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Le centenaire de l’Armistice et la Corse

08/11/2018 – 7:37 | No Comment | 174 views

Il existe à Bastia une immense place où les Bastiais aiment flâner ou se retrouver à la terrasse de l’un des nombreux établissements qui la bordent, pour le café ou l’apéritif, tandis que les touristes …

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Nouvel appel en faveur des enfants albinos d’Afrique

Submitted by on 10/08/2018 – 11:25 No Comment | 493 views

Kepe en 2017

Ce ne sont pas les tragédies qui manquent, en Afrique. Dans mes livres et mes articles, j’en ai déjà évoqué un certain nombre. Je fus le témoin direct de certaines d’entre elles : guerres, rébellions, famines, VIH/SIDA, enfants soldats, enfants accusés de sorcellerie, enfants victimes de mines antipersonnel. Aujourd’hui, je voudrais en évoquer une autre, qui m’a beaucoup touché. Il s’agit du sort réservé aux albinos dans de nombreux pays de l’Afrique sub-saharienne.

Il convient tout d’abord d’expliquer ce qu’est l’albinisme ? À l’origine, le nom d’« albinos » fut donné aux Africains « blancs » rencontrés par les navigateurs portugais, à l’époque de Vasco de Gama, lors d’escales sur les côtes d’Afrique. L’albinisme est une anomalie génétique due à une absence de mélanine, un pigment de la peau, des poils, des cheveux et des yeux. Cette anomalie peut se manifester sous plusieurs formes : l’albinisme partiel, ou oculaire, qui n’affecte que la vision, et l’albinisme total ou oculo-cutané, qui affecte les yeux, la peau et le système pileux. Les albinos ont une vision très déficiente. L’exposition à la lumière du soleil peut la détériorer encore plus et peut même amener la cécité totale. Elle peut aussi causer des maladies de peau pouvant évoluer en cancers. L’albinisme est une affection universelle dont l’incidence mondiale, toutes formes confondues, est d’environ un cas pour vingt-mille naissances, soit 0,005 % de la population humaine. Cependant, ce taux de prévalence est notablement plus élevé dans certains groupes humains, sans que l’on en connaisse la raison. Par exemple, il y a 3,5% d’albinos chez les Amérindiens d’ethnie Kuna, au Panama. Chez les Afro-américains, on compte un cas pour douze mille naissances. Dans l’archipel finlandais d’Åland, situé en mer Baltique, qui ne compte que 26 000 habitants, on trouve une proportion très élevée d’albinos. Les albinos se remarquent bien sûr davantage au sein des populations négroïdes. Ils sont plus exposés aux affections cutanées dans les pays chauds et de fort ensoleillement : il est évident qu’on se couvre moins en Afrique qu’à Åland, le soleil y brillant davantage, douze mois sur douze.

Malheureusement, dans certaines régions d’Afrique, les albinos subissent de nombreux préjudices à cause de traditions ou de superstitions ancestrales locales. Des médias internationaux ont rapporté, depuis quelques années, d’horribles affaires de meurtres ; des albinos tués parce qu’ils étaient albinos. Après leur meurtre, les victimes ont été atrocement mutilés, démembrés. Des morceaux de leur corps avaient en effet été « commandés » à des hommes de mains, dans le but de préparer des philtres, potions et autres gris-gris permettant soi-disant d’obtenir la réussite, la fortune ou l’amour.  Dans le nord-ouest de la Tanzanie, mais aussi au Burundi et dans la partie orientale de la RD Congo, des milliers d’albinos vivent dans la crainte d’être assassinés. Aux Jeux Paralympique de Rio de Janeiro de 2016 une athlète albinos a fait honneur à la France en remportant une médaille d’or. Il s’agissait de Nantenin Keita, fille du célèbre musicien et chanteur malien et albinos Sélif Keita.

