays, dirigée par un métis américano-libérien nommé Charles Taylor. Cet homme avait pourtant collaboré avec Samuel Doe, en dirigeant les services généraux du gouvernement. Cependant, il avait dû prendre la fuite aux Etats-Unis après avoir détourné 900 000 $ en trois ans. De là, il s’enfuit à nouveau, cette fois en Libye où il fut formé aux techniques de guérilla par les services du colonel Kadhafi. Il put ensuite lancer son mouvement rebelle, le National Patriotic Front of Liberia[2] – NPFL, contre le régime de Samuel Doe, avec le soutien de la Libye et du Burkina Faso.  C’était le début de la première guerre civile du Libéria, une guerre qui se poursuivit pendant sept ans. Entre temps, la rébellion s’était scindée en deux factions, le chef de guerre Prince Johnson ayant créé son propre mouvement, l’INPFL[3] en 1990. C’est ce nouveau mouvement qui entra dans Monrovia en septembre de cette année-là et qui captura Samuel Doe. Prince Johnson le fit torturer atrocement, lui faisant couper des doigts et les oreilles tout en assistant à cette horrible scène en sirotant une bière, le tout étant filmé. On finit par tirer une rafale dans la tête de l’ancien président. La vidéo de ces horreurs suscita l’indignation internationale. La CEDEAO envoya une force d’interposition qui permit l’instauration d’un régime de transition. Cependant, malgré 14 accords successifs mais jamais définitifs, la guerre civile se poursuivit jusqu’aux accords de paix d’Abuja, signé le 17 août 1996 sous l’égide de la CEDEAO. Cette guerre ravagea le pays et fit des dizaines de milliers de morts. Durant ce conflit, des milliers d’enfants soldats furent recrutés et utilisés. À partir de 1991, la guerre s’étendit au pays voisin, la Sierra Leone, riche en diamants. Ce sont ces fameux « diamants du sang » qui contribuèrent à alimenter les deux conflits. En juillet 1997, des élections purent être organisées. Elles virent la victoire de l’ancien rebelle Charles Taylor avec 75 %, contre la candidate Ellen Johnson Sirleaf[4]. Cependant, le pouvoir autocratique et corrompu de Taylor fut rapidement contesté et une nouvelle insurrection apparut dans le nord du Libéria. Ce devait être le début de la seconde guerre civile du Libéria qui dura de 1999 à 2003 et qui ravagea de nouveau le pays. En août 2003, alors que la guerre faisait rage dans la capitale-même, Taylor dut démissionner et s’enfuir au Nigéria[5]. Une mission de l’ONU fut envoyée, qui permit l’organisation de nouvelles élections en novembre 2005. Ellen Johnson Sirleaf les remporta avec 59,4 % des suffrages. Issue de la minorité d’origine américaine, elle devenait ainsi la première femme à occuper la magistrature suprême dans un pays d’Afrique[6]. Le candidat battu n’était autre que George Weah, l’ancien footballeur professionnel qui avait décidé de se lancer en politique. Ellen Johnson Sirleaf fut réélue en 2011. Malheureusement, son second mandat fut marqué par une épouvantable tragédie dont le pays, qui se relevait tant bien que mal de deux guerres civiles, aurait pu se passer : l’épidémie d’Ebola, en 2014 et 2015, qui fit près de 5000 morts.

Le second tour de l’élection présidentielle de 2017 a donc vu, le 26 décembre, la victoire du candidat de l’opposition, George Weah. Il a remporté le scrutin avec 61,5 % des voix, battant le vice-président sortant, Joseph Boakai (la constitution interdisait à Ellen Johnson Sirleaf de se présenter pour un 3ème mandat). Qui donc est ce footballer devenu président ? Né en 1966, George Weah est issu du groupe ethnique krou. C’est donc un Libérien « autochtone », qui a grandi dans les bidonvilles de Monrovia. Il est né de parents chrétiens mais il s’est convertit à l’islam, pour ensuite revenir au christianisme. Il n’a jamais achevé ses études secondaires. Dans l’enceinte de sa résidence, il a même fait construire une église ! Entre 1988 et 2001, il a joué pour les plus grands clubs européens : Monaco, Paris SG, AC Milan, Chelsea, Manchester et enfin Marseille. Il est le seul joueur de football originaire du continent africain à avoir reçu un « ballon d’or » (en 1995). Après avoir mis fin à sa carrière de footballeur en 2003, à l’âge de 37 ans, Weah a tenté d’utiliser le football comme moyen de promouvoir le bonheur et l’éducation au sein de l’enfance défavorisée de son pays, n’hésitant pas à utiliser sa fortune personnelle pour y parvenir. Conscient de sa popularité, il finit par fonder son propre parti politique en 2005 et il se présenta une première fois à l’élection présidentielle. Son manque d’éducation ayant été utilisé contre lui par ses adversaires politiques, il est allé aux Etats-Unis après son échec à l’élection présidentielle et il a étudié à l’Université DeVry de Miami où il est parvenu à obtenir un diplôme en business administration.  De retour au pays, il s’est fait élire sénateur en 2009. À l’élection présidentielle de 2011, le Congress for Democratic Change a choisi George Weah comme candidat à la vice-présidence, aux côtés du candidat à la présidence Winston Tubman, neveu de l’ancien président Tubman. En 2014, Weah parvint à battre le fils de la présidente Johnson Sirleaf aux élections sénatoriales.

