Mes Chroniques »

Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 214 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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Les 17 Martyrs du Laos

Submitted by on 04/08/2017 – 1:17 No Comment | 162 views

Le Laos, pays enclavé comptant un peu plus de six millions d’habitants, est majoritairement bouddhiste. Le Bouddhisme est ultra-majoritaire chez les Laotiens d’ethnie et de culture lao. Tant la langue que la culture lao appartiennent au vaste ensemble thaï qui regroupe les Lao du Laos et de Thaïlande (appelés thaï-Isan), les habitants de la région centrale de la Thaïlande, aussi appelés Thai-klang et ceux du nord du pays, qui constituait autrefois le Royaume de Lan-Na (Millions de rizières). On retrouve aussi des Thaï en Birmanie (pays Shan), au Nord du Viêt Nam et au sud de la Chine (Yunnan) et même jusqu’en Inde (Assam). Cependant, tant au Laos qu’en Thaïlande, il existe d’autres groupes ethniques. Dans ces deux pays, ainsi qu’au Viêtnam et dans le sud de la Chine, on retrouve des tribus montagnardes telles que les Hmong (ou Méo) et les Mien (ou Yao) et bien d’autres encore. Au Laos, au Cambodge, comme au Viet Nam dans la cordillère annamitique, il existe aussi des ethnies proto-indochinoises, telles que, par exemple, les Khmou du Laos. Presque tous ces groupes ethniques ne sont pas de religion ou de culture bouddhique. Bon nombre de ces montagnards ont conservé leur religion chamaniste traditionnelle, alors que d’autres ont été évangélisés au cours du XXe siècle. Le christianisme s’est implanté beaucoup plus difficilement chez les Lao, qui vivent surtout dans les vallées et dans la plaine du Mékong, malgré les efforts déployés par les missionnaires, essentiellement français, de la fin du XIXe aux années 60 du XXe siècle. Ces derniers étaient issus de deux principales congrégations : les Missions Etrangères de Paris et les Oblats de Marie-Immaculée. A l’origine, des catéchistes originaires de Cochinchine, d’Annam et du Tonkin furent utilisés comme « fer de lance » et pionniers du travail d’évangélisation. Certains épousèrent des femmes lao. C’est ce qui explique que, au sein de la petite communauté catholique du Laos, nombre de ses membres ont des aïeux originaires de l’actuel Viêt Nam. Les premiers missionnaires français rachetèrent aussi des esclaves et ils prirent en charge des orphelins.  Les Catholiques lao, lorsqu’ils n’ont pas d’ancêtres vietnamiens, sont donc souvent des descendants de ces esclaves libérés ou de ces orphelins.

L’église de Savannakhet

De nos jours, 1,7% des 6,8 millions de Laotiens sont chrétiens. Certains montagnards, en particuliers des Hmong, appartiennent à des Eglises protestantes. Les autres sont catholiques. J’ai bien connu ces Catholiques laotiens, tant dans les camps de réfugiés en Thaïlande, au début des années 80, que parmi les réfugiés arrivés en France durant ces années-là. J’en ai également connu au Laos-même lors de mes différents séjours dans ce pays. Je me souviens de Mgr Jean Khamsé Vithavong, l’évêque de Vientiane, rencontré en 1988, et de sa minuscule cathédrale du Sacré-Cœur, construite dans les années 20. En 2012, j’ai pu visiter Ban Kèngsadok et Ban Nongvèng, deux gros villages catholiques de la province de Borikhamxay. La même année, je fis la connaissance du Père Philippe, le curé de Savannakhet, que je devais revoir lors de mon dernier séjour là-bas, en 2016. Nous assistâmes à la messe, un dimanche de janvier, dans sa ravissante église Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus, qui date du Protectorat français.

 

