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Le centenaire de l’Armistice et la Corse

08/11/2018 – 7:37 | No Comment | 176 views

Il existe à Bastia une immense place où les Bastiais aiment flâner ou se retrouver à la terrasse de l’un des nombreux établissements qui la bordent, pour le café ou l’apéritif, tandis que les touristes …

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Stop à l’incivisme !

Submitted by on 18/08/2018 – 3:35 No Comment | 543 views

L’édito de « Bastiamag' »

Dans l’éditorial de la revue municipale « Bastiamag’ » de juillet-août, Pierre Savelli, Maire de Bastia, jette un gros pavé dans la mare. Il a osé s’en prendre à l’incivisme ambiant qui détruit notre environnement quotidien et nuit gravement à la qualité de notre vie, dans une ville coincée entre mer et montagne, une ville qui, pourtant, a tant à offrir, grâce à la beauté de son site et à la richesse de son histoire et de son patrimoine architectural.

Il ne se passe pas un jour sans que je ne sois contrarié par la vue de mégots de cigarettes dans l’escalier ou dans l’ascenseur de l’immeuble où je réside. Parfois, c’est même un paquet de cigarettes vide que je découvre, toujours dans l’escalier, dans l’ascenseur, dans le hall ou même dans les jardinières de fleurs qui embellissent l’entrée de l’immeuble. Je précise qu’il existe une corbeille à papier, dans le hall ! Mais pourquoi donc l’utiliser ? C’est tellement plus facile de jeter négligemment son paquet de cigarette vide à terre ! À quoi pense-t-il, le fumeur qui jette son mégot de cigarette sur le sol, dans le couloir ou dans l’escalier ? Est-il persuadé qu’un esclave docile et empressé passera derrière lui pour le ramasser ? L’esclavage a été officiellement aboli depuis 1848, me semble-t-il, et ni le syndic de l’immeuble ni la municipalité n’ont les moyens (ni l’obligation !) d’employer une personne à plein temps pour ramasser quotidiennement les détritus. Il m’arrive même de trouver, en ces mêmes lieux, des cannettes ou des bouteilles vides. L’autre jour, c’est un sac poubelle plein que j’ai découvert dans le hall, alors que des containers prévus à cet effet se trouvent à moins de cinquante mètres de l’entrée de l’immeuble ! Je précise que ce dernier est loin d’être un bâtiment sordide et que le quartier où il est situé n’est pas un quartier en déshérence.

Les encombrants du parking

Le parking de l’immeuble est quant à lui trop souvent encombré par… des encombrants, cuisinières, canapés, réfrigérateurs ou autres que d’aimables citoyens ont cru bon de déposer là, pour s’en débarrasser, alors que la déchetterie se trouve à moins d’un kilomètre ! Hier, j’ai eu la surprise de découvrir, sur ce parking, une cuvette de WC, complète avec sa chasse d’eau et sa tuyauterie.

Dans son éditorial, le maire évoque les déjections canines. Voilà encore un domaine où l’incivisme ne connaît plus de limites. Je n’ai pas de chien et je n’ai rien contre ces animaux, même si je ne suis pas convaincu qu’ils soient vraiment à leur place dans des appartements urbains, comme c’est trop souvent le cas. Mais si des citadins tiennent tant à garder un animal de compagnie en ville, il faudrait qu’ils en assument les responsabilités, toutes les responsabilités, y compris celles liées aux déjections de leurs compagnons à quatre pattes.