L’élection de George Weah à la présidence de la République du Libéria ne peut que susciter l’espoir, tant au Libéria que dans le reste du continent. Pas pour les qualités particulières du président élu : le candidat battu était tout à fait respectable et il avait aussi de nombreuses qualités. Mais plutôt parce qu’une alternance politique a eu lieu : un candidat d’opposition l’a emporté contre le candidat du pouvoir en place. Ce n’est pas une première en Afrique, mais c’est assez rare pour qu’on le souligne ! Au Libéria, c’est en tous cas une grande première. Non seulement un candidat de l’opposition l’a emporté, mais le vainqueur est un Libérien « autochtone » qui succède à une présidente issue de la communauté afro-américaine.  Notons que c’est même la première fois depuis 1971 qu’un président succède à un autre président de manière constitutionnelle et pacifique ! Enfin, autre particularité dans ce pays anglophone qu’est le Libéria, George Weah parle couramment français et il aurait même la nationalité française ! Depuis 2015, son fils Timothy joue même comme son père au Paris Saint-Germain ! Il convient cependant de noter deux « détails » peut être inquiétants, dans cette élection présidentielle libérienne : George Weah avait pour colistière la sénatrice Jewel Howard Taylor. C’est donc cette ex-épouse de Charles Taylor[7] qui occupera la fonction de vice-président !  Enfin, entre les deux tours, le candidat Weah a reçu le soutien du sénateur Prince Johnson, l’ancien seigneur de la guerre et assassin de Samuel Doe…

George Weah, entrera en fonction le 22 janvier prochain. Parviendra-t-il à relever tous les défis auxquels son pays doit faire face ? C’est ce qu’il faut souhaiter, car le Libéria, pays martyr, mérite certainement un meilleur avenir. J’espère que la notoriété de cet ancien footballer lui permettra de mobiliser son peuple ainsi que la communauté internationale afin de réussir à reconstruire ce pays dévasté.

Hervé Cheuzeville, 4 janvier 2017.

(Hervé Cheuzeville est l’auteur de sept livres et de nombreux articles et chroniques. Son dernier ouvrage « Prêches dans le désert » est paru aux Editions Riqueti en mars 2017. Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie).

 

 

[1] En outre, 11 % des navires de commerce enregistrés dans le monde ont le pavillon libérien, qui est pavillon de complaisance. Dans ce domaine, le Libéria occupe le deuxième rang mondial, après le Panama !

[2] Front National Patriotique du Libéria.

[3] Front National Patriotique Indépendant du Libéria.

[4] Née en 1938, Ellen Johnson Sirleaf est diplômée de Harvard et a travaillé, entre autres, pour la Banque Mondiale.

[5] À la suite de son inculpation en 2003 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité durant la guerre civile de Sierra Leone, il fut arrêté au Nigéria le 29 mars 2006 alors qu’il tentait de fuir au Cameroun. Livré au Tribunal Spécial pour la Sierra Leone, il fut emprisonné et jugé à Freetown. Le 26 avril 2012, Charles Taylor fut condamné à 50 années de prison pour 11 chefs d’accusation de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le 26 septembre 2013, le verdict a été confirmé en appel. Taylor est ainsi devenu le second ancien chef d’État à avoir été condamné par la justice internationale (après l’amiral Karl Dönitz, successeur d’Hitler, condamné en 1946 à 10 ans de prison au procès des dignitaires nazis de Nuremberg).

[6] En fait, il y eut un précédent au Libéria en la personne de Ruth Perry (1939-2017), qui occupa les fonctions de « Présidente du Conseil d’État du Libéria » du 3 septembre 1996 au 2 août 1997. Il s’agissait de la période de transition qui suivit la première guerre civile du Libéria. La fonction occupée par Ruth Perry n’était cependant pas élective. Ellen Johnson Sirleaf est donc le premier chef d’État féminin à avoir été élu, tant au Libéria qu’en Afrique.

[7] Elle en a divorcé en 2006.

 

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