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Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 215 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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L’indifférence et le mépris (suite)

Submitted by on 25/10/2015 – 12:03 One Comment | 1 778 views

DSCF2371Dans une précédente chronique intitulée « l’indifférence et le mépris », j’évoquais le silence de nos grands médias français au sujet des évènements du Burkina Faso. Je déplorais aussi que la visite officielle en France du président du plus important pays d’Afrique subsaharienne, le Nigéria, ait été totalement ignorée par ces mêmes grands médias. Aujourd’hui, me voici contraint de donner une suite à cette chronique, car l’indifférence et le mépris de nos grandes chaînes de télévisions et de nos principales stations de radio est plus que jamais de mise.

Qui, parmi mes lecteurs, a entendu parler de la visite d’État que le président Ibrahim Boubacar Keïta achève ce 23 octobre ? Il est possible que certains se posent même la question de savoir qui peut bien être cet Ibrahim Boubacar Keïta, surnommé « IBK » par ses amis et par ses adversaires. Cet homme est un francophone et francophile acharné, président d’un pays de près de 15 millions d’habitants, vaste comme deux fois et demi la France. Hier, Ibrahim Boubacar Keïta s’est rendu à Douaumont afin de rendre hommage aux 10 000 hommes de son pays morts pour la France durant le premier conflit mondial. Son grand-père faisait d’ailleurs partie de ces soldats tués dans une guerre qui ne les concernait pas, souvent conscrits de force et qui se sont retrouvés dans la boue glacée des tranchées pour défendre un pays dont ils ignoraient tout. En janvier 2013, des milliers de soldats français ont été envoyés pour secourir le pays dont Ibrahim Boubacar Keïta n’était pas encore le président et dont la moitié nord était tombée depuis de longs mois sous le joug de bandes armées terroristes. Ces groupes islamistes, non contents d’opprimer la population, de lapider les couples adultères et de couper les mains de voleurs (ou supposés tels) s’en étaient pris aux symboles les plus sacrés du pays : les mausolées, les mosquées et les manuscrits de Tombouctou, témoignages d’une grande civilisation des temps passés. L’intervention française avait pour but de stopper l’avance des colonnes de ces nouveaux barbares, qui tentaient de prendre le contrôle total du pays. Une fois cela fait, le nord fut libéré et un semblant de normalité y a été rétabli. Dix militaires français ont donné leur vie pour cette cause. Des élections présidentielles ont pu être organisées en juillet et août 2013, et Ibrahim Boubacar Keïta a été élu au second tour. En novembre et décembre de la même année, ce sont des élections législatives qui ont pu avoir lieu. Tenir des élections démocratiques dans un pays tout juste sorti d’un grave conflit constituait un véritable défi, défi qui a été relevé de manière exemplaire. Sans compter les militaires, plus de 7000 citoyens français sont installés dans ce pays. J’ajouterais enfin que 120 000 ressortissants de cette nation vivent en France, ce qui constitue la plus importante communauté originaire d’Afrique subsaharienne. Tous ces éléments démontrent l’importance des liens historiques, culturels, familiaux et stratégiques qui unissent la France et le Mali, puisque c’est de lui qu’il s’agit. Est-il alors normal que la visite d’État du président démocratiquement élu du Mali passe aussi inaperçue ? Ce silence médiatique ne s’apparente-t-il pas, une de fois de plus, à de l’indifférence et à du mépris ?

La fin de la campagne électorale en Tanzanie me donne l’occasion de citer un autre exemple de l’attitude de nos grands médias vis-à-vis de l’Afrique. Dimanche 25 octobre sera un jour d’élection présidentielle dans ce vaste pays d’Afrique de l’Est peuplé par près de 50 millions d’habitants. Alors que, bien souvent, les Français ne connaissent de l’Afrique que les tragédies, les épidémies et les massacres (et… les migrants), ne devrait-on pas mettre davantage en avant l’exemple donné par la Tanzanie ? Ce magnifique pays a définitivement tourné la page de l’époque du parti unique des lendemains de l’indépendance. Son père fondateur, Julius Nyerere, avait su donner un exemple lumineux à l’ensemble du continent en se retirant de son plein gré en 1985. Depuis le départ de Nyerere, tous ses successeurs se sont également retirés du pouvoir après avoir seulement effectué les deux mandats présidentiels de cinq années prescrits par la constitution: Ali Hassan Mwinyi, qui dirigea la Tanzanie de 1985 à 1995, puis Benjamin Mkapa, de 1995 à 2005 et enfin Jakaya Kikwete, dont le second mandat s’achève. Ce dimanche, John Pombe Magufuli, le candidat du CCM (1), le parti au pouvoir, actuel ministre des travaux publics, affrontera Edward Lowassa, le candidat de l’opposition, un ancien premier ministre. À l’heure où j’écris ces lignes, il est difficile de faire un pronostic, fait si rare dans un scrutin africain qu’il mérite d’être signalé. La stabilité politique remarquable que connaît la Tanzanie a permis au pays de décoller économiquement et d’attirer chaque année des millions de touristes qui semblent désormais bouder le Kenya voisin, du fait des troubles politiques et des attentats terroristes que ce pays a connu ces dernières années. Les Français sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à découvrir les grands espaces et les magnifiques parcs nationaux que compte la Tanzanie, ou à parcourir les ruelles de la Stone Town de Zanzibar, île aux épices chargée d’histoire et de culture.

Une autre élection présidentielle aura lieu ce dimanche. Nos grands médias s’intéresseront-ils plus à celle-ci qu’à celle de Tanzanie ? J’en doute fort, malheureusement. Comme le Mali, la Côte d’Ivoire sort d’une grave crise dont les dernières élections présidentielles, en 2010, ont constitué le paroxysme. Comme au Mali, la France s’était fortement impliquée, y compris militairement. Depuis, en cinq années, le pays s’est stabilisé, le développement et la croissance économique ont repris. Le président sortant Alassane Ouattara devra faire face, cette fois-ci, à 7 adversaires. Si tout se passe bien dimanche, cette élection présidentielle permettra de tourner définitivement la page noire des évènements qui ont divisé la Côte d’Ivoire de 1999 à 2010 et qui ont plongé le pays dans une véritable guerre civile. Comme avec le Mali, les liens qui unissent la France à la Côte d’Ivoire sont forts, anciens et multiples. 15 000 citoyens français, dont de nombreux chefs de petites et moyennes entreprises, y vivent, tandis que près de 100 000 Ivoiriens sont installés en France. L’élection de dimanche est donc loin d’être un évènement négligeable.

Comme d’habitude, Radio France Internationale et France 24 sont les exceptions qui confirment la règle. Tant la visite du président malien que les élections tanzanienne et ivoirienne y sont convenablement couvertes. Malheureusement, ces deux médias d’Etat sont peu suivis en France et leur audience est principalement… africaine. Les Français qui écoutent RFI ou qui regardent France 24 sont essentiellement les expatriés vivant en Afrique.
Dans quelques jours, nous aurons une pensée pour Ghislaine Dupont, cette remarquable journaliste de RFI, assassinée le 2 novembre 2013 avec le technicien Claude Verlon, au bord d’une piste du nord du Mali, près de Kidal. Ghislaine, que je connaissais bien, a parcouru le continent pendant des années afin qu’il soit mieux connu et mieux compris. Elle a consacré sa vie à cette cause et elle en est morte. Je suis certain qu’elle aussi serait révoltée par l’indifférence et le mépris affichés par la plupart des grands médias français à l’égard de l’Afrique qu’elle aimait tant.

Hervé Cheuzeville, 23 octobre 2015

Note:

(1) Chama Cha Mapinduzi, ou Parti de la Révolution.

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