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Lettre d’Amazonie: récit autobiographique d’un jeune Enawenê Nawê

08/03/2022 – 10:06 | No Comment | 752 views

Le texte ci-dessous ainsi que les photos qui l’illustrent ne sont pas de moi. Il a été rédigé, en portugais, par un jeune homme Enawenê Nawê. Il s’appelle Iholalare. Aujourd’hui, il m’a envoyé son texte …

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Lettre d’Amazonie: récit autobiographique d’un jeune Enawenê Nawê

Submitted by on 08/03/2022 – 10:06 No Comment | 752 views

Le texte ci-dessous ainsi que les photos qui l’illustrent ne sont pas de moi. Il a été rédigé, en portugais, par un jeune homme Enawenê Nawê. Il s’appelle Iholalare. Aujourd’hui, il m’a envoyé son texte et je  l’ai traduit et  adapté en français. Les photos sont également de lui.

Histoire de Wayali Iholalare Saloma Kaholase  

Tout d’abord, je me présente: mon nom est Wayali Iholalare Saloma Kaholase.

Je suis né dans le village de Matokodakwa, mais j’ai grandi dans au village de Halataikwa. Je me suis toujours senti tellement bien au village. Les enfants amérindiens grandissent au village de manière très différente de celle des Blancs.

À l’âge de 4 ans, j’ai commencé à apprendre à nager à la rivière. Ma vie a n’a pas tellement changé durant mes jeunes années. J’ai  très vite appris à nager et, à l’âge de 6 ans j’ai commencé à être initié à la culture des Enawene-nawê, en particulier les rituels de notre peuple.  J’ai commencé à participer à ces rituels Enawene-nawê. J’ai beaucoup pratiqué la culture des Enawene-nawê. Je jouais de  nombreuses flûtes traditionnelles. Je faisais aussi l’apprentissage de la culture de mon peuple en accompagnant mon oncle dans la forêt ou dans la brousse pour chasser. Il m’apprenait à utiliser les flèches et l’arc. Je lui ai dit que je ne savais pas comment les utiliser. Cela me faisait beaucoup rire. La première fois que j’ai chassé les oiseaux, j’ai repéré deux aras bleus qui mangeaient des fruit buriti. Mon oncle a commencé à prendre une flèche et un arc, puis il a tiré et il touché un ara.  Je l’ai ramené à la maison. C’est ainsi que j’ai appris à utiliser l’arc et les flèches. Quand j’ai eu 10 ans, j’ai appris à accomplir les taches quotidiennes que font les Enawene-nawê. C’est ainsi que j’ai planté du manioc pour moi et pour toute la famille. Je grandissais et je participais déjà à plusieurs activités. Après mes 12 ans, j’appréciais beaucoup d’aller à la pêche pour me nourrir. Cela aussi était très important pour moi. Lorsque j’ai eu 14 ans, j’ai commencé à travailler avec mon père, au champ de maïs. Pour y arriver, il fallait marcher à pied sur une distance de six kilomètres. Je me souviens avoir dû abattre un arbre avec une hache, un couteau et une faucille.

Ensuite, j’ai fait la connaissance d’un Blanc. Je voulais vraiment voir la ville. Je n’étais encore jamais allé en ville, je ne savais pas que l’on y parlait portugais. Je voulais tellement voir la ville que j’ai demandé à mon père qu’il puisse m’emmener en ville pour la découvrir. Il y avait une un infirmier blanc qui vivait dans notre village. Il parlait la langue des Enawene-nawê. Il m’a expliqué que les Blancs étaient très différents des Amérindiens. Il me disait aussi que les maisons des Blancs étaient aussi très différentes de celles des Enawene-nawê.  J’ai pensé que je pourrais mieux apprendre la langue portugaise là-bas, et c’est devenu mon objectif.  J’ai demandé à l’infirmier de m’enseigner sa langue.  Il m’a dit que je l’aimerais beaucoup et il m’a donc appris à écrire sur un cahier des mots de vocabulaire et j’ai pu mettre en pratique mes nouvelles connaissance avec lui.  Puis j’ai commencé à apprendre à écrire les mots.  Peu à peu, je me suis mis à parler la langue portugaise.  Merci pour tout et bonjour à tout le monde dans tous les pays du monde!

Les enfants Enawene-nawê peuvent travailler à partir de 8 ans. C’est pour cela que tout le monde est costaud, ici! La règle est que les enfants du peuple Enawene-nawê enfants commencent à travailler aux champs à 8 ans afin de pouvoir être bien nourris. C’est ainsi que j’ai fait mon apprentissage de la vie, au sein de mon peuple indigène Enawene-nawê dans le nord-ouest de l’État du Mato Grosso, au Brésil.

