Mes Chroniques »

Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 215 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

Read the full story »
Actualités
Histoire
Actualités
Tourisme
Corsica
Home » Mes Chroniques

Sud-Soudan: silence, on tue! South Sudan: keep silent, killings are going on!

Submitted by on 14/07/2015 – 7:18 No Comment | 1 438 views

DSCF6716(see English version at the bottom of the page)

Je suis plus que jamais préoccupé par la situation au Sud-Soudan. Depuis décembre 2013, ce pays qui a célébré le 9 juillet le 4ème anniversaire de son indépendance, est plongé dans une atroce guerre civile dont nos grands médias font rarement état. Ayant vécu dans ce pays, mes pensées vont vers le peuple du Sud-Soudan, alors qu’il traverse à nouveau une période difficile de sa tumultueuse histoire. Le Sud-Soudan, qui n’était pas encore indépendant, fut le lieu de ma première expérience africaine, en 1989. J’y fus le témoin de la famine, du déplacement et de la guerre et ce fut une période de ma vie que je n’ai jamais pu oublier. Puis, dans les années 90, j’ai vécu aux côtés de jeunes du Sud-Soudan, en Ouganda. J’ai contribué à l’éducation de nombre d’entre eux. Leur espoir de rentrer au pays semblait alors très ténu, mais ils étaient tous, dans leur exil, assoiffés d’études et de connaissances. En les aidant à atteindre leur but, quelques personnes dévouées et moi-même, en Ouganda, nous avions le sentiment de contribuer modestement aux fondations d’une nouvelle et pacifique nation, d’où les graines de la haine tribale auraient été éliminées. J’ai passé l’année 2000 à Rumbek, petite localité du pays dinka, tenue par la SPLA, travaillant pour la branche allemande de l’Ordre de Malte. Je dirigeais un projet qui incluait un hôpital de campagne, lequel offrait des services chirurgicaux, chose unique dans toute la zone “libérée” du Sud-Soudan. J’y fis à nouveau l’expérience de la guerre et de la misère. Je passais une grande partie de mon temps à observer le ciel, afin de réparer l’arrivée d’avions venant du Nord pour larguer des bombes. Je voyais avec tristesse toute une génération privée d’éducation. Encore une fois, je fis tout mon possible pour apporter ma petite contribution. Je donnais un peu de mon temps à la petite école primaire tenue par la mission catholique. Mes efforts permirent aussi à quelques jeunes Sud-Soudanais de Rumbek et d’ailleurs d’être éduqués en Ouganda. Je devais superviser leurs études durant toute la première décennie du XXIe siècle. Je suis fier du succès de certains d’entre eux. Comme eux, j’étais plein d’espoir lorsque le traité de paix de Nairobi fut finalement signé, en 2005. Nous pensions tous que cela marquait le début d’une nouvelle ère, une ère de paix et de stabilité et, peut-être même, pourquoi pas, de démocratie.

En avril 2013, j’ai passé une dizaine de jours à Juba, la capitale du nouvel Etat indépendant. Ce que j’y vis m’inspira des sentiments mitigés. La ville connaissait une expansion rapide, des gens venus des quatre coins du monde s’y trouvaient, attirés par la possibilité de faire de l’argent rapidement, la corruption gangrenait tout. Des officiels peu instruits circulaient à bord d’énormes véhicules 4×4 luxueux et flambant neuf. La guerre, et même parfois le nettoyage ethnique, continuaient dans certaines parties du pays, en particulier dans l’Etat de Jonglei. J’eus aussi la tristesse de constater que certains des jeunes que j’avais contribué à éduquer étaient devenus arrogants, voire même ingrats. Personne n’était venu m’accueillir à l’aéroport, le jour de mon arrivée, et personne ne m’y accompagna, le jour de mon départ. Je me demandais, à l’époque, si le Sud-Soudan n’était pas mal parti. Malheureusement, ce qui s’est produit depuis décembre 2013 ne m’a aucunement surpris. La guerre, au Sud-Soudan, a commencé dès 1955. Elle ne s’est interrompue qu’une petite décennie, dans les années 70. Elle ne s’est pas achevée avec l’indépendance, en 2011. La démocratie et les droits de l’Homme n’y ont jamais été mis en pratique : la SPLA, comme j’en fus le témoin dans sa zone libérée en l’an 2000, n’a jamais été guidée par des principes démocratiques. La paix et la stabilité sont désormais un rêve oublié. Une cruelle guerre fratricide semble est en train de détruire cette nouvelle nation. Ses leaders se battent pour le pouvoir et pour le contrôle des richesses immenses générées par l’exploitation du pétrole. La haine tribale est à nouveau à l’ordre du jour. Une fois de plus, des centaines de milliers de Sud-Soudanais ont dû fuir les campagnes pour aller s’entasser dans des camps insalubres dans la périphérie des villes ou même à l’étranger. Des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents ont été raflés pour être transformés en « enfants soldats » au lieu de pouvoir aller à l’école pour préparer le futur de leur pays. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont été massacrés par la soldatesque, leur seul tort était d’appartenir au « mauvais » groupe ethnique. Ces horreurs sont le fait tant des rebelles de l’ancien vice-président Riek Machar que des soldats de l’armée loyale au président Salva Kiir, ou encore de groupes armés plus ou moins contrôlés par les uns ou par les autres. Pour décrire les massacres commis au Soudan-du-Sud, le terme de « génocide » a déjà été utilisé.