La cathédrale de Vientiane

Le 11 décembre 2016 eut lieu une importante cérémonie à la cathédrale de Vientiane. Le cardinal Orlando Quevedo, archevêque de Cotabato aux Philippines et représentant spécial du Pape François célébra la messe de béatification des 17 martyrs du Laos, en présence de 6000 fidèles et de l’ensemble du clergé de l’Eglise du Laos, composée de 4 évêques et de 21 prêtres. Le pape François avait reconnu leur martyre le 5 mai 2015. Ce rassemblement peut paraître bien modeste, lorsque l’on songe aux grands rassemblements de la place Saint-Pierre de Rome ou aux foules drainées par les JMJ. Il s’agissait pourtant d’une foule énorme si on la rapporte aux 1,7 % de Chrétiens d’un pays aussi peu peuplé que le Laos. Et surtout, lorsque l’on connait la réelle nature du régime politique établi dans ce pays depuis 1975, il est même étonnant qu’un tel évènement ait pu avoir lieu ! D’autant que les 17 martyrs que l’on célébrait ce jour-là furent tous, sans exception, tués par des éléments armés communistes, laotiens ou vietnamiens, ceux-là mêmes qui prirent ensuite le pouvoir et abolirent la monarchie pour fonder la République Démocratique Populaire Lao en 1975. Au nombre de ces 17, se trouvaient 11 prêtres missionnaires, 10 Français et un Italien. 5 d’entre eux appartenaient aux Missions Etrangères de Paris (MEP). Les 5 autres étaient membres des Oblats de Marie Immaculée (OMI). L’un des martyrs était un prêtre laotien. Sur la liste de ces 17 martyrs figurent aussi 5 catéchistes laotiens. Tous ont été martyrisés entre 1954 et 1970, c’est-à-dire entre la défaite française de Dien Bien Phu et les années qui précédèrent la prise de contrôle de la totalité du territoire laotien par l’armée du Viêt Nam du Nord et ses alliés, les communistes lao, connus en Occident sous le surnom de « Pathet Lao ». En réalité, « Pathet Lao » signifie « Laos », ou plus exactement « Pays Lao » en langue lao. C’était la mention figurant en en-tête des tracts de propagande communiste lao.  Le véritable nom du mouvement était « Néo Lao Haksat » ou « Front Patriotique Lao ». A l’origine, il servait essentiellement de « couverture » à la présence des troupes viet minh en territoire lao. N’oublions pas que le Viêt Nam est constitué principalement d’une longue bande côtière reliant deux bassins fluviaux, celui du Fleuve Rouge, au nord, appelé Tonkin et celui du delta du Mékong, au sud, appelé Cochinchine. Les communistes viêt, les Viêt Minhs, surtout implantés au nord, avaient donc besoin du territoire laotien pour faire passer hommes, armes, munitions et ravitaillement du nord vers le centre et le sud du Viêt Nam. C’est pourquoi leurs forces s’infiltrèrent et contrôlèrent peu à peu toute la partie orientale du Laos et qu’ils suscitèrent la création d’un mouvement frère dans ce pays, le Néo Lao Haksat, mouvement inféodé depuis l’origine au parti communiste vietnamien et dont les forces étaient armées, entrainées et équipées par l’armée viêt minh.  Durant la guerre d’Indochine, ce fut pour tenter de mettre fin aux infiltrations viêt minh au Laos que le commandement français pris la funeste décision d’installer une base fortifiée avancée à Dien Bien Phu, petite localité située à proximité de la frontière laotienne. Durant la guerre du Viêt Nam, les forces US bombardèrent intensivement et massivement l’est du Laos pour essayer d’interrompre les voies de communication que le Nord-Viêt Nam communiste y avait établi (la fameuse « piste Hô Chi Minh ») pour ravitailler les forces communistes du Viêt Cong au Sud-Viêt Nam.

C’est donc dans ce contexte extrêmement dangereux d’invasion masquée et d’infiltration communiste rampante que les 17 martyrs trouvèrent la mort. Ils se trouvaient aux mauvais endroits aux mauvais moments, ils étaient des témoins gênants de ce qui était en train de se tramer, c’est-à-dire de la prise de contrôle insidieuse du Laos par le Viêt Nam communiste. Certains de ces martyrs furent d’ailleurs assassinés par des éléments Viêt Minh, tandis que d’autres le furent par des hommes du « Pathet Lao ». Sur le terrain, il était d’ailleurs bien difficile de faire la différence entre les deux forces, tant elles étaient imbriquées l’une dans l’autre.

Il serait trop long de faire ici le récit de la vie de chacun de ces 17 martyrs. Ils ont été regroupés par l’Eglise pour le besoin de la cause, si je puis dire. Car ils étaient différents les uns des autres par l’âge, la nationalité, la congrégation et aussi par l’époque ou le lieu où ils connurent le martyre. Certains ne se connaissaient d’ailleurs même pas. Leur sort, leur fidélité à la foi chrétienne et leur courage face à la mort les ont cependant unis et, depuis cette émouvante célébration du 11 décembre dernier, ils sont désormais célébrés ensemble, en tant que « Martyrs du Laos », le 16 décembre de chaque année.

