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Joyeux Noël !

07/11/2017 – 3:36 | No Comment | 179 views

Ma chronique d’aujourd’hui sera davantage une lettre ouverte qu’une véritable chronique. Cette lettre s’adresse à la municipalité de Bastia, ville d’où ces lignes sont écrites, mais aussi et très certainement à la plupart des municipalités …

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Ubu Roi… au Pays du Matin calme

Submitted by on 29/03/2016 – 12:07 No Comment | 1 849 views

Kim_Il-sungL’ignoble barbarie hitlérienne n’a duré « que » 12 années, mais elle a durablement marqué le peuple allemand et ceux des pays soumis par le fer et par le feu durant la Seconde Guerre Mondiale.

Le totalitarisme bolchévique a terrorisé les peuples de l’ancien empire russe pendant sept décennies, avec des « sommets » dans les massacres et les famines durant ses 36 premières années (1917-1953). Le stalinisme a également su profiter de la défaite du nazisme pour imposer sa domination aux pays de l’Europe centrale qui eurent à la subir pendant 45 ans. Cette longue nuit a profondément marqué des générations de Russes, d’Ouzbeks, de Kirghizes, d’Ukrainiens ainsi que des millions d’Est-Allemands, de Polonais ou de Bulgares.

Aussi épouvantables qu’aient été ces deux totalitarismes, ils ont fini par s’effondrer. Même à leur apogée, il existait des Allemands ou des Soviétiques qui résistaient et une grande partie de ces populations apparemment soumises n’était pas dupe. Ces peuples conservaient l’espoir de voir un jour le bout du tunnel. Ils avaient conscience que la liberté et la démocratie existaient ailleurs que chez eux, et de nombreux citoyens réussissaient à capter les radios étrangères, malgré les risques encourus.

La fin de la nuit, le bout du tunnel, près de 25 millions de Coréens ne savent sans doute même pas que cela puisse exister. Ils sont totalement soumis, comme l’ont été avant eux leurs parents et leurs grands-parents, à la plus absolue des dictatures communistes et ce, depuis 1945. Cela fait près de 71 ans que les Coréens du Nord sont asservis par le régime le plus totalitaire de tous les temps. De leur naissance à leur mort, ils subissent un contrôle total de leur vie et sont abreuvés par la propagande la plus permanente et la plus délirante qu’il soit permis d’imaginer. La République Populaire Démocratique de Corée n’appartient pas à notre monde. Elle constitue une planète isolée en dehors du concert des nations, un OVNI étatique comparable à nul autre. Enfin, elle est devenue la première monarchie héréditaire communiste, le dictateur actuel ayant succédé à son père qui lui-même avait remplacé son propre père, le fondateur de la dynastie Kim.

Pour tenter de comprendre le régime ubuesque de Pyongyang, il faut donc remonter à 1945 et à la défaite japonaise.  Staline attendit le 9 août de cette année-là pour entrer en guerre contre l’Empire du Soleil levant en lançant ses troupes à l’assaut de la Mandchourie occupée. Rappelons que c’est ce jour-là que les États-Unis lançaient leur seconde bombe atomique sur le Japon, à Nagasaki. La ville d’Hiroshima avait quant à elle reçu la première bombe le 6 août. Le moins que l’on puisse dire est donc que les Soviétiques ne prenaient pas beaucoup de risques en attaquant le Japon. Le 2 septembre suivant, le ministre des affaires étrangères japonais signait la capitulation de son pays à bord de l’USS Missouri, ancré dans la baie de Tokyo. Quarante ans plus tôt, en 1905, la Corée était devenue un protectorat japonais, avant d’être purement et simplement annexée en 1910, et d’être transformée en province de l’empire. Un accord entre les alliés vainqueurs du Japon prévoyait un partage de la péninsule en deux zones d’occupation : au sud du 38ème parallèle, les forces étasuniennes et, au nord, l’Armée Rouge.  Le 19 septembre 1945, un capitaine de l’Armée Rouge débarqua à Pyongyang, occupée par les Soviétiques. Cet officier se nommait Kim Il-sung et il était d’origine coréenne. De son vrai nom Kim Song-Ju, né en 1912, il était le fils d’un militant indépendantiste et communiste coréen. De son pays d’origine, il connaissait peu de choses, car il avait passé sa jeunesse en Mandchourie ; c’est dans cette région qu’il avait effectué l’essentiel de sa scolarité. Dès le début des années 30, il participa à la résistance antijaponaise dans son pays d’adoption. De 1931 à 1935, il fut commandant d’une division de la 2nde armée. En 1940, il devint même commandant de l’une des 3 armées de la résistance chinoise en Mandchourie. Pourchassée et décimée par les forces nippones, cette armée dut finalement se replier en URSS dès 1941. C’est à cette époque que Kim Il-sung intégra l’Armée Rouge et devint capitaine.