Défilé du Lancone

Malheureusement, l’incivisme est loin de se limiter aux villes. La campagne, la montagne et les plages ne sont pas épargnées. Non loin de Bastia, il est un lieu à la fois sauvage et grandiose que j’affectionne tout particulièrement. C’est le défilé du Lancone, cette gorge étroite reliant la côte orientale et l’étang de Biguglia au col de San Stefanu et au Nebbiu. En août de l’année dernière, ce splendide canyon fut ravagé par un violent et fulgurant incendie qui s’y est engouffré depuis Olmetta di Tuda, dans le Nebbiu, pour aller menacer le village de Biguglia, à l’autre extrémité, laissant derrière lui un spectacle de désolation de maquis et chênes-liège brûlés. Cet incendie, comme celui de Siscu à la même époque, fut certainement causé par un acte d’incivilité, que dis-je ? de stupidité et d’imbécilité d’individus sans foi ni loi.  Fort heureusement, les fortes pluies de l’hiver et du printemps ont permis au Lancone de reverdir. Miracle de la nature, les chênes-liège calcinés, que l’on croyait morts, ont repris vie. Seuls leurs troncs noircis témoignent encore de la tragédie de l’été dernier. J’emprunte souvent l’étroite Départementale 62 qui serpente à flanc de falaise. Lorsque j’y passe avec des visiteurs ne connaissant pas le Lancone, je ne manque jamais de m’arrêter à l’un des rares endroits où il est possible de garer une voiture. De cet endroit, on peut grimper sur un rocher qui surplombe le vide. Au fond, tout en bas, on aperçoit l’écume du Bevincu, qui dévale vers l’étang de Biguglia en formant de multiples vasques et autres rapides. En se retournant et en levant la tête, on reste muet d’admiration devant la falaise schisteuse qui nous domine. Cette paroi, sculptée par les éléments pendant des millions d’années, est d’une beauté incomparable. J’aime lire l’expression de surprise et d’ébahissement sur les visages des visiteurs que j’amène en cet endroit. Malheureusement, il m’arrive aussi d’avoir honte devant les traces évidentes de l’incivilité de certaines personnes qui n’hésitent pas à saccager un tel lieu. On peut y voir des carcasses rouillées de voitures jetées dans le ravin, en équilibre incertain depuis des années, retenues dans leur chute par des rochers ou des branchages. Il y a peu, c’est une autre voiture que l’on a brûlé à l’endroit où je stationne habituellement. On peut encore voir, sur le sol, la trace du véhicule calciné qui a fini par être enlevé. Dernièrement, au même endroit, j’ai constaté qu’un entrepreneur (sans doute) y avait vidé une benne de gravats provenant sans doute d’un chantier de construction… Et je ne mentionne même pas la saleté ordinaire : sachets de chips vides et autres détritus abandonnés après un piquenique en ce lieu magnifique.

grumeau de paraffine

Les plages de l’île ne sont pas épargnées par l’incivilité de certains. Le nombre de mégots – encore eux ! – qui les parsèment est tout simplement effarant. Certes, le littoral est aussi victime des courants qui y amènent les détritus jetés à l’eau par les navires et les yachts qui croisent au large. En juin dernier, les plages de la côte orientale ont été souillées par de la paraffine qui, s’étant solidifiée au contact de l’eau, formait d’infects grumeaux visqueux et collants rejetés par les vagues sur les plages. Qui donc à bien pu déverser de la paraffine dans la mer Tyrrhénienne ? Une actualité chassant l’autre et les plages concernées ayant été nettoyées, cette marée peu ragoutante semble avoir été un peu trop vite oubliée. Le coupable de ce crime écologique ne sera-t-il jamais identifié?

Qui sont les responsables de toutes ces agressions contre l’environnement, qu’il soit urbain ou rural ? Certains se hâteront de répondre : les touristes ! Certes, il existe, parmi les centaines de milliers de visiteurs qui déferlent chaque été sur notre île, des gens sales et sans éducation. Mais il y a aussi, je pense, une majorité de vacanciers conscients et civilisés, qui savent prendre soin de la nature, si fragile. Et ce ne sont pas les touristes qui déchargent des gravats de chantiers en pleine nature,ou qui se débarrassent de leurs vieilles voitures ! Ce ne sont pas non plus des vacanciers qui abandonnent des cuvettes de WC ou des réfrigérateurs sur un parking !

 