À  15 ans, j’avais déjà commencé à étudier et j’apprenais à connaître la ville. Je n’aimais pas beaucoup vivre en ville. C’était très difficile pour moi, en ville, la vie y était tellement différente de celle que mènent les Amérindiens. J’ai vécu en ville et, jusqu’à maintenant, je ne m’y suis pas habitué. Je pense que dans l’avenir je parviendrai à m’y habituer. J’avais 16 ans, je suis resté en ville pour apprendre la langue portugaise.  Je l’aime beaucoup aujourd’hui, alors qu’autrefois je ne la parlais pas du tout.

Nous les Enawene-nawê nous sommes un peuple de 1270 personnes seulement, répartis dans les villages de Dolowikwa et de Kotakwinakwa. Nous n’avons pas d’écoles ici.  Sans écoles, nous avons donc besoin du soutien de gouvernements de pays pour construire une école au village de Dolowikwa. C’est extrêmement important pour le peuple Enawene-nawê.

Plus de 300 enfants non scolarisés n’ont toujours pas d’école, ils n’étudient pas. Cela prouve l’ampleur des problèmes du peuple Enawene-nawê, dans le Mato Grosso. C’est pour cela ce que j’aide les enfants qui étudient à la maison avec moi. J’enseigne chaque jour. C’est ce que font les élèves de mon village. Peu de ces enfants parlent la langue portugaise, nous avons besoin de parler cette langue. Beaucoup d’enfants ne la parlent pas.

Maintenant, j’ai 19 ans et je n’étudie toujours pas. J’ai pourtant encore tant à apprendre. Je veux parvenir à bien comprendre le portugais mais j’ai encore beaucoup de difficultés avec cette langue. S’il vous plaît, soutenez mon peuple Enawene-nawê pour construire l’école au village Dolowikwa. Beaucoup d’enfants sont ici sans scolarisation et je peux les soutenir. Vous pouvez me contacter à ces adresses électroniques:  iholalareenawene@gmail.com et hcheuzeville@gmail.com

J’enseigne toujours aux enfants, j’ai maintenant 25 élèves mais nous n’avons pas beaucoup de chaises ici au village. J’enseigne aux enfants à la maison. Mon partenaire Hervé Cheuzeville est toujours engagé avec moi pour diffuser mes photos dans tous les pays. Enfin, merci!  Je termine en vous remerciant!

Village de Dolowikwa,  le 8 de mars 2022. 

Wayali Iholalare Saloma Kaholase  

 

 

 

 

 

Traduction/adaptation en langue française: Hervé Cheuzeville

NDT: je précise qu’Iholalare est un photographe talentueux. Il fait même de très bonnes vidéos, qu’il diffuse sur YouTube. Il filme les rituels et les danses traditionnelles de son peuple. En agissant ainsi, il accompli, sans le savoir, un véritable travail d’ethnologie.

Les Enawenê Nawê sont un petit groupe ethnique autochtone de la grande forêt amazonienne, entré en contact avec le monde extérieur en 1974. Ils sont environ 1200 personnes, vivant dans un village traditionnel, constitué de grandes huttes collectives, dans l’État de Mato Grosso, au Brésil. Si l’État et diverses organisations sont intervenues pour améliorer les conditions de vie des Enawenê Nawê (construction d’une piste carrossable pour accéder à la ville de Vilhena, dispensaire), une véritable école n’a toujours pas été édifiée dans le village, malgré des promesses réitérées dans le passé. Cependant, 21 enseignants Enawenê Nawê tentent, depuis plus de dix ans, de prodiguer un enseignement de base aux centaines d’enfants et d’adolescents du village. Ils le font avec très peu de moyens, dans des abris précaires, ce qui rend leur travail très difficile du fait des abondantes précipitations. Ils manquent de tout: cahiers, stylos, crayons de couleur, papier, livres, craies. En coopération avec des enseignants Enawenê Nawê et à leur demande, j’ai décidé de créer une cagnotte en ligne pour récolter des fonds afin d’acheter à Vilhena du petit matériel scolaire ainsi que des tableaux blancs (et des marqueurs) ainsi qu’une vingtaine de cantines étanches en plastique (pour protéger les cahiers et les livres de la pluie). 3000 ou 4000 € permettraient de réaliser ce petit projet. L’argent déjà récolté a été envoyé et du matériel a déjà été acheté, mais c’est loin d’être suffisent! J’informerai les participants à ce projet avec un rapport d’exécution ainsi qu’avec des photos prises durant la réalisation de ce projet. Un grand merci d’avance, au nom des enfants et adolescents, filles et garçons, du peuple Enawenê Nawê !

Voici le lien de la cagnotte: Cagnotte : Une école pour les enfants Enawenê Nawê – Leetchi.com

Hervé Cheuzeville, 8 mars 2022.

 

 

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