L’auteur avec Emmanuel et Memory au Malaŵi en 2008

C’est au Malaŵi, un des pays qui compte le plus d’albinos, que j’ai réellement pris conscience de la triste situation des albinos. Dans ce petit pays où j’ai vécu et travaillé six années, on ne tue pas les albinos. Cependant, ils sont très marginalisés et la plupart d’entre eux vivent dans une grande pauvreté. Ils sont rarement instruits, les parents préférant scolariser leurs autres enfants. Quand ils ont la chance d’aller à l’école, les enfants albinos rencontrent de grandes difficultés. Parmi les 300 élèves de la petite école dont je m’occupais, en 2008-2009, nous avions deux albinos, Emmanuel et Memory, le frère et la sœur. Le garçon avait 12 ans et était en cinquième année primaire, tandis que la fille n’avait que 8 ans et était en seconde année. Elle peinait à apprendre à lire et à écrire. J’ai alors cherché à comprendre ce qui n’allait pas. Je me suis aperçu que de son banc, Memory ne voyait rien de ce que la maîtresse écrivait au tableau. Même à un mètre de celui-ci, elle éprouvait encore des difficultés. Il lui était impossible de fixer son regard. Ses yeux bougeaient dans tous les sens, sans pouvoir se poser sur quoi que ce soit ! J’ai alors accompagné elle le frère et la sœur chez un opticien allemand, à Lilongwe. Ce dernier leur fit faire des lunettes, tout en me prévenant qu’elles n’amélioreraient que très faiblement leur vision. J’ai dû prendre ensuite quelques autres mesures. Du Canada, on m’envoya une petite provision de crème solaire. J’ai expliqué à la grand-mère qui élevait Emmanuel et Memory l’importance de leur en faire une application quotidienne sur toutes les parties du corps exposées au soleil : chevilles, mains, cou, visage. Je les ai dispensés de l’uniforme porté par les autres élèves, c’est-à-dire un short ou une jupe et une chemisette. J’estimais qu’il était préférable qu’Emmanuel porte un pantalon long et sa sœur une jupe longue. Je me suis assuré aussi que des chemises à manches longues couvraient bien leurs bras. Enfin, je leur ai fait porter un chapeau rond à larges bords. J’ai demandé en plus qu’ils soient dispensés des rassemblements quotidiens en plein soleil et j’ai insisté pour qu’ils restent à l’ombre pendant les récréations. En classe, j’ai demandé qu’ils soient installés à un mètre du tableau. Les enseignants eurent quelques difficultés à accepter de telles dérogations à la discipline générale, j’ai dû leur expliquer le bien-fondé de tels arrangements. Emmanuel, qui avait rejoint notre école depuis peu, allait auparavant à l’école gouvernementale. Pour motiver son désir d’être scolarisé chez nous, il m’avait expliqué les problèmes auxquels il devait faire face quotidiennement dans son ancienne école : les brimades, les moqueries des camarades, les réflexions blessantes des enseignants, leur refus de tenir compte de sa mauvaise vue en le contraignant à s’asseoir loin du tableau. Tel avait été le lot quotidien de difficultés rencontrées par Emmanuel. Au fil des mois, je m’aperçus que ce garçon était un élève brillant et sensible. Il devint rapidement l’un des meilleurs élèves de sa classe.

J.P. Rossignol et Geoffrey Zigoma au Malaŵi en 2008

J’ai alors voulu agir en faveur des albinos, tant au sein de notre école qu’à l’échelon national. Je tentais de sensibiliser nos enseignants et les élèves. J’expliquais que les enfants albinos étaient des élèves comme les autres. J’avais été frappé de découvrir, tant au Malaŵi que dans les autres pays d’Afrique, la rareté, voire la quasi absence d’albinos âgés. Ce simple constat m’avait amené à réaliser que les albinos africains, d’une manière générale, avaient une espérance de vie très réduite. Dans la famille d’Emmanuel et de Memory, un enfant albinos était décédé peu de temps avant que je ne les connaisse. Or, avec des mesures simples, telles que celles que j’ai tenté d’appliquer dans notre école primaire, il est possible de prévenir la cécité et les maladies de peau qui évoluent en cancers. Dans cette action en faveur des albinos malawien, je me suis associé à une vedette de la chanson de ce pays. Geoffrey Zigoma était lui-même albinos et, grâce à son succès, il a beaucoup fait avancer la cause des albinos au Malaŵi. Depuis que j’ai quitté ce pays, j’ai continué à suivre l’évolution d’Emmanuel et de Memory. Tous deux poursuivent leurs études secondaires. J’ai malheureusement aussi appris le décès de Geoffrey Zigoma. Lorsque le gouvernement facilita enfin son transfert vers un hôpital indien, il était déjà trop tard pour stopper l’évolution de la maladie causée son albinisme. Geoffrey est donc mort seul, loin des siens, en Inde, alors qu’il n’avait qu’une trentaine d’années…

Les circonstances m’ont amené à croiser le chemin d’un autre enfant albinos. Il s’agit de Kepe, un jeune garçon de Bukavu, en République Démocratique du Congo. Voici cinq ans, cet enfant a été repéré par le Groupe Alliance, un groupe musical de jeunes Congolais que j’ai tenté de soutenir depuis 2005. Kepe a été intégré au sein du groupe, dans lequel il a pu s’épanouir. J’ai d’ailleurs pu faire sa connaissance lors de ma dernière visite à Bukavu en juin 2014. Le responsable du groupe, Jean-Paul Rossignol, a fait en sorte qu’il puisse étudier de manière régulière et assidue. En cette période de grandes vacances, il vient de m’envoyer un message depuis Bukavu, au sujet de Kepe, me demandant de le diffuser. Je luis cède donc la parole. Voici son message :

Il est parfois difficile de revenir de temps en temps sur la même histoire. Mais, nous finissons toujours par réaliser l’importance de la répétition de certaines histoires. Nous lançons aujourd’hui un nouvel appel à la générosité de tous pour un jeune garçon, victime de diverses exclusions sociales depuis sa naissance. Il s’agit encore une fois de l’histoire du jeune KIPUKA KAMWANA, appelé communément KEPE.

