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De la repentance de la France en général, des Harkis en particulier…

08/10/2021 – 9:20 | No Comment | 32 views

D’une manière générale, je ne suis pas un adepte de la « repentance » des États. D’autant plus que, depuis quelques années, les demandes de repentance se sont multipliées et que, dans l’esprit de ceux qui les formulent, …

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Souvenirs africains doux et amers et appel à la solidarité

Submitted by on 04/09/2021 – 11:59 No Comment | 161 views

H. Cheuzeville et JP Rossignol, Sud-Kivu, 2014

Durant mes 24 années d’Afrique, j’ai accumulé les expériences les plus diverses. J’ai aussi découvert des contrées peu connues, loin des sentiers battus et des grands pôles touristiques. J’ai également acquis une solide expérience des agences de l’ONU, de leurs lourdes bureaucraties, de leur inefficacité, parfois, et aussi, hélas, de leur corruption interne. J’ai aussi exploré le monde des ONG internationales et j’ai pu observer de l’intérieur leur changement progressif de nature, de raison d’être: des organisations humanitaires qui devenaient peu à peu et de plus en plus des entreprises se faisant concurrence entre elles afin d’obtenir des financements de la part des organismes de coopération étatiques ou de groupes d’Etats, tels que l’Union européenne. J’ai participé à de grosses opérations internationales, telles que Lifeline Sudan en 1989 ou l’ONUMOZ en 1994-95. J’ai été le témoin de guerres, de coups d’État, de famines, d’exodes ou de retours de réfugiés, de haines tribales. Il m’est arrivé de prendre part à des fiascos, comme par exemple la démobilisation des enfants soldats congolais. J’ai constaté la corruption endémique de certains États africains que l’on qualifie parfois d’ « États faillis », où les fonctionnaires, les policiers et les militaires, n’étant pas ou peu payés, s’assurent des revenus en pressurant les populations, en leur extorquant des paiements indus pour les motifs les plus divers. J’ai connu le danger et l’insécurité. Si j’ai parfois rencontré des saints, j’ai aussi fait la connaissance d’individus diaboliques (qui n’étaient pas tous des Africains!) J’ai connu des chefs d’État, des ministres, des généraux, des chefs rebelles, des seigneurs de la guerre, mais aussi des religieux et des missionnaires, souvent héroïques. J’ai quelques fois été haï, calomnié et combattu, du fait de mes paroles imprudentes ou de mes actions et rapports dérangeants. La mort m’est parfois devenue familière, rythmée par tous les enterrements auxquels j’ai dû assister. Combien de collègues locaux avec lesquels j’ai travaillé sont-ils morts des suites du VIH/SIDA, par exemple ? Je ne saurais le dire. Je sais que les employés malawiens du bureau du PAM de Blantyre, avec lesquels j’ai travaillé quatre années durant, sont tous décédé depuis longtemps, comme le sont un certain nombre de ceux du bureau du PAM de Kampala, que j’ai côtoyé plusieurs années à la fin des années 90. Toutes ces expériences douces mais souvent amères ont certainement influé sur ma personnalité, sur mes rapports avec ceux qui m’entourent, sur ma façon de faire face aux événements ou à l’actualité. Et surtout, c’est tout cela qui m’a amené à l’écriture, d’abord pour témoigner et, ensuite, par désir, par besoin.

Les expériences vécues les plus importantes, celles qui m’ont durablement marqué, ce sont les expériences humaines, bien sûr. Les rencontres faites sur le terrain, les épreuves et les efforts partagés. Aujourd’hui, je souhaiterais évoquer deux ou trois souvenirs liés entre eux.

Danseurs du Groupe Alliance, Bukavu, 2005

D’abord, celui du « Groupe Alliance », une bande de jeunes garçons et de jeunes filles rencontré en 2005 à Bukavu, le chef-lieu de la province du Sud-Kivu, au bord du lac Kivu, en République démocratique du Congo. J’avais reçu une délégation de ce groupe dans mon bureau. Je dirigeais, à l’époque, les projets d’une ONG néerlandaise en faveur des enfants et des jeunes en difficultés. Les jeunes Congolais du Groupe Alliance me décrivirent leurs activités et leurs espoirs. Il s’agissait d’un groupe musical composé de garçons et de filles issus de quartiers populaires pauvres de la périphérie de Bukavu. Ils m’invitèrent à assister à l’une de leurs répétitions, dans une petite chapelle au sol en terre battue, perdue au milieu d’un quartier insalubre accroché aux flancs d’une colline couverte de bicoques abritant des familles nombreuses. Ce quartier surpeuplé, sans eau courante ni électricité, aurait pu être qualifié de bidonville. Je fus conquis par l’énergie déployée par ces jeunes, mais aussi par leur réel talent. Ils chantaient et ils dansaient, accompagnés du son d’instruments artisanaux et de tamtams. Les paroles de leurs chansons étaient en kiswahili et en français. Les thèmes abordés étaient ceux de la guerre et de la paix, de la violence et de la nécessaire réconciliation et de l’indispensable pardon, des élections, du VIH/SIDA et des moyens de s’en protéger. Quelques jours plus tard, je fus invité au concert qu’ils donnèrent dans une salle communale. Là encore, je fus frappé par l’enthousiasme de ces jeunes et en particulier par leur totale absence de trac, qu’ils soient chanteurs, musiciens ou danseurs. Au fil des jours et des semaines, mes relations avec le Groupe Alliance se développèrent. Ses responsables espéraient que l’ONG que je représentais pourrait financer leurs activités. Ce ne fut pas le cas, mais je parvins toutefois à obtenir quelques liquidités pour l’achat de deux guitares neuves, qui fit leur joie. L’un de ces jeunes me fit une impression durable. Il s’agissait d’un garçon de 16 ans, nommé Jean-Paul. Je