Cette date n’a pas été choisie par hasard. Il s’agit de l’anniversaire du jour où le Père Jean Wauthier, des Oblats de Marie Immaculée, fut tué de trois balles dans la poitrine à Ban Na, dans la province de Xieng Khouang, le 16 décembre 1967, en pleine guerre dite du « Viêt Nam ». Jean Wauthier naquit à Fourmies, dans l’archidiocèse de Cambrai, le 22 mars 1926.  C’est à Solignac, dans la Haute-Vienne, qu’il prononça ses vœux perpétuels le 8 décembre 1949, jour de la fête de l’Immaculée Conception, avant d’être ordonné prêtre le 17 février 1952, et destiné à la mission du Laos. Les Oblats de Marie Immaculée œuvraient au Laos depuis 1935. Jean Wauthier y arriva le 26 octobre 1952. Il fut envoyé chez les Khmou, une ethnie minoritaire très marginalisée des montagnes. La région où il travaillait était l’une de celle que les Viet Minh et leurs alliés lao tentaient d’infiltrer et de contrôler. Une partie de la population dut abandonner ses terres pour se mettre à l’abri de la guérilla communiste. Jean Wauthier accompagna les chrétiens de ses villages dans leur exode. Outre ses fonctions de prêtre, il lui fallait être aussi catéchiste, infirmier, constructeur et linguiste. Déjà en 1961, il faillit être fusillé par les rebelles communistes. Ses supérieurs décidèrent alors de le mettre en sécurité et ils l’affectèrent comme enseignant au petit séminaire de Paksane. Mais Jean Wauthier ne pensait qu’à retourner dans la montagne afin de retrouver ses paroissiens khmou déplacés par la guerre. C’est ce qu’il fit en 1964 en s’installant à Hin Tang, dans la province de Xièng Khouang. Là, il s’occupa de répartir l’aide humanitaire à ces populations qui faisaient face à la famine, aux attaques armées, aux routes minées et à l’absence de soins médicaux. C’est en effectuant cette tâche qu’il fut tué à Ban Na de trois balles reçues en pleine poitrine, le 16 décembre 1967, à l’âge de 41 ans. Le lendemain de sa mort, l’un des catéchistes écrivit à ses parents « Le Père Jean est mort parce qu’il nous aimait et n’a pas voulu nous abandonner ».

Je voudrais aussi évoquer la mémoire d’un autre martyr, le Père Marcel Denis, des Missions Etrangères de Paris. Le 31 juillet dernier, c’était l’anniversaire de sa mort, intervenue en 1961. Il naquit le 7 août 1919 à Alençon, ville de Normandie où Thérèse Martin, celle qui serait connue universellement sous le nom de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, patronne des Missions, avait vu elle aussi le jour, quelques décennies plus tôt, en 1873. Dès l’âge de 13 ans, Marcel Denis intégra le petit séminaire de Sées. Il y resta jusqu’en 1942, année de son admission au séminaire des Missions Etrangères de Paris où il sera ordonné prêtre à 26 ans, en 1945. En 1946, il réalisa son désir : partir en mission au Laos. Mais avant de partir, il célébra sa dernière messe à la cathédrale Notre Dame de Sées, sur l’autel de la chapelle du baptistère de Sainte Thérèse. Il était très attaché à cette Sainte qui sera très associée à sa mission. Il fut nommé à Thakhek, une ville située au bord du Mékong. Il passa une grande partie de son temps à parcourir son secteur à pied, à cheval puis en jeep et dépensa son énergie à fonder des écoles, à former des instituteurs et des catéchistes, à soigner les malades avec les médicaments qu’on lui envoyait et à construire des églises. En 1954, il fut envoyé à l’intérieur de la province de Khammouane où il s’établit dans la localité de Maha Prom. Il se dévoua pour les lépreux, encore nombreux à l’époque, et fut particulièrement proche des populations montagnardes. A partir d’avril 1961, la guérilla communiste occupa tout le secteur où œuvrait le Père Denis qui fit tout ce qu’il put pour mettre ses collaborateurs et les enfants à l’abri. Lui, cependant, décida de rester sur place. Il fut arrêté par les miliciens communistes et envoyé en détention dans un village proche de la frontière vietnamienne. Le 31 juillet 1961, il fut emmené dans la forêt et exécuté.