WC et bac à douche abandonnés sur le parking

Je suis par ailleurs conscient que le problème du traitement des déchets, en Corse, est ancien et qu’il demeure, à ce jour, non résolu. L’enfouissement, auquel ont eu trop longtemps recours les autorités de l’île, n’est pas une solution, surtout avec l’augmentation exponentielle de la quantité des déchets à traiter. La population s’est mobilisée, il y a quelques années, contre l’implantation d’incinérateurs. En ce domaine, je pense qu’il convient d’être attentif à l’évolution des technologies et aux progrès réalisés. Certains incinérateurs de nouvelle génération, établis ailleurs en Europe, n’ont rien à voir avec les usines polluantes dont nous n’avons pas voulu en Corse. Ces incinérateurs dernier cri produisent même de l’énergie qui est ensuite fournie à la ville voisine, réduisant ainsi sa dépendance envers d’autres sources d’énergie polluantes. Peut-être conviendrait-il de visiter les endroits où ce type d’incinérateurs a été installé et d’étudier leurs avantages et leurs inconvénients, calmement et sereinement, en dehors de tout esprit polémique et partisan. Une chose est certaine : il n’y a rien de pire que l’enfouissement des déchets qui, s’il se poursuit encore longtemps, ne pourra qu’avoir des effets néfastes sur les nappes phréatiques. N’oublions pas que la Corse est un véritable château d’eau géant. L’eau est une richesse que nous envient tous nos voisins insulaires, en Méditerranée. Je suis cependant entièrement d’accord avec le maire de Bastia en ce qui concerne le tri sélectif des déchets : dans ce domaine, en Corse, nous avons encore beaucoup de travail à faire. Les visiteurs que je reçois de Belgique ou d’autres contrées nord-européennes sont toujours effarés de constater notre retard en la matière. Cette une véritable révolution culturelle que nous devrons engager afin de faire évoluer les mentalités et changer nos habitudes.

Le maire de Bastia a conclu son édito avec un cinglant « Allora basta avà ! Stop à l’incivisme ! U campà inseme ghjè l’affare di tutti ! » Oui, le fameux « vivre ensemble » dont on nous rebat quotidiennement les oreilles à la radio et à la télévision, c’est vraiment l’affaire de tous. Que les fumeurs arrêtent de jeter à terre leurs mégots ou leurs paquets vides, que les propriétaires d’animaux de compagnie ramassent leurs déjections, que les citoyens fassent bon usage des déchetteries mises à leur disposition, que tout un chacun apprenne à respecter davantage la somptueuse nature que nous avons reçue en héritage et alors, peut-être, notre vie quotidienne deviendra-t-elle plus agréable.

Mégots dans la jardinière

Oui, je sais, l’incivilité que je dénonce dans cet article est loin d’être spécifique à la Corse. Elle est peut-être même pire ailleurs ! Les grandes villes françaises, en particulier certaines de leurs banlieues, sont souvent d’une saleté repoussante. Devant faire une conférence à Paris, il y a quelques temps, j’ai commis l’erreur de réserver une chambre dans un hôtel relativement bon marché, Porte de Saint-Ouen (moins cher, en tous cas, que les hôtels du centre). Sur le site où j’avais effectué ma réservation, cet hôtel figurait sur une liste d’établissements parisiens. Or, il se trouve en fait de l’autre côté du boulevard périphérique, c’est-à-dire sur le territoire de la commune de Saint-Ouen. La station de métro, elle, se trouve bien à Paris. Pour parcourir les cinq-cents mètres séparant la bouche de métro de l’entrée de l’hôtel, j’ai dû tirer ma valise sur un trottoir d’une saleté repoussante, recouvert d’immondices, en particulier sous le pont du périphérique, un endroit répugnant et puant. Le spectacle qui s’offrait à mes yeux n’avait rien à envier aux quartiers les plus sordides des grandes métropoles du « Tiers-Monde ». Lors d’un autre séjour sur le « Continent », à Toulouse cette fois-là, j’ai vu s’écraser au sol des sacs poubelles entiers (et remplis), balancés du cinquième ou du sixième étage d’une HLM du quartier Bagatelle.  Je suis donc parfaitement conscient que le problème de l’incivilité grandissante est général et qu’il traduit une inquiétante évolution des mœurs, au sein de notre société consumériste en perte de valeurs. Cependant, la Corse est cette île que les étrangers ont surnommé « Île de Beauté ». Cette terre, presque dépourvue d’industries polluantes, est un site naturel exceptionnel, incomparable. Cette nature grandiose, si elle est exploitée avec intelligence, mesure et respect, est et restera la principale ressource de la Corse, son principal attrait.  Pour que le peuple de cette île puisse construire son avenir sur sa terre, malgré toutes les embuches que le pouvoir central met sur son chemin, il faudrait que la nature soit préservée et que les villes, qui sont toutes de tailles raisonnables, soient attrayantes et propres. Je joins donc ma voix à celle du maire de Bastia afin que la Corse demeure digne du nom que lui avaient donné les Grecs de l’Antiquité : Kallysté, la plus belle.

Hervé Cheuzeville, 17 août 2018

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Edizione Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti,2017). Basé à Bastia, il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ). Depuis septembre 2017 il présente également une chronique mensuelle sur Radio Courtoisie. En 2018, il a participé à la création des Edizione Vincentello d’Istria à Bastia.

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