Mes Chroniques »

Burundi: 26ème anniversaire de l’assassinat d’un martyre de la démocratie

23/10/2019 – 5:34 | No Comment | 499 views

En ce 21 octobre, la vie semble s’est arrêtée, au Burundi. Comme chaque année, en ce jour férié, le pays s’est figé en souvenir de l’assassinat de Melchior Ndadaye[1], le premier président du pays, démocratiquement …

Read the full story »
Actualités
Histoire
Actualités
Tourisme
Corsica
Home » Histoire, Mes Chroniques, Tourisme

Réflexions politico-toponymiques: Birmanie, Burma ou Myanmar?

Submitted by on 17/08/2019 – 3:34 No Comment | 320 views

De plus en plus fréquemment, le nom de « Myanmar » est utilisé pour désigner ce grand pays d’Asie du Sud-Est, connu depuis des siècles, en Europe, sous celui de « Birmanie », en français, ou « Burma », en anglais. On retrouve la nouvelle appellation chez les voyagistes, dans les guides touristiques et bien sûr dans tous les documents officiels émanant du gouvernement birman, mais aussi dans d’autres, provenant, ceux-là, des agences des Nations Unies ou des ONG internationales. De même, dans les aéroports et sur les billets d’avion, Rangoun ou Rangoon ont complètement disparu pour laisser la place à « Yangon ».

Une petite mise au point toponymique s’impose donc. Cela fait des siècles que le nom de ce pays a été mentionné dans des documents européens, en particulier des documents jésuites ou encore dans des souvenirs de voyageurs portugais. « Birmanie » en français (ou « Burma » en anglais) dérive d’une transcription phonétique maladroite et erronée du nom de la principale ethnie du pays, celle dont la langue est le birman, et qui se nomme, dans cette langue, « bama » ( ဗမာ ). Mais les Birmans, dans leur langue, appellent leur pays « Mian Ma »  ( မြန်မာ ). Le dernier « a » de « Mian Ma est un « a » long.

En 1988, les militaires alors au pouvoir, après avoir écrasé dans le sang une révolution populaire, décrétèrent que le pays serait exclusivement connu, internationalement, sous le nom de  မြန်မာ, transcrit officiellement et de manière erronée en « Myanmar ». L’incongru « r » final, qui n’existe pas dans la version originale, en alphabet birman, a été ajouté afin de rendre le « a » long, selon la phonétique anglosaxonne (comme dans « car » ou « bar », en anglais). Ce qui fait que les locuteurs non anglophones ont tendance, croyant sans doute bien faire, à rouler le « r » final de « Myanmar », lequel « r », nous l’avons vu, n’existe pas en birman ! Ce changement officiel d’appellation s’explique par la volonté des généraux d’exalter le sentiment nationaliste des Birmans et de tenter de gagner ainsi une légitimité et un soutien populaires qu’ils n’avaient certainement pas.

J’ai beaucoup voyagé en Birmanie dans les années 80, avant ce changement d’appellation. À l’époque, la Birmanie était un pays très fermé et les touristes ne pouvaient obtenir qu’un visa pour un séjour de sept jours, avec obligation d’entrer dans le pays par l’aéroport de Rangoun uniquement. Après les évènements sanglants de 1988, je m’y suis même rendu illégalement, dans une zone contrôlée par la rébellion karenni[1]. Je suis entré dans le pays à bord d’une pirogue à moteur, en remontant une rivière depuis le pays voisin, la Thaïlande. J’y avais apporté des moustiquaires et des médicaments aux centaines d’étudiants birmans qui avaient fui la répression des militaires de Rangoun. J’avais tenté, à l’époque, d’alerter, en France et ailleurs, sur ce qui se passait en Birmanie, mais l’opinion publique ne semblait guère s’y intéresser. Tout naturellement, et par opposition à ce brutal régime militaire lié aux narcotrafiquants[2], je me suis toujours refusé, lorsque j’évoquais ce merveilleux pays en français ou en anglais, à parler de « Myanmar » ou de « Yangon ». J’ai continué à parler de Birmanie et de Rangoun (ou de Burma et de Rangoon, en anglais). Si je parlais le birman, ce qui n’est malheureusement pas le cas[3], j’utiliserais bien sûr le véritable nom du pays, à savoir မြန်မာ (Mian Ma).  Les Birmans ont un fort sentiment national. Ils sont fiers de leur brillante civilisation et de leur histoire millénaire. Au XIXe siècle, ils résistèrent farouchement à l’impérialisme britannique qui, pour les soumettre, eut à livrer trois guerres successives[4]. Lorsqu’ils arrivèrent enfin à leurs fins, les vainqueurs tentèrent d’éradiquer la nation birmane, allant jusqu’à intégrer le pays dans leur Empire des Indes. Je peux donc très bien comprendre le rejet de l’appellation « Burma », qui rappelle aux Birmans une époque d’humiliation. C’est sans doute pour cela que les Birmans de la nouvelle génération semblent uniquement utiliser le nom de Myanmar lorsqu’ils parlent, en anglais, de leur pays.