Peu après son arrivée à Pyongyang, Kim Il-sung fut placé par l’occupant à la tête du « Comité Provisoire du Peuple ». Puis, il créa l’Armée Populaire de Corée, toujours sous l’égide des parrains soviétiques. Les élections coréennes, prévues par les accords interalliés, n’eurent jamais lieu. À la suite de la proclamation de la République de Corée au sud de la péninsule, la République Populaire Démocratique de Corée fut établie au nord le 9 septembre 1948. Kim Il-sung en devint le premier ministre, avant de devenir vice-président du Parti des Travailleurs de Corée du Nord, fondé le 12 octobre suivant. L’année d’après, ce parti communiste fit fusion avec le Parti des Travailleurs de Corée du Sud pour former le Parti du Travail de Corée, dont Kim Il-sung devint le président. C’est Staline lui-même qui relut et corrigea la constitution de la nouvelle république, avant sa promulgation officielle. Les trois premières années de la République Populaire Démocratique virent le lancement de trois grands chantiers : la réforme agraire, la nationalisation des industries et l’alphabétisation de la population.

Il semblerait que ce soit Kim Il-sung qui prit, à la fin de 1949, la décision d’envahir la partie sud de la péninsule coréenne. Il reçut cependant l’aval de Joseph Staline. Rappelons qu’au même moment les communistes de Mao Tsé-toung l’emportaient en Chine face aux nationalistes de Tchang Kaï-chek, modifiant ainsi radicalement l’équilibre des forces en Extrême-Orient. L’offensive nord-coréenne fut déclenchée le 25 juin 1950. En moins de deux mois, tout le sud fut occupé, mis à part la zone de Busan, dans l’extrême sud-est. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies (boycotté, à l’époque, par l’URSS) autorisa une intervention militaire en Corée. La force onusienne constituée comptait des contingents venant de plus d’une vingtaine de pays (dont la France) mais 88% des 341 000 hommes engagés aux côtés des soldats sud-coréens venaient des États-Unis. C’est en septembre que fut lancée la contre-offensive qui permit de repousser les envahisseurs venus du nord. En octobre, Séoul était reprise. Quelques jours plus tard, les forces onusiennes entraient dans Pyongyang, d’où Kim Il-sung et son gouvernement avaient fui pour s’installer à Sinuiju, dans l’extrême nord, avant d’aller se réfugier en Chine. Mao ne pouvait pas rester sans réagir face à l’arrivée de troupes étasuniennes à proximité de la frontière chinoise. C’est le 25 octobre 1950 que débuta l’intervention de Pékin, avec la traversée de la rivière frontalière Yalou par l’Armée Populaire Chinoise. Selon la terminologie officielle, il ne s’agissait que de « volontaires » venus prêter main forte à leurs camarades coréens. En fait, la contre-offensive communiste fut essentiellement l’œuvre des forces chinoises, les hommes de Kim Il-sung ne jouant qu’un rôle marginal. Le fils de Mao faisait partie de ces troupes chinoises, et il fut d’ailleurs tué en Corée. En décembre, l’armée de Mao entra dans Pyongyang puis, en janvier 1951, dans Séoul. L’avancée chinoise fut stoppée en mars 1951 et les forces de l’ONU lancèrent aussitôt une nouvelle contre-offensive qui permit la libération de Séoul. Mais l’avance des troupes onusiennes fut bloquée au nord du 38ème parallèle. Après quelques nouvelles offensives et contre-offensives plus limitées, la guerre devint statique entre l’été 1951 et juillet 1953. Cependant, les États-Unis bombardèrent massivement la partie nord de la péninsule. Lorsque l’armistice fut finalement signé à Panmunjom, 3 millions et demi de Coréens (du nord et du sud) avaient perdu la vie dans le conflit. On sait maintenant que le monde a frôlé le déclenchement d’un conflit atomique, le général Mc Arthur voulant utiliser l’arme nucléaire contre la Chine. Il rêvait de « vitrifier » la frontière sino-coréenne. Fort heureusement, le président Truman s’opposa à ce projet fou. Une zone démilitarisée fut établie de chaque côté de la ligne de cessez-le-feu, le long du 38ème parallèle. C’est cette ligne qui continue encore à servir de frontière entre la République Populaire Démocratique de Corée, au nord, et la République de Corée, au sud. Cependant, aucun traité de paix ne fut jamais signé, et l’état de guerre continue à prévaloir.

La fin des hostilités permit à la Corée du Nord de se reconstruire rapidement, avec l’aide du bloc soviétique et de la Chine populaire. Déjà du temps de la colonisation japonaise, le nord était plus développé que le sