Mes Chroniques »

Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 207 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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Sauvons les couvents de Corse !

Submitted by on 26/07/2017 – 2:36 No Comment | 299 views

Le couvent d’Orezza se trouve non loin de l’entrée du village de Piedicroce, lorsque l’on arrive d’A Porta d’Ampugnani par la Départementale 71. On le découvre au détour d’un virage, sur le côté gauche de la route. Ou, plus exactement on découvre ce qu’il en reste : des ruines. D’abord l’ancienne église, sans toit et ouverte à tous vents, envahie par la végétation, dominée par un haut campanile baroque. Ce dernier, presque intact, semble en moins mauvais état que l’église, à l’intérieur de laquelle il reste çà et là quelques ornements en stuc, peints. Puis, sur le côté sud de l’édifice, on peut contempler les ruines du bâtiment conventuel. Des écriteaux interdisent l’accès au site, pour cause de danger. Au bord de la route, de grands panneaux multilingues et illustrés ont été installés à l’attention des visiteurs. L’histoire du lieu y est retracée. Une photo en noir et blanc, prise dans les années 30, est particulièrement frappante : elle prouve que le couvent était alors en relativement bon état.

A chacune de mes visites en ces lieux, je ressens la même émotion en contemplant silencieusement ces nobles ruines. Chaque fois, j’éprouve une colère froide à l’égard de ceux qui ont détruit ce couvent et envers les autres qui ont permis qu’il demeurât à l’état de ruines depuis des décennies. Comment a-t-on pu laisser à l’abandon ce haut lieu de l’Histoire de la Corse ? Le couvent d’Orezza fut fondé en 1485 par les frères Mineurs de l’Observance[1]. Les Franciscains y édifièrent l’église au XVIIe siècle. Elle est longue de 33 mètres et large de 11 mètres et elle est dotée de six chapelles.

C’est en ces lieux que le chanoine Orticoni et d’autres théologiens se réunirent pour débattre sur la légitimité de la révolte contre Gênes et qu’ils décrétèrent, le 20 avril 1731, que la cause des insurgés corses était « sainte et juste ». A une époque où, en Europe et ailleurs, les sujets devaient obéissance et fidélité à leurs souverains, le décret de ces religieux eut un grand retentissement en Corse et à l’extérieur de l’île. Il donna une légitimité à la révolte qui avait débuté moins de deux années auparavant. Ce fut le début de 40 années de gloire et de misère.

Quatre ans plus tard, c’est encore dans ce couvent que se réunit la consulte d’Orezza, du 6 au 8 janvier 1735. C’est cette assemblée qui élut Luigi Giafferi, Hyacinthe Paoli et André Ceccaldi comme Généraux de la Nation et qui prépara le texte de la première constitution corse, promulguée à Corti le 30 janvier suivant. Les représentants du peuple corse décidèrent également que le 8 décembre de chaque année, jour de l’Immaculée Conception, serait désormais la fête de la Nation, en l’honneur de la Vierge Marie, sous la protection de laquelle le Royaume de Corse fut placé. Depuis, l’hymne national et religieux de la Corse est le Dio vi Salvi Regina.

En juin 1751, une nouvelle consulte fut réunie au couvent d’Orezza. C’est elle qui élut Général de la Nation Ghjuvan’ Petru Gaffori.

Durant la Révolution Française, une dernière consulte se déroula au couvent, du 9 au 27 septembre 1790. Elle mit en place la nouvelle administration départementale et donna le pouvoir à Pasquale Paoli qui venait de rentrer d’exil. C’est à cette occasion que le Babbu fit la connaissance du jeune officier ambitieux qui allait changer le cours de l’histoire européenne, Napoléon Bonaparte.

On l’a vu, avant la Seconde Guerre Mondiale, le couvent n’était pas en ruines, même si, comme tant d’autres édifices religieux, il avait été saisi et vendu par l’Etat. Il abrita une gendarmerie jusqu’en 1934, année durant laquelle s’effondra la toiture. Malheureusement, il servit de dépôt de munitions à l’armée italienne durant l’occupation de l’île (1942-1943). Après le débarquement allié en Sicile, le renversement du Duce et la signature de l’armistice par le maréchal Badoglio le 8 septembre 1943, des combats éclatèrent entre les anciens partenaires allemands et italiens. Les troupes allemandes, également présentes en Corse, attaquèrent les positions italiennes. Ce fut hélas aussi le cas à Orezza et le couvent fut bombardé et détruit par l’explosion des munitions qui y étaient stockées.

Depuis la libération de la Corse en septembre-octobre 1943, rien n’a été fait pour sauvegarder et encore moins pour restaurer le couvent d’Orezza. Au risque de me mettre à dos les amateurs de ballon rond, je préférerais voir l’argent affluer pour sauver ce haut-lieu de l’Histoire corse plutôt que pour tenter de remettre à flots un club de football bien connu. Ce couvent est certainement davantage emblématique de la vraie Corse, de la Corse profonde, celle dont nous sommes fiers. Est-il admissible que cet édifice n’ait pas encore été classé Monument historique ? Un tel classement permettrait certainement de mobiliser des fond régionaux, nationaux et européens, ainsi que le mécénat.  Je pense aussi que l’Italie et l’Allemagne pourraient être mis à contribution, afin que ces deux pays aident à réparer un tant soit peu les dégâts qu’ils y ont commis, voici 74 années !

En Corse, le problème de l’abandon des couvents n’est malheureusement pas limité à Orezza. Non loin de là, le couvent Sant’ Antone de la Casabianca, au col Sant’ Antone, est lui aussi en ruines. Fondé en 1420, il a également abrité plusieurs consultes durant la Révolution corse du XVIIIe siècle. C’est durant l’une d’elles que Pasquale Paoli fut élu Général de la Nation, le 14 juillet 1755. Comme les autres couvents de Corse, il a souffert de la Révolution française et de ses conséquences. C’est en ce lieu que se réunissaient les insurgés de la Crucetta[2], en 1798. Il a ensuite été incendié et détruit sur ordre du Conventionnel Saliceti. Sans doute dans le souci d’effacer le souvenir paoliste, mais aussi par hargne antireligieuse, l’autorité laïque a procédé à l’installation du cimetière de Casabianca à l’intérieur même de l’église, rendant ainsi irréalisable tout projet de restauration.

Le même procédé a d’ailleurs été utilisé également au couvent San Francescu de la Pieve de Caccia, situé au col qui sépare les villages de Moltifau et de Castifau. Ce couvent avait été fondé en 1510 par Giovacchino, un religieux franciscain originaire de la localité aujourd’hui abandonnée de Sepula, proche des actuels villages de Moltifau et Castifau. En 1553, il fut une première fois détruit par les Génois, durant les guerres de Sampiero. Après cette période troublée, les bâtiments furent restaurés et agrandis et l’église reconsacrée, en 1569 ; on y vénérait les reliques de deux saints, San Grato et Santa Costanza qui étaient fêtés le 5 décembre. Dans ce couvent, comme dans les deux autres précédemment cités, se sont également déroulées des consultes, à l’époque de la Révolution corse.  C’est lors de l’une d’elles que fut élaborée la fameuse constitution paoline de 1755, qui fut ensuite promulguée à Corti. Après la défaite de Ponte-Novu, des troupes françaises s’y installèrent. En 1772, le gouverneur, Marbeuf, y fit siéger l’une des quatre juridictions d’exception créées par lui dans l’île. En 1782 est survenue une véritable catastrophe :  la voûte de l’église s’effondra pendant un office, tuant et blessant de nombreux fidèles. La Révolution française porta le coup de grâce à ce couvent historique en 1792, lorsqu’il fut mis à sac et démoli. Le mobilier de l’église et les objets d’art furent volés et dispersés dans les villages des environs tandis que les registres, les livres et les documents furent brûlés.  En 1793 eut lieu la vente de l’édifice, inclus dans les biens nationaux, et la commune de Castifau se porta acquéreur. C’est en 1824 que le conseil municipal de ce village pris la décision aberrante de transformer les ruines du couvent en cimetière communal. On poussa l’absurde jusqu’à vendre des concessions sur le parvis même de l’église. Aujourd’hui, le rare visiteur a la stupéfaction de découvrir un tombeau bloquant l’entrée principale de cet édifice religieux. A cause des risques d’effondrement, il est d’ailleurs interdit d’y pénétrer, même si l’on parvenait à se glisser derrière le tombeau. A Caccia comme à Casabianca, du fait de la présence du cimetière, il serait bien difficile de sauver ce magnifique couvent, même si l’argent et la bonne volonté politico-administrative étaient disponibles.

J’achèverai cette triste énumération avec l’ancien couvent des Récollets, érigé en 1624 et qui domine le village d’Omessa.  Désaffecté en 1789 et vendu comme bien national durant la Révolution française, il fut ensuite racheté par la famille Berlandi d’Omessa qui y vécut un certain temps. Dans les années 70, alors qu’il commençait à tomber en ruines, la municipalité d’Omessa l’acheta. Cette acquisition municipale ne changea malheureusement rien au triste sort de ce couvent. Abandonné, il continue à se détériorer du fait des intempéries mais aussi, et c’est proprement honteux, à cause des hommes. Certaines personnes sans scrupules utilisent en effet le couvent d’Omessa comme s’il s’agissait d’une carrière leur appartenant. Il n’est pas rare de voir des camions redescendre, chargés de pierres volées. Si rien n’est fait pour protéger ce site, un jour viendra où l’on n’apercevra plus les ruines de l’ancien couvent des Récollets, vieux de quatre siècles, sur les hauteurs du magnifique village d’Omessa.

Il existe cependant un exemple positif. Un exemple d’engagement intelligent de la part d’une commune corse en faveur de la sauvegarde d’un ancien couvent. Il s’agit de Pinu, sur la côte occidentale du Cap Corse. Ce magnifique village, qui ne compte plus que 145 habitants contre près de 600 à la fin du XIXe siècle, est composé de plusieurs hameaux accrochés à la montagne couverte de forêts de chênes verts et de maquis, qui plonge dans le bleu de la mer Méditerranée. L’un d’eux est ce que l’on appelle ici une « marine ». C’est-à-dire un hameau de pêcheurs, situé au bord de la mer.  Il comprend un groupe de vieilles maisons en pierre aux toits de lauzes, ainsi qu’un minuscule port, faisant face au vent du large et aux vagues souvent fortes. J’aime cet endroit sauvage, qui donne au visiteur l’impression d’être au bout du monde. Sur une éminence arrondie dominant le sud de ce hameau nommé Scalu, se trouve la tour San Francescu, une tour ronde partiellement ruinée, bâtie au XVIe siècle, à l’époque génoise. Elle assurait la surveillance de la mer autrefois infestée de pirates barbaresques. Juste en contrebas de la tour, un peu à l’écart du hameau, on découvre le couvent San Francescu.  Ce couvent franciscain fondé en 1495 a connu la même triste histoire que les quatre autres déjà évoqués. Vendu comme bien national durant la Révolution, il a fini, par être totalement abandonné, en 1972. Lui aussi risquait de tomber en ruines. La chapelle du couvent renferme une fresque, un chemin de croix, une chaire et des stalles du XVIIe siècle. Voici neuf ans, pour éviter qu’il ne tombe en de mauvaises mains, la municipalité de Pinu s’est portée acquéreur, tout en mobilisant des bienfaiteurs, tant dans la commune qu’à l’extérieur. Une souscription via la Fondation du Patrimoine a permis de réunir une somme s’élevant à 200 000 Euros. Cela a permis de réaliser 720 m² de couverture en lauzes. Ces travaux ont été réalisés par une entreprise locale, sous la supervision d’Alain-Charles Perrot, architecte-en-chef des Monuments Historiques. Il reste maintenant à trouver les fonds pour les travaux de menuiserie et la rénovation des façades. Le maire de Pinu, Francis Mazzotti, pense déjà à l’usage qui sera fait du couvent, une fois les travaux achevés. Il rêve d’y voir s’installer la Maison du Parc Marin du Cap Corse, nouvellement créé. Les bâtiments de 1300 m² avec vue sur la mer seraient l’endroit idéal, même si le petit hameau de Scalu est loin de tout centre urbain. Un tel développement contribuerait grandement à la revitalisation d’un milieu rural désertifié.

Il faut espérer que la Collectivité Territoriale de la Corse, en accord avec les communes concernées, saura se saisir rapidement de la question de ce patrimoine historique et religieux trop longtemps négligé, pour ne pas dire abandonné.  L’initiative de la commune de Pinu devrait être soutenu et elle pourrait servir d’exemple pour les autres. Il convient avant tout de sensibiliser les populations et de réunir toutes les bonnes volontés, en Corse et dans la diaspora, mais aussi à Paris et à Bruxelles afin de sauver ces couvents de Corse qui, nous l’avons vu, ont joué un rôle essentiel dans l’histoire insulaire.

La sauvegarde des anciens couvents et leur mise en valeur intelligente pourraient avoir d’utiles retombées, y compris économiques, touristiques et écologiques. Des emplois pourraient être créés. Ces actions pourraient aussi contribuer à lutter contre la désertification des zones rurales et à faciliter la lutte contre les incendies qui, chaque année, font des ravages, en Corse. Cette chronique, déjà trop longue, ne me permet pas de citer les autres, tous les autres, qui parsèment la Corse. Rien que dans le Cap Corse, on en dénombre 18, alors qu’ils sont 12 en Balagne, 4 dans le Nebbiu, 7 à Bastia, 12 en Castagniccia, 2 dans le Fium’ Orbu et 3 dans le centre. On en trouve également dans l’ouest et dans le sud de l’île. Ils sont autant de témoignages de l’épopée franciscaine dans notre île et de la foi de nos aïeux.

Hervé Cheuzeville, 25 juillet 2017 (mis à jour le 30 août 2017).

[1] Communément appelés « Observantins » (en Italien « soccolanti », c. à d. porteurs de socques). Ce sont des religieux de l’Ordre de Saint-François qui suivent la réforme instituée en 1368 par le bienheureux Paulet de Foligno. Le pape Léon X mit fin en 1517, par la bulle dite de paix et d’union, au différend entre les observantins et les conventuels qui troubla longtemps l’ordre des frères Mineurs, en donnant le pas aux premiers sur les seconds.

 

[2] Conjuration politico-religieuse ayant pour but la fin persécutions religieuses et la libération des citoyens emprisonnés. Elle avait adopté comme signe de reconnaissance une petite croix blanche cousue sur la baretta misgia. Leur chef était le vieux général Agostinu Giafferi (né en 1716), fils de Luigi Giafferi. Arrêté, il fut fusillé en public le 21 février 1798 sur la place Saint-Nicolas de Bastia, après avoir refusé l’assistance spirituelle d’un prêtre assermenté. Il avait 82 ans. Qu’il me soit permis de profiter de cette note pour suggérer à la municipalité de Bastia d’apposer, sur les lieux de son supplice une plaque en mémoire de ce valeureux vieillard ! Ce ne serait que justice puisque depuis des décennies, une rue « Conventionnel Saliceti », en plein centre de Bastia, porte le nom de celui qui le fit exécuter et qui ordonna la destruction du couvent Sant’ Antone de la Casabianca !

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