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Joyeux Noël !

07/11/2017 – 3:36 | No Comment | 197 views

Ma chronique d’aujourd’hui sera davantage une lettre ouverte qu’une véritable chronique. Cette lettre s’adresse à la municipalité de Bastia, ville d’où ces lignes sont écrites, mais aussi et très certainement à la plupart des municipalités …

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Le Sud-Soudan est-il mal parti ?

Submitted by on 06/05/2013 – 7:48 No Comment | 3 461 views

Le Nil coule dans sa paisible majesté et avec la force de son courant. Le Nil, fleuve fleuve-dieu des anciens Égyptiens, fleuve nourricier pour des populations entières, depuis le lac Victoria jusqu’à la mer Méditerranée. Attablé sur une terrasse au ras de l’eau, je ne me lasse pas de contempler ces eaux mythiques, tout en tentant d’avaler une « White Bull[1]», la bière locale, la disputant aux dizaines de mouches qui nous assaillent, la bière et moi.

La proximité de ce large cours d’eau fait remonter en moi de lointains souvenirs. Il y a 24 années, je passais trois semaines en le remontant de Kosti à Malakal, à bord d’un convoi de barges chargées de nourriture. Pour le PAM[2], je devais surveiller l’acheminement et la distribution de cette aide alimentaire aux populations hagardes, déplacées et affamées, que nous trouvions lors de nos arrêts au bord du fleuve. Ces gens étaient les victimes d’une guerre cruelle qui durait depuis six ans déjà mais qui allait encore se poursuivre pendant seize autres longues années, faisant plus de deux millions de morts. Morts de faim, morts d’épidémies, morts lors des combats que livrait la SPLA[3] à l’armée et aux milices de Khartoum. Cette guerre qui dura de 1983 à 2005 fit rarement la une des grands médias. En ce qui me concerne, elle fit intimement partie de ma vie depuis 1989, année de cette étrange « croisière » sur le Nil, à bord de ces barges affrétées par le PAM. En effet, après cette première expérience au Soudan du Sud, je devais retourner à de nombreuses reprises dans ce qui n’était pas encore un pays indépendant. Chaque fois, je fus témoin des horreurs de cette guerre et de la souffrance indicible et silencieuse de ces populations. Pendant longtemps encore, je côtoyais les réfugiés sud-soudanais, en Ouganda et au Zaïre. Je nouais avec certains de ces Dinka, Nuer, Didinga, Mundari ou autres Azandé des relations durables, faites d’amitié et de respect.

Me voici donc de retour dans ce pays devenu la République du Soudan du Sud, État indépendant et souverain depuis juillet 2011. J’ai découvert Juba, la capitale, qui était jadis tenue par les forces du gouvernement de Khartoum et ce, jusqu’aux accords de paix de 2005. Lors du retour de la paix, le plus haut des immeubles de Juba comptait trois étages seulement. Peu de voitures circulaient dans les rues défoncées et parsemées de nids de poule. Aujourd’hui, de nombreux bâtiments de dix étages et plus, continuent à s’élever un peu partout. Aux heures de pointe, on se retrouve bloqué dans les embouteillages. La superficie de la ville a été multipliée par quatre, et elle est parsemée de chantiers de construction. Les avenues de la capitale, fraichement goudronnées, sont encombrées par des centaines de gros 4×4 flambant neuf.

L’argent du pétrole, ressource qui fournit 98% des revenus de la nouvelle nation, semble avoir attiré beaucoup de monde des pays voisins, mais aussi des quatre coins de la planète. On se bouscule pour signer des contrats avec les autorités. Les pétrodollars ainsi que l’aide internationale coulent à flots, mais seule une petite minorité de la population a pu s’enrichir rapidement. La vaste majorité, elle, largement analphabète, n’a toujours pas accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins médicaux et à l’éducation. Pire, des combats meurtriers se poursuivent dans plusieurs régions du pays, entre ethnies et clans rivaux, entre l’armée nationale et des « rebelles » laissés pour compte de cette toute récente indépendance.

Les ordures s’accumulent un peu partout à Juba. Pire, bouteilles et sacs en plastique, cannettes vides et immondices de toutes sortes sont jetés dans le Nil. Les bords du fleuve en sont jonchés, alors que d’autres sont emportés par le courant, vers le Nord : Soudan, Égypte et Méditerranée…

On ne peut pas assurer le développement d’un pays avec des véhicules 4×4 luxueux ou avec des contrats douteux. La République du Soudan du Sud a grand besoin de paix et de stabilité, de dirigeants vertueux et éclairés qui ne se laisseront pas séduire par les promesses d’« investisseurs » avides et autres aventuriers et aigrefins en tout genre. Des actions d’urgence doivent être menées dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures de base. Ceci afin d’éviter que les frustrations engendrées par l’enrichissement trop visible de quelques-uns, locaux et étrangers, ne conduisent à un nouveau et désastreux conflit.

Le Sud-Soudan a connu quarante années de guerres entre 1955 et 2005. Il n’a jamais connu de réel développement. Il lui faut à présent bénéficier d’une paix durable favorisant l’établissement d’un État de droit s’il souhaite enfin devenir un « pays en voie de développement » !

Hervé Cheuzeville, 5 mai 2013

(Auteur de quatre livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale », l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance », Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Editions Persée, 2010 ; « Carnets de routes », Editions Edilivre, à paraître)



[1] Taureau blanc

[2] Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies

[3] Sudan’s Peoples Liberation Army ou Armée de Libération des Peuples du Soudan

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