Avant même sa naissance, KEPE a été abandonné par son père. Il s’agissait d’un militaire qui avait connu sa mère alors que sa compagnie était de passage dans le village où vivait la mère de KEPE. Malgré ces circonstances malheureusement communes, dans l’est de la RD Congo, la mère alla jusqu’au terme de sa grossesse et c’est ainsi que naquit Kepe, le samedi 6 avril 2002, en l’absence d’un père qu’il ne connaîtra sans doute jamais.

Lorsque Kepe était âgé de deux ans, sa mère trouva un autre mari. Mais ce dernier refusa la présence de l’enfant. Craignant sans doute que son nouveau compagnon ne la quitte, elle confia l’enfant à sa propre mère. C’est cette femme qui prit soin de Kepe jusqu’au jour où nous firent sa connaissance, voici cinq ans déjà.

La grand-mère était désespérée lorsqu’elle prit contact avec notre petit groupe. Elle voulait que nous intervenions dans l’éducation de cet enfant dont la scolarité était très irrégulière, du fait du manque d’argent pour payer le « minerval[1] », l’uniforme et les fournitures. Nous avons donc pris l’initiative de faire quelque chose d’abord pour sauver l’année scolaire en cours et ensuite pour voir s’il pourrait étudier dans un cadre plus satisfaisant. La grand-mère était d’autant plus anxieuse que, très malade, elle savait probablement ses jours comptés. Elle décéda en 2016 et Kepe se retrouva presque seul au monde, sans soutien affectif familial.

Notre initiative en faveur de Kepe se poursuit jusqu’à présent. Nous profitons des grandes vacances pour tenter de récolter quelques fonds qui permettront à Kepe d’effectuer une nouvelle année scolaire dans de bonnes conditions. Durant l’année scolaire qui vient de s’achever, il a très bien travaillé dans ce que nous appelons au Congo la première classe du cycle d’orientation[2]. Il a terminé l’année troisième de sa classe avec un résultat de 69%. Ce résultat n’est pas seulement le fruit de ses efforts personnels. C’est aussi celui des contributions qui ont permis qu’il puisse étudier dans la sécurité et la tranquillité. Du début à la fin de l’année il n’a jamais été renvoyé pour cause de non-paiement du minerval, comme cela était souvent le cas autrefois. Il n’a jamais été absent et cela lui a permis de réaliser ce bon résultat.

J.P. Rossignol et Kepe en 2014

Nous lançons donc un nouvel appel pour l’année scolaire qui va commencer au début du mois de septembre. Durant cette année 2018 – 2019, Kepe va achever le cycle d’orientation et ainsi avoir la chance de choisir une option d’étude. Nous faisons une nouvelle fois appel à vous tous, amis proches et lointains. Ensemble, nous avons redonné la joie et le goût de la vie à ce garçon. Grand est son bonheur lorsqu’à chaque début d’année nous allons avec lui acheter des fournitures scolaires. Lorsqu’il voit qu’il a aussi tout ce que son école demande, il réalise que la vie, sa vie, a vraiment un sens. Avant que nous le rencontrions, il était persuadé que le monde était cruel. Aujourd’hui il pense le contraire grâce à ce que nous faisons pour lui chaque année, ensemble.

Je nous invite donc tous à continuer à soutenir l’éducation de Kepe. Je sais que nous sommes tous très sollicités par différentes causes. Mais nos contributions, aussi petites soient-elles, auront un impact certain sur la vie et l’avenir de Kepe.

Les personnes vivant en dehors de la République Démocratique du Congo désirant aider Kepe peuvent contacter Hervé Cheuzeville ou la Radio Salve Regina, à Bastia. Ceux qui sont en RDC peuvent appeler les numéros +243994373724 et +243858824175 ou écrire à l’adresse jeanpaulrossignol@yahoo.fr.

Nous vous garantissons que votre contribution sera entre de bonnes mains et qu’elle servira la cause à laquelle elle est destinée. Nous continuerons à vous tenir informés de l’évolution de Kepe tout au long de cette nouvelle année scolaire.

Merci et que Dieu vous bénisse.

Je joins ma voix à celle de Jean-Paul Rossignol pour demander à tous mes lecteurs de nous aider à continuer à assurer l’éducation du jeune Kepe. J’estime que cent-cinquante Euros seront suffisants pour couvrir ses besoins durant l’année scolaire 2018-2019. Je lance aussi un appel aux dons de crème solaire : tant Kepe qu’Emmanuel et Memory en ont un grand besoin. Ce produit est introuvable à Bukavu ou à Lilongwe !

Merci, aksante[3], zikomo[4] !

Hervé Cheuzeville, 10 août 2018.

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018) et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti,2017). Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie.

 

 

[1] Frais de scolarité, en français de Belgique (et donc en français de l’ex-Congo belge !)

[2] Équivalent de la classe de 6ème, en France.

[3] Merci en kiswahili, la langue véhiculaire de la partie orientale de la République Démocratique du Congo.

[4] Merci en chicheŵa, la principale langue nationale du Malaŵi.

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