Les rares nouvelles qui proviennent du Sud-Soudan sont terriblement tristes. Tristes pour le peuple du Sud-Soudan, tristes à cause de tous ces espoirs envolés, tristes à cause de tout le temps et toute  l’énergie investis dans ce pays. Un miracle se produira-t-il? Le Sud-Soudan pourrait-il enfin être sauvé de la voracité de ses leaders assoiffés de pouvoir? Parviendra-t-il à sortir de cet abominable cycle de haine et de violences ? Alors que le plus jeune État de la planète célèbre le 4e anniversaire d’une indépendance durement acquise, j’avoue ne pas être optimiste.

Hervé Cheuzeville, 10 juillet 2015.

NB: une version abrégée de cet article est parue dans Boulevard Voltaire le 11 juillet 2015: http://www.bvoltaire.fr/hervecheuzeville/soudan-sud-silence-on-tue,189996

South Sudan: keep silent, killings are going on!

I am more and more worried about the situation in South Sudan. Since December 2013, the country, which celebrated its 4th anniversary of indipendence on 9th July, is sinking into an atrocious civil war which is hardly reported by international medias.  Having lived in South Sudan, my thoughts are with the people of that country as it is once again going through a very difficult period of its tumultuous history.   South Sudan is the place where I had my first African experience, back in 1989.  At the time, I witnessed hunger, displacement and war, and that’s a period of my life I will never forget.  Then, in the 90’s, I lived with young South Sudanese people, in Uganda.  I contributed toward the education of a number of them.  Their hopes of returning home were, by then, very slim, but they were all very eager to learn and to become educated.   By helping them to reach their goal, a few dedicated persons and myself had the feeling that we were contributing, in a small way, to the founding a new and peaceful nation, where the seeds of tribal hatred would have been eliminated.   I spent the year 2000 in Rumbek, a small town in Dinka land, held by the SPLA; there, I was working there for the German branch of the Order of Malta.  I was managing a project which included a field hospital offering surgical services, a real « luxury » in the liberated area of South Sudan.   Again, I experienced war and misery. During the year I spent there, I spent a fair amount of my time watching the sky, in order to detect planes coming from the North to drop bombs. With extreme sadness, I was seeing  an entire generation deprived of education. Once again, I tried to do my best to give a little contribution. I was giving some of my free time to a nearby Catholic primary school. Through my efforts, a few young South Sudanese from Rumbek and elsewhere succeeded in getting education in Uganda.  I supervised their studies during the first decade of the 21st century. I am very proud of a few of them. Like them, I felt full of hope when the peace treaty was at last signed in Nairobi, in 2005.   We all thought that the event marked the beginning of a new era, an era of peace and stability and, why not? democracy!  

In April 2013, I spent 10 days in Juba, capital city of the newly independent country. What I saw there left me with mixed feelings. The city was experiencing a rapid growth, people coming from all over the world were there, attracted by the prospect of making quick money, corruption was rife.  Half educated officials were cruising the streets in brand new huge luxury 4 wheel drive vehicles.  War, and even ethnic cleansing, was still going on in some parts of the country, particularly in Jonglei State.   I was sad to to see that some of the young people I had contributed to educate had become arrogant, ungrateful. Nobody came to the airport to welcome me the day I arrived, nobody went there to see me off the day I left.  At the time, I was wondering whether South Sudan was on the right track. Unfortunately, what happened since December 2013 did not come as a surprise to me.   War, in South Sudan, started as early as 1955. It only stopped for a small decade in the 70’s. It didn’t stop with independence, in 2011. Democracy and human rights have never become a reality: the SPLA was never guided by democratic principles, as I was able to see it during the year I spent in « liberated » territory, back in the year 2000.  Peace and stability are now a forgotten dream.  A cruel war between brothers is currently destroying this new nation.  Its leaders are fighting for power and for controlling the huge revenues generated by oil drilling.  Tribal hatred is again the order of the day. Once again, hundreds of thousands of  South Sudanese have had to flee their homes to seek relative safety in squalid camps in the cities peripheries or even in neighbouring countries.   Tens of thousands of children and adolescents have been rounded up to become soldiers, instead of being able to go to school to prepare a better future for their country.  Thousands of men, women and children are being  massacred by so called military, just because of their « wrong »  ethnic backgrounds.  Those horrors are being perpetrated by both the rebels of former vice-president  Riek Machar and by soldiers loyal to President Salva Kiir, or even by other armed groups more or less uncontrolled.  To describe the massacres taking place in South Sudan, one has to use a terrible word: genocide

The rare news coming out of South Sudan are extremely sad. Sad for the people of South Sudan, sad because of all those vanished hopes and dreams, sad because of all the time and energy which were invested in that country. Will a miracle happen?  Will South Sudan be saved from its power hungry leaders’ voracity? Will the country manage to get out of the abominable cycle of hatred and violence? As the newest country in the world celebrates its 4th anniversary of a hard won independence, I must admit that I am not optimistic.  

Hervé Cheuzeville, 10th July 2015.

NB: a shorter French version of this article was published on 11th July 2015 by « Boulevard Voltaire », a Paris based web magazine.

Leave a comment!

Add your comment below, or trackback from your own site. You can also subscribe to these comments via RSS.

Be nice. Keep it clean. Stay on topic. No spam.

You can use these tags:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

This is a Gravatar-enabled weblog. To get your own globally-recognized-avatar, please register at Gravatar.

JavaScript est actuellement désactivé. Afin de pouvoir poster un commentaire, s'il vous plaît contrôlez que les Cookies et JavaScript sont activés puis rechargez la page. Cliquez ici pour savoir comment activer JavaScript dans votre navigateur.