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Rwanda: vingt-cinq années de mensonges

21/03/2018 – 9:22 | One Comment | 315 views

Mon nouveau livre, « Rwanda: vingt-cinq années de mensonges » vient de sortir aux Edizione Vincentello d’Istria, Bastia.
Comme chaque année, à l’approche des commémorations du génocide rwandais, début avril, de nouvelles accusations, pour ne pas dire de …

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Non, le Rwanda de Kagame n’est pas une terre d’accueil !

Submitted by on 04/03/2018 – 5:50 No Comment | 357 views

Camp de réfugiés congolais, Rwanda, 1996

Le bilan, tel que confirmé par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, fait désormais état de onze morts. Onze réfugiés congolais tués à Kibuye par la police rwandaise, jeudi 22 février, devant le sous-bureau de l’agence onusienne censée les protéger. Les victimes faisaient partie des deux mille manifestants venus du camp de réfugiés de Kiziba, distant d’une quinzaine de kilomètres. Ce camp est situé dans l’ouest du pays, dans le district de Karongi, dont Kibuye est le chef-lieu. Trois jours auparavant, ces réfugiés avaient entamé un « sit-in » devant le bureau du HCR depuis, afin de protester contre la réduction des rations alimentaires fournies par le Programme Alimentaire Mondial. En novembre 2017, le PAM avait déjà réduit la ration des réfugiés au Rwanda de 10 %. En janvier dernier, une nouvelle diminution est intervenue : 25 %, cette fois-là. Ces deux réductions successives ont été rendues nécessaires, selon le PAM, par le manque d’intérêt des bailleurs de fonds pour leur programme en faveur des réfugiés au Rwanda. Ledit programme, pour 2018, n’est financé qu’à hauteur de 2 % ! Cette année, le PAM a besoin de 98,8 millions de dollars pour nourrir les 173 000 réfugiés se trouvant au Rwanda. Parmi eux, 100 000 sont originaires de République Démocratique du Congo, alors que les autres sont venus du Burundi.

Qui sont ces réfugiés congolais ? Pour la plupart, ce sont des éleveurs tutsi dont certains ont fui le Kivu dès 1996. À l’époque, ils avaient été surnommés « Banyamulenge », du nom d’une localité du Sud-Kivu, Mulenge. Lors d’une mission au Rwanda, en septembre 1996, j’avais visité un camp de ces réfugiés congolais, près de Cyangugu. J’ignorais alors que j’assistais aux prémices d’un terrible conflit qui allait ravager le Zaïre et dont l’actuelle République Démocratique du Congo est loin de s’être remis !

Pour tenter de justifier le terrible bilan de la manifestation de Kibuye, les autorités rwandaises ont prétendu que la police avait été contrainte de faire usage de la force face à la violence des manifestants. Ce drame vient cependant confirmer une fois de plus que le régime de Kigali ne recule devant rien lorsqu’il s’agit de réprimer la contestation. Que l’on soit Rwandais ou étranger, la vie a bien peu de prix, au Rwanda. Les opposants, dans ce pays, sont soit morts, soit en prison. Ceux qui sont parvenus à fuir le pays ne sont pas pour autant à l’abri, car les sbires de Kagame peuvent les poursuivre, les enlever ou les éliminer, même très loin des frontières du Rwanda.

Or, c’est vers un tel pays qu’Israël tente d’expédier les migrants africains arrivés sur son sol au fil des ans, via la frontière terrestre avec l’Égypte. Entre 2013 et 2017, ce sont 4 120 Africains, principalement des Érythréens, des Soudanais et des Soudanais du Sud, qui ont été expédiés au Rwanda depuis Israël. Tous avaient accepté les 3 500 dollars par personne offerts par le gouvernement israélien. Ils avaient cru aux assurances qui leur avaient été données : la destination offerte était un pays sûr où ils pourraient facilement obtenir l’asile et travailler. D’après le HCR, parmi tous ces migrants ou demandeurs d’asile arrivés au Rwanda, seuls sept se trouvent encore dans le pays. Tous ont très vite déchanté, au pays des Mille Collines. Dès leur arrivée à l’aéroport de Kigali, ils ont été contraints de remettre leurs documents israéliens, sans pour autant recevoir un quelconque papier des autorités rwandaises. À certains, on a même pris l’argent qu’ils avaient reçu avant de quitter Israël. D’autres, parfois les mêmes, disent avoir été battus. À Kigali, ne parlant pas la langue locale, ces migrants ont rapidement compris qu’ils ne trouveraient pas de travail. Dans leur recherche d’un hypothétique logement, ils se sont honteusement exploiter, les propriétaires rwandais leur demandant de payer des loyers prohibitifs. Et surtout, ils ont dû faire face à une véritable persécution administrative et même policière. Certains ont été arrêtés et détenus à plusieurs reprises car ils n’avaient pas de papiers, les leurs ayant été confisqués à l’aéroport. Ils n’ont pas non plus pu obtenir l’asile politique. Des passeurs rwandais ont profité de l’aubaine pour leur extorquer de l’argent en leur proposant de leur faire traverser la frontière pour aller tenter leur chance dans un pays voisin, principalement l’Ouganda, où ils ont à nouveau dû faire face à des problèmes similaires. Certains sont malgré tout parvenus à gagner la Libye, où d’autres passeurs ont profité d’eux. Selon certaines sources, des migrants refoulés d’Israël et ayant fui le Rwanda se seraient même noyés en Méditerranée en tentant de gagner les rivages de l’Europe.

