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La Corse, une île en voie d’émancipation

01/12/2017 – 3:31 | No Comment | 119 views

En cette froide soirée du 30 novembre 2017, des milliers de personnes s’étaient rassemblées sous un immense chapiteau blanc, près de la plage de l’Arinella, à Bastia. Oui, il faisait bien froid, mais l’ambiance y …

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Oui, l’esclavagisme existe encore !

Submitted by on 28/11/2017 – 7:45 No Comment | 43 views

Le monde feint d’être horrifié par la vente d’êtres humains en Libye. Or, l’esclavagisme arabo-musulman n’est pas nouveau. Il débuta dès les premiers siècles de l’expansion islamique et s’est poursuivi jusqu’à nos jours dans des pays tels que la Mauritanie, le Soudan, voire même dans certains États du Golfe. Moi-même, j’ai évoqué cette terrible histoire de l’esclavagisme arabo-musulman dans le second tome de mes « Royaumes méconnus[1]« . Donc, bien avant les épouvantables images de CNN, ceux qui voulaient savoir savaient. Quant aux autres, ils préféraient ne pas savoir et continuer à s’indigner de la traite transatlantique qui, si elle fut épouvantable, abjecte,  appartient, elle, à un passé, certes honteux, mais bel et bien révolu !

Dans mon livre, j’évoquais, dans le 6ème et dernier chapitre, le sultanat du Ouaddaï, où j’ai vécu et travaillé plusieurs années. Ce sultanat, aujourd’hui partie intégrante du Tchad, connut un âge d’or, voici plusieurs siècles. Sa prospérité était basée, en particulier, sur le transit des caravanes d’esclaves. Voici ce que j’en disais, dans la partie du chapitre où je décrivais ces caravanes qui traversaient le sultanat et qui constituaient « un aspect d’un commerce honteux que l’on cherche à oublier, au Ouaddaï : la traite des esclaves. Ce n’est d’ailleurs pas qu’au Ouaddaï que l’on cherche à occulter cet ignoble commerce d’êtres humains. S’il est de bon ton de constamment rappeler le passé esclavagiste de l’Occident, il est très mal vu d’évoquer l’esclavagisme arabo-musulman. Pourtant, ce dernier dura bien plus longtemps, fit beaucoup plus de victimes que son équivalent européen et américain. De nombreux témoignages nous révèlent chaque jour que l’esclavage, même s’il a été officiellement aboli, perdure dans plusieurs pays du Sahel. Je pourrais citer, en particulier, le cas de la Mauritanie où cette question est toujours d’actualité. Dans ce pays, des activistes de la cause des esclaves ont même été arrêtés et emprisonnés pour avoir dénoncé cette pratique. Je n’hésiterais pas à évoquer le Soudan, où j’ai vécu, et où j’ai vu des esclaves. Au Sud-Soudan, j’ai reçu moult témoignages au sujet de ces terribles cavaliers arabes, qui, profitant de la guerre, effectuaient des raids meurtriers contre de paisibles communautés dinka, dans la région du Bahr el-Ghazal, tuant les hommes adultes et les vieillards et enlevant les jeunes femmes, les filles et les jeunes garçons. Ces malheureux étaient ensuite vendus dans les marchés de localités au Darfour ou au Kordofan, voire même à Kosti ou à Omdourman. Ces témoignages ne datent pas de l’époque du Dr Livingstone, mais des années 80 et 90 (du XXe siècle !)

L’esclavagisme arabo-musulman a débuté dès le VIIe siècle. Il a alimenté en esclaves, pendant plus d’un millénaire, toutes les contrées du Maghreb et l’Égypte, ainsi que les royaumes et émirats de la péninsule arabique et du Moyen-Orient. Bagdad, du temps de sa splendeur, comptait des milliers d’esclaves africains. Il s’agit là d’un passé véridique, mais d’un passé malheureusement occulté. Je me souviens de ma colère lorsque j’ai écouté le discours que le colonel Kadhafi prononça à la Conférence mondiale de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, organisée par l’UNESCO, qui se tint du 2 au 9 septembre 2001 à Durban, en Afrique du Sud. Cette conférence rassemblait des délégations venues de 170 pays. Dans sa violente diatribe, le dictateur libyen avait osé réclamer, au nom de l’Afrique, des excuses et le paiement de réparations par les États d’Occident, s’abstenant cependant de formuler la même demande au monde arabe ! Alors que lui-même dirigeait un pays, la Libye, qui fut longtemps la destination des caravanes d’esclaves transitant par le Ouaddaï ! Sans oublier que Tripoli servit pendant des siècles de repaires aux pirates arabes ou ottomans qui s’emparaient des navires de commerce européens avant de vendre équipages et passagers au marché aux esclaves de cette ville. Ou bien encore les razzias organisées sur les rivages de l’Europe du sud, durant lesquelles ces pirates venant de Tripoli pillaient, massacraient et surtout capturaient des hommes, des femmes et des enfants, toujours dans le but d’alimenter leur ignoble commerce d’êtres humains.

Le lecteur intéressé par ce passé « qui ne passe pas » pourra lire avec profit « Le génocide voilé », un livre de l’anthropologue et économiste franco-sénégalais Tidiane N’Diaye[2]. Cet auteur a effectué un admirable travail, documentant parfaitement ce terrible trafic. « Les Arabes ont razzié l’Afrique subsaharienne pendant treize siècles sans interruption », écrit-il, avant d’ajouter « la plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains ». Pour expliquer le silence qui entoure ce sujet, l’auteur évoque une « amnésie par solidarité religieuse », voulant dire par là que les Africains du Sahel, devenus musulmans depuis des siècles, éprouvent des difficultés à parler de la manière dont l’islam s’est propagé dans leurs contrées. Pendant des siècles, il y a eu des peuples africains, y compris au Ouaddaï, qui, au contact des commerçants et guerriers arabes, ont choisi d’adopter l’islam et de collaborer à leurs entreprises esclavagistes à l’encontre d’autres peuples africains, souvent leurs voisins, qui eux, avaient choisi de rester fidèles aux croyances traditionnelles. Ces derniers, victimes de véritables génocides, voyant les meilleurs des leurs enlevés, finirent, de guerre lasse, à se convertir également à la nouvelle religion.