Pour mémoire, j’aimerais aussi citer les noms des 15 autres martyrs ainsi que les circonstances de leur martyr.

Le Père Jean-Baptiste Malo, des Missions Etrangères de Paris, naquit à la Grigonnais, dans le diocèse de Nantes, en 1899. Capturé par le Viet Minh en 1954, il fut déporté, à pied, avec d’autres captifs, à travers les montagnes et les forêts du Laos jusqu’au Viêt Nam. Il mourut de faim et d’épuisement le 28 mars 1954 près d’un petit village de la province vietnamienne de Hà Tinh, dans le centre du pays. Sa tombe se trouve à présent dans l’église paroissiale de Vinh Hôi, et elle est l’objet de beaucoup de dévotion de la part des fidèles de la région.

Le Père Joseph Thao Tiên était un prêtre laotien issu de la minorité montagnarde Thaï Dèng (Thaï rouge) que l’on retrouve des deux côtés de la frontière, tant au Laos qu’au Viêt Nam. Sa famille était convertie au catholicisme depuis trois générations déjà. Il naquit en 1918 dans la province de Houa Phanh, au nord-est du Laos, aux confins du Viêt Nam. C’est dans cette province que fut fondé le mouvement communiste lao. Elle fut la première à passer sous le contrôle viet minh-pathet lao.  De 1942 à 1946, Joseph fut élève des Pères sulpiciens au grand séminaire de Hanoï. La guerre d’Indochine interrompit ses études de théologie, mais, après bien des péripéties, il put les achever à Saïgon, au séminaire Saint-Joseph, à l’automne 1947. Il fut ordonné prêtre par Mgr Jean-Marie Mazé, à la cathédrale de Hanoï, le 6 juin 1949, devenant ainsi le premier prêtre laotien. Envoyé ensuite à la mission de Sam Neua, dans sa province d’origine, il œuvra parmi son peuple Thai Dèng et fonda une école. Fin mai 1953, les communistes s’emparèrent de Sam Neua. Le Père Tien fut arrêté par la milice communiste, jugé par un tribunal populaire et condamné à la déportation dans le camp de « rééducation » de Ban Talàng. Malgré son isolement et sa captivité, malgré les pressions des responsables du camp, il refusa d’apostasier ou de rompre son vœu de célibat. En conséquence de quoi, le 2 juin 1954, quatre gardiens le firent sortir du camp et le ligotèrent à un pamplemoussier du cimetière du village de Huay Talàng, avant de l’abattre de cinq balles. Il avait 35 ans. Le premier prêtre laotien devint ainsi le premier martyr laotien !

Le Père René Dubroux, des Missions Etrangères de Paris, naquit à Haroué, dans le diocèse de Nancy, en Lorraine, en 1914. Le 19 décembre 1959, il fut assassiné par des balles tirées à bout portant dans la sacristie de son église de Paday, à une trentaine de kilomètres de la ville de Paksé, au sud du Laos.

Le Père Mario Borzaga appartenait à la congrégation des Oblats de Marie Immaculée. Il était né en 1932 à Trente, en Italie. Le 25 avril 1960, il fut assassiné par les communistes lao à Kinkatiam, dans la province de Louang Prabang, au nord du pays. Son catéchiste hmong de 19 ans, Paul Thoj Xyooj, fut tué en même temps que lui et il figure donc lui aussi sur la liste des 17 martyrs du Laos.

Le Père Louis Leroy, Oblat de Marie Immaculée, naquit en 1923 à Ducey, dans la Manche. Le 18 avril 1961, à Ban Pha, dans la province de Xièng Khouang, il fut fusillé par les communistes lao, après avoir été torturé.

Deux jours plus tard, un autre Oblat de Marie Immaculée, le Père Michel Coquelet, fut assassiné d’une balle dans la tête par un milicien communiste, sur la route de Ban Sop Xiène, également dans la province de Xièng Khouang. Il avait vu le jour en 1931 à Wignehies, dans le diocèse de Cambrai, dans le Nord.