Le bilan de l’envoi par Israël de migrants africains au Rwanda est, pour le moins, humainement désastreux. Il est donc surprenant, pour ne pas dire choquant, de voir l’État hébreu vouloir relancer son programme d’expulsion vers le Rwanda. Le gouvernement israélien a récemment durci sa position en faisant voter une loi par la Knesset. Cette loi constitue un véritable ultimatum pour les 37 288 migrants africains encore dans le pays : soit ils acceptent un départ vers un « troisième pays » situé en Afrique (très probablement le Rwanda, peut être aussi l’Ouganda), soit ils seront emprisonnés à Saharonim, une prison située près de la frontière égyptienne. Nombre d’entre eux sont déjà internés au centre de semi-détention de Holot, dans le Néguev. Mardi 20 février, un premier groupe de 18 migrants a déjà été transféré de Holot à Saharonim. Le même jour, 750 autres ont entamés une grève de la faim afin de protester contre les plans du gouvernement israélien. Certains ont même déclaré qu’ils préféraient se retrouver en prison en Israël plutôt que d’être envoyés au Rwanda !

Israël est un État édifié sur la base de principes moraux. Un pays où un Président peut être amené à démissionner et même être envoyé en prison pour un comportement sexuel déplacé qui, ailleurs dans le monde, serait caché et ne ferait pas l’objet de poursuites. Un pays où plusieurs premiers ministres ont eu des ennuis judiciaires pour cause de corruption, alors que ce qui leur était reproché ferait sourire bien des dirigeants d’autres pays. Un de ces anciens premiers ministres a même été condamné et emprisonné, tandis que l’actuel est régulièrement interrogé par la police dans le cadre d’une affaire qui pourrait bien lui coûter son poste. Israël est aussi une nation de survivants dont le peuple a, de toute éternité fait l’objet des pires discriminations, des pires persécutions et même de tentatives d’extermination. D’un tel peuple, on ne devrait attendre que compréhension et sympathie pour tous les persécutés et tous les errants de notre temps. Je dirais même que le simple fait que des ressortissants de pays musulmans ennemis d’Israël, tels que le Soudan, considèrent l’État hébreu comme une terre d’asile est en soit un terrible désaveu pour ces pays et une preuve que cet État n’est pas aussi diabolique que ce qu’on a voulu leur faire croire depuis des décennies. Les autorités Israéliennes pourraient donc aisément utiliser la venue de ces gens comme une arme de propagande contre les pays qui cherchent à diaboliser leur nation. Malheureusement, Israël est aussi une nation comme une autre, avec en son sein des franges racistes et nationalistes qui redoutent de voir leur pays être submergé par des populations dont la culture et la religion leur sont étrangères. Beaucoup d’Israéliens juifs sont obsédés par la « bombe démographique » représentée par les Arabes d’Israël et ceux des territoires. Ils craignent que les Juifs se retrouvent minoritaires sur leur terre ancestrale. Ce sont ces peurs qui ont amené le gouvernement actuel à durcir sa position et à tenter de renvoyer les indésirables en Afrique. Des raisons stratégiques ont amené Israël à développer des relations avec des États subsahariens tels que le Rwanda et l’Ouganda. Kagame a aussi su habilement jouer sur l’évocation du génocide pour s’attirer la sympathie de certains milieux juifs, alors que ce qui s’est passé au Rwanda en 1990-1994 ne peut en aucun cas être comparé à la Shoah. Benjamin Netanyahou a donc trouvé en Paul Kagame un partenaire et un allié. Un allié intéressé, car en échange de l’acceptation de migrants refoulés d’Israël, le Rwanda a bénéficié d’aides économiques non négligeables. Ce sont toutes ces raisons qui expliquent la volonté du gouvernement israélien d’envoyer ses migrants africains dans ce petit pays de l’Afrique des Grands Lacs.

Cependant, nombre d’Israéliens se sont indignés des accords secrets entre Jérusalem et Kigali. Samedi 24 février, quinze mille d’entre eux ont manifesté à Tel Aviv contre la politique du gouvernement envers les migrants africains. « Non aux expulsions. Notre sang est le même. Ce qu’il faut c’est venir en aide aux quartiers défavorisés notamment dans le dans le sud de Tel Aviv » ont-ils scandé. Deux membres du Parlement israélien ont même tenté de se rendre au Rwanda afin d’enquêter sur les conditions d’accueil dans ce pays. Mais les autorités rwandaises ont refusé de les recevoir. Par ailleurs, dans une lettre adressée au ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, le conseil d’administration de l’Agence juive pour Israël lui a  instamment demandé « d’accorder un statut légal aux plus de cinq cents jeunes migrants arrivés en Israël il y a des années en tant que mineurs non accompagnés et qui ont été intégrés dans le système éducatif des villages de jeunes exploités par l’Agence juive et le ministère de l’éducation ».

Il est normal qu’Israël cherche à trouver une solution au problème posé par la présence de migrants économiques. Cependant, l’État hébreu s’honorerait en accueillant dignement ceux qui font l’objet de persécutions dans leurs pays d’origine.

Hervé Cheuzeville, 28 février 2018.

(Hervé Cheuzeville est l’auteur de sept livres et de nombreux articles et chroniques. Son dernier ouvrage « Prêches dans le désert » est paru aux Editions Riqueti en mars 2017. Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie).

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