Voilà la terrible vérité. Au Sahel, cohabitent les descendants de chasseurs d’esclaves et les descendants des victimes de ces chasseurs, ou encore ceux qui sont issus des innombrables viols commis durant les razzias esclavagistes. Tous sont musulmans et nombre d’entre eux ne savent rien, ou ne veulent rien savoir, de cet épouvantable passé. Il s’agit là d’un des plus grands tabous de l’Histoire de l’Afrique sahélienne.

Les caravanes d’esclaves s’arrêtaient et séjournaient au Ouaddaï pour des périodes plus ou moins longues. Il s’agissait de la dernière étape avant l’éprouvante traversée du désert, où tant d’esclaves allaient mourir de faim, de soif et d’épuisement. Si le commerce dit « triangulaire », avec la terrible traversée de l’Atlantique, dans des conditions inhumaines, était horrible, la marche d’hommes, de jeunes femmes et d’enfants entravés, à la merci de gardes cruels, pendant des semaines, par une chaleur écrasante, dans un environnement hostile, était tout aussi épouvantable. La seule différence est que les horreurs de ce commerce transatlantique sont encore bien présentes dans les esprits de nos contemporains, ceux des Antilles et de l’Amérique, mais aussi ceux de France métropolitaine. Ce honteux trafic d’êtres humains est également bien documenté, grâce aux registres tenus par les compagnies négrières propriétaires des navires. Ces dernières années, les manifestations de repentance, les commémorations, les inaugurations de musées, les publications de livres, les discours de politiciens se sont multipliés. On ne rappellera jamais assez cette période sordide de notre histoire commune. Par contre, aucune célébration, aucun musée, peu de livres, pas de repentance pour rappeler la mémoire de ces millions d’êtres humains contraints à effectuer cette horrible « longue marche » à travers le Sahara, et pour tous ceux qui y reposent sans sépulture. Toute évocation de ce passé sordide serait aussitôt suspectée d’« islamophobie ». Ce qui n’est nullement le cas dans mon propos : l’histoire, toute l’histoire, devrait être connue et apprise par les nouvelles générations européennes, américaines, arabes et africaines.

Le tri entre ce qui est de bon ton de mettre en avant et ce qu’il conviendrait d’effacer de la mémoire collective ne devrait plus s’effectuer. »

L’escalavage arabe vu par les Africains (fresque du Malawi)

La diffusion des images de CNN a causé une légitime indignation dans le monde, en particulier en Afrique. Cette indignation est légitime. Mais pourquoi a-t-il fallu attendre de voir des images pour s’indigner, alors qu’il suffisait d’ouvrir les yeux et les oreilles pour savoir que l’esclavagisme arabo-musulman est toujours bien vivant. Cet esclavagisme n’existe pas qu’en Libye, malheureusement. Ce ne sont pas seulement ces honteuses pratiques d’un autre âge qui sont scandaleuses. Ces dernières ne sont que le triste reflet d’un racisme ambiant, que je qualifierais de « culturel » qui existe, dans nombre de pays arabo-musulmans, à l’égard des habitants du sud du Sahara, qu’ils soient musulmans ou pas. Si le traitement des migrants subsahariens en Algérie ne fait pas la Une de nos grands médias, il est cependant terrible. Dans mon dernier livre « Prêches dans le désert[3] », je relatais, dans le dernier chapitre, l’agression au couteau dont furent victimes deux étudiantes et un étudiant congolais à Tunis, le 24 décembre 2016. Ce genre d’incident n’est malheureusement pas isolé. Il s’en est produit également au Maroc et en Algérie, sans parler, bien sûr, de la Libye où la disparition de l’État a donné libre cours à des manifestation de violence raciste à l’état brut. Évoquer ce racisme ne signifie pas que l’on cherche à minorer celui qui existe en France et dans le reste de l’Europe. Les sentiments racistes sont hélas universels. Mais, en Europe, les États se sont dotés d’un arsenal juridique pour réprimer et punir le racisme. Bien sûr, cela n’a pas permis de l’éradiquer. Mais au moins, il est combattu et il existe des associations très actives qui le dénoncent tous les jours. C’est loin d’être le cas dans les pays de la rive sud de la mer Méditerranée. Ces pays n’ont pas encore accepté de faire l’analyse de leur passé esclavagiste et ils font peu d’efforts pour criminaliser l’expression et les pratiques racistes. Espérons que le choc mondial causé par les images de CNN permettra de faire évoluer les mentalités et de mieux combattre l’esclavagisme qui n’appartient pas encore à un passé que l’on espérait définitivement révolu !

Hervé Cheuzeville, 27 novembre 2017.

(Hervé Cheuzeville est l’auteur de sept livres et de nombreux articles et chroniques. Son dernier ouvrage « Prêches dans le désert » est paru aux Editions Riqueti en mars 2017. Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie).

[1] Des Royaumes méconnus – 2. Royaumes d’Afrique, Edilivre 2016.

[2] « Le génocide voilé, enquête historique », par Tidiane N’Diaye, Editions Gallimard, 2008.

[3] Prêches dans le désert, Éditions Riqueti, 2017.

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