Pourrait-on imaginer un seul instant que le gouvernement d’Angela Merkel décrète du jour au lendemain que les francophones ne devraient plus utiliser le nom « Allemagne » et les anglophones le nom « Germany » et que seul « Deutschland » serait dorénavant autorisé ? Ou que les conseillers territoriaux de l’Assemblée de Corse décident que leur île serait désormais universellement connue sous son nom véritable, à savoir « Corsica » (cela conviendrait parfaitement aux anglophones, qui l’ont toujours appelée ainsi !) et que son nom français, « Corse », devrait être  à jamais banni. Si l’on devait appliquer cette logique birmane, pardon « myanmarienne », les Italiens ne pourraient plus séjourner à « Parigi », ils devraient le faire uniquement à Paris, et nous ne devrions plus passer de vacances en Espagne, mais en España !

Vous l’aurez compris, je persisterai envers et contre tout à évoquer la Birmanie, un pays extraordinairement attachant, où j’espère avoir la chance de me rendre à nouveau après 31 années d’absence.  Je continuerai donc à ne jamais mentionner le « Myanmar » !

Hervé Cheuzeville, 17 août 2019.

[1] Les Karenni sont une ethnie sino-tibétaine vivant dans l’État Kayah situé dans l’est de Birmanie et jouxtant la frontière du nord-ouest de la Thaïlande. La Birmanie est divisée en sept régions administratives dans la partie centrale, peuplée de Birmans de langue birmane, et en sept États périphériques, peuplés de minorités ethniques.

[2] La Birmanie est le deuxième producteur mondial d’opium, après l’Afghanistan. Il ne s’agit bien évidement pas d’une production légale, mais les généraux au pouvoir à l’époque étaient souvent accusés d’avoir partie liée avec les narcotrafiquants. Le pavot est cultivé dans des zones montagneuses reculées du nord du pays, peuplées par des minorités ethniques.

[3] Je me suis contenté d’étudier le thaï et le lao, à Langues O’ !

[4] En 1824 -1826, en 1852 et en 1885.

NB: le lecteur pourra lire un autre article d’Hervé Cheuzeville au sujet de la Birmanie, « Réflexions sur la Birmanie et sur le problème rohingya« , publié le 19 septembre 2017:  http://cheuzeville.net/reflexions-sur-la-birmanie-et-sur-le-probleme-rohingya/

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti, 2017). Il a en outre contribué à l’ouvrage collectif « Corses de la Diaspora », dirigé par le Professeur JP Castellani (Scudo Edition, 2018). En 2018, il a fondé les Edizione Vincentello d’Istria à Bastia. Il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ).

 

Leave a comment!

Add your comment below, or trackback from your own site. You can also subscribe to these comments via RSS.

Be nice. Keep it clean. Stay on topic. No spam.

You can use these tags:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

This is a Gravatar-enabled weblog. To get your own globally-recognized-avatar, please register at Gravatar.

JavaScript est actuellement désactivé. Afin de pouvoir poster un commentaire, s'il vous plaît contrôlez que les Cookies et JavaScript sont activés puis rechargez la page. Cliquez ici pour savoir comment activer JavaScript dans votre navigateur.