Danseurs du Groupe Alliance, Bukavu, 2005

remarquais très vite son talent, sa voix d’or et sa capacité à composer des chansons aux messages toujours percutants. Jusqu’aujourd’hui, je continue à avoir des relations suivies avec lui, malgré la distance qui nous sépare. Le garçon connu en 2005 a fait du chemin, depuis. Il a achevé de brillantes études et il enseigne dans des écoles de son quartier populaire. Mais il est toujours resté fidèle à ses engagements. Il est devenu le leader incontesté du Groupe Alliance, dont il compose les chansons, les paroles et la musique. Catholique engagé, il anime plusieurs chorales, dans son église paroissiale de Cahi, mais aussi à la cathédrale. Je l’ai revu plusieurs fois depuis mon départ de Bukavu en 2006. Nous devions nous retrouver en Ouganda voisin, puis au Malawi et même au Tchad. J’aurais bien aimé le faire venir en Corse pour un séjour durant lequel je rêvais de lui faire effectuer un stage dans d’un de nos excellents groupes locaux.  Mais de nos jours, l’obtention d’un visa Schengen est devenue quasi impossible pour un jeune homme congolais. J’ai donc dû renoncer à ce projet.

C’est avec Jean-Paul, connu sous le surnom que je lui avais donné en 2005, le « Rossignol de Bukavu« , que nous avons pu mener à bien certaines actions, comme celle qui a consisté à mettre à l’abri et à scolariser un jeune orphelin albinos, baptisé en avril dernier, et qui porte désormais le joli prénom d’Aubin, et dont je suis le parrain.

Aubin

Aujourd’hui, Jean-Paul « Rossignol » et moi-même faisons de nouveau appel à vous, amis lecteurs, pour que nous puissions continuer à payer la scolarité d’Aubin. Ce garçon albinos a été resocialisé, et il a progressé de manière spectaculaire depuis qu’il vit à l’abri, dans un milieu équilibré, sécurisé et aimant. Il a obtenu d’excellents résultats scolaires, et nous souhaiterions qu’il puisse au moins achever ses études secondaires dans de bonnes conditions.

Cette année, les écoliers et lycéens congolais n’auront pas de véritables grandes vacances. La crise du covid-19 et ses périodes répétées de confinement ayant beaucoup perturbé l’année scolaire 2020-2021, les autorités congolaises l’ont prolongée, tout en avançant la date de la rentrée pour l’année scolaire 2021-2022. C’est donc maintenant qu’Aubin a besoin de votre soutien, pour l’achat de son matériel scolaire, de son nouvel uniforme, ainsi que pour le paiement de ses frais de scolarité du premier trimestre. Vos dons peuvent m’être adressés, je les transmettrai. Pour ce faire, je n’ai pas d’autre choix que d’utiliser Western Union, comme le font tant de migrants de par le monde, pour envoyer de l’argent au pays. Pas plus tard qu’hier, j’ai ainsi envoyé 140 euros par ce biais. Cette somme comprenait les 100 euros reçus d’une personne que je n’ai jamais rencontrée mais qui a tenu à faire un nouveau un geste pour Aubin. Jean-Paul Rossignol et moi donnerons aux contributeurs des nouvelles régulières d’Aubin, en particulier au sujet de ses résultats scolaires.

Dans la version vidéo de ce texte, j’avais inclus un message audio de Jean-Paul Rossignol et un autre d’Aubin lui-même, qui, à présent, parvient à s’exprimer en français avec une certaine aisance. A la fin de la vidéo, on peut entendre une chanson composée par Jean-Paul Rossignol et enregistrée par le Groupe Alliance, voici quelques années. Avec les paroles simples de cette chanson, les jeunes de Bukavu tentaient de sensibiliser leurs compatriotes au sort injuste réservé aux albinos de leur pays, victimes de ségrégation, de marginalisation et parfois, hélas, de crimes sordides. Voici le lien de cette vidéo, postée sur ma chaîne YouTube: HervéTV n° 109 – souvenirs d’Afrique: le Groupe Alliance de Bukavu, le soutien aux enfants albinos – YouTube

Hervé Cheuzeville, 4 septembre 2021.

Hervé Cheuzeville est l’auteur de neuf livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Nouveaux Prêches dans le désert » (2020), « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (2018), deux livres publiés aux Éditions Vincentello d’Istria, )  et « Prêches dans le désert » (2017), publié aux Editions Riqueti, et réédité en 2020 par Vincentello d’Istria. Il a en outre contribué à l’ouvrage collectif « Corses de la Diaspora », dirigé par le Professeur JP Castellani (Scudo Édition, 2018). En 2018, il a fondé les Edizione Vincentello d’Istria à Bastia. Il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: Radio Salve Regina). Il est également possible de retrouver Hervé Cheuzeville sur sa chaîne YouTube, HervéTV:  https://www.youtube.com/channel/UCUbuhUdlJ5I2k5DfLVW73PA/videos

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