Le Père Vincent l’Hénoret appartenait lui aussi à la congrégation des Oblats de Marie Immaculée. Né à Pont l’Abbé en 1921, dans le Finistère, c’était un Breton qui apprit le français à l’école primaire. Le 11 mai 1961, il fut tué d’une balle dans le dos par des miliciens communistes près de Ban Na Thoun. Sa mort intervint moins d’un mois après celles de ses confrères les Pères Leroy et Coquelet, dans cette même province de Xièng Khouang. Au début des années 80, je fis la connaissance à Paris du Père Yvon l’Hénoret, alors qu’il dirigeait le Centre Pastoral Laotien. Ce centre s’occupait des besoins spirituels des réfugiés laotiens catholiques dans toute la France. Le Père Yvon l’Hénoret, lui aussi Oblat, n’est autre que le neveu du martyr et il a lui-même longtemps été missionnaire au Laos, à Paksane. Vivant désormais en Bretagne dans une maison pour prêtres retraités des Oblats de Marie Immaculée, j’imagine la joie qu’il a dû ressentir lors de la béatification de son oncle martyr…

Toujours durant cette période tragique mais dans la province de Savannakhet, plus au sud, le Père Noël Ténaud, des Missions Etrangères de Paris, fut assassiné par les communistes, le 27 avril 1961, à Muang Phalane. Il était né en 1904 à Rocheservière, dans le diocèse de Luçon, en Vendée. Il devait incarner tout ce que le Viet Minh et son allié lao haïssaient. En effet, c’était un ancien militaire et un résistant qui avait courageusement combattu l’occupant japonais, en 1945.

Le Père Lucien Galen appartenait lui aussi aux MEP. Né en 1921 à Golinhac, dans le diocèse de Rodez, il tomba dans une embuscade de la guérilla communiste à une quinzaine de kilomètres de Paksé, le 12 mai 1968. Sa voiture ayant été mitraillée, grièvement blessé, il fut achevé à coups de poignard. Deux catéchistes l’accompagnaient. Le premier s’appelait Thomas Khampheane Inthirath. Il avait 16 ans et mourut sur le coup. Il est donc l’un des 17 martyrs du Laos. Le second fut blessé et laissé pour mort.

Le Père Joseph Boissel était un Oblat de Marie Immaculée originaire de Pontmain, dans l’archidiocèse de Rennes, où il naquit en 1909. Le 5 juillet 1969, il fut abattu d’une rafale de mitraillette près de Hat Let, un village de déplacés Khmou situé à une vingtaine de kilomètres de Paksane.

Les trois derniers martyrs sur lesquels je n’ai que très peu de détails étaient des laïcs laotiens. Il s’agit de Joseph Outhay Phongphumi, un catéchiste de 28 ans, tué en 1961, de Luc Sy, un catéchiste père de famille, tué en 1970, à l’âge de 32 ans, et de Maisam Pho Inpèng, lui aussi catéchiste et père de famille, également assassiné en 1970, à l’âge de 36 ans.

Vat Phathat Louang, Vientiane

La célébration de béatification de ces 17 martyrs du Laos, en décembre dernier, fut un temps fort pour la petite Eglise du Laos. Elle apporta la preuve que la situation s’était un peu améliorée, dans ce pays qui demeure l’un des cinq derniers Etats communistes de la planète. Un tel évènement eut été impensable il y a 20 ou 30 ans. Cependant, la vie des Chrétiens laotiens est toujours très compliquée. Ils doivent se montrer très discrets et sont souvent l’objet de mesures vexatoires, voire discriminatoires. D’autant que le régime communiste, en perte de repères idéologiques depuis la disparition de l’URSS, tente de flatter le sentiment national lao en promouvant le Bouddhisme. Car au Laos, Bouddhisme et nationalisme sont intimement liés. Un Laotien non bouddhiste est donc vu avec beaucoup de suspicion. Dans un tel contexte, la décision du Pape François de créer un cardinal laotien fut un signal très fort donné aux Catholiques du Laos ainsi qu’aux autorités de Vientiane. En effet, le 28 juin dernier, Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, vicaire apostolique de Paksé depuis l’an 2000, est devenu le premier cardinal laotien de l’histoire. Il est à noter que ce prélat, né en 1944, est issu de l’ethnie montagnarde khmou, celle-là même à laquelle le Bienheureux Jean Wauthier avait consacré sa vie, dans les années 50 et 60.

Hervé Cheuzeville, 1er août 2017

(Hervé Cheuzeville, est l’auteur de sept livres et de nombreux articles et chroniques. Son dernier ouvrage « Prêches dans le désert » est paru aux Editions Riqueti en mars 2017. Concernant le Laos, il a publié « Des Royaumes méconnus – 1. Royaumes d’Asie » chez Edilivre en 2015. Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina).

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