Mes Chroniques »

Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 215 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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Souvenirs peu ordinaires de la Grande Guerre

Submitted by on 14/11/2011 – 1:03 No Comment | 4 393 views

 

Hervé Cheuzeville et son grand-oncle Ghjuvan' Dumè

Ce petit récit n’est pas le mien. Il est celui que me fit Ghjuvan’ Dumè, l’un de mes grands oncles de Corse.

Lorsque la guerre éclata, en août 1914, il avait 24 ans. Il était sur le point d’achever son service militaire, qui durait alors trois ans.  L’année précédente, lors d’une trop courte permission dans l’île, il avait épousé Francesca. La déclaration de guerre fit qu’il ne put rentrer chez lui, au village, comme il l’espérait depuis des mois. En lieu et place de retour en Corse, il fut envoyé au front. Son expérience de la guerre fut de courte durée. La fulgurante offensive allemande fit de lui un prisonnier de guerre. Comme des milliers d’autres soldats, il fut envoyé dans un stalag, en Allemagne. Lui qui n’avait jamais quitté la Corse avant son service militaire, lui qui bataillait encore pour s’exprimer convenablement en français, il se retrouvait dans un immense camp de prisonniers de toutes nationalités, dans un pays dont il ne comprenait pas la gutturale langue.

Sur la dureté des conditions de vie, Ghjuvan’ Dumè était peu bavard. Les yeux brillants de fierté, il préférait nous conter l’histoire de la visite que fit Guillaume II dans son camp. Un jour, on fit se rassembler tous les prisonniers du camp. Ils durent se mettre en rang, sur l’immense esplanade servant de lieu de rassemblement, là où, chaque matin, on effectuait l’appel. Après une longue attente dans le froid, l’arrivée du cortège impérial fut annoncée. A sa descente de voiture, le Kaiser, en grand uniforme, fut accueilli par les autorités du camp. Puis, lentement, il se mit à passer les prisonniers en revue, escorté par des dizaines d’officiers allemands de haut rang. De temps en temps, il s’arrêtait devant un détenu, pour échanger quelques mots avec lui, lui posant des questions sur son origine. Soudain, il s’arrêta devant Ghjuvan’ Dumè.  « Et toi », lui dit-il en français, « d’où viens-tu ? » Pas décontenancé par l’impériale interrogation, mon oncle lui répondit qu’il venait de France. L’empereur lui demanda alors de quelle partie de France il était originaire. Quand il lui eu répondu qu’il venait de Corse, Guillaume II s’exclama : « Ah ! La Corse ! La patrie de Napoléon ! » Et, sur cette exclamation, il s’approcha de Ghjuvan’ Dumè et l’embrassa.

Histoire véridique ? Je n’en sais rien. Je sais seulement que je l’entendis bien des fois, racontée par ce vieil homme à la blanche moustache, avec toujours plus de détails. Ghjuvan’ Dumè dut attendre l’armistice du 11 novembre 1918 pour pouvoir enfin rentrer dans son île, dans son village, où l’attendait la tante Francesca. Sur ses années de captivité en Allemagne, il ne se lamentait jamais. Car, après une année pénible au stalag, il fut envoyé dans une ferme bavaroise, pour y travailler. La plupart des hommes allemands étant au front, des prisonniers de guerre étaient utilisés pour les travaux des champs. De ces années-là, dans la campagne allemande, mon oncle garda jusqu’au bout un bon souvenir. Il en parlait presque avec nostalgie. Ce fut, sans aucun doute, l’aventure de sa vie. Bien sûr, beaucoup d’autres n’eurent pas la « chance » de Ghjuvan’ Dumè. Je pense en particulier à d’autres grands oncles, François et Maurice, tués sur le front.

Il ne quitta plus guère la Corse. Trop âgé et père de famille nombreuse, il ne fut pas mobilisé en septembre 1939 pour ce qui, il ne le savait pas alors, serait la Seconde Guerre Mondiale. Il lutta cependant pour faire survivre ses enfants, sous la double occupation italienne et allemande. Après la guerre, il tenta cependant sa chance, comme beaucoup d’autres Corses, quelques années durant, en Tunisie, où l’un de ses fils était installé.

Je le revis une dernière fois en 1991, lors d’une visite au village, alors qu’il était presque centenaire. Il était assis sur la terrasse, des lunettes vissées sur le bout de son nez, concentré dans la lecture du quotidien régional, son occupation quotidienne. M’entendant arriver, il leva les yeux et, après que je l’eus embrassé, il me demanda, inquiet : « Alors, tu crois qu’il va s’en sortir, Gorbachev ? » Il venait de lire un article relatant le coup d’Etat à Moscou. A 99 ans passés, il se souciait de l’avenir de l’URSS et craignait, sans doute, un troisième conflit mondial !

Hervé Cheuzeville, 11 novembre 2011

(Auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale« , l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance« , Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé« , Editions Persée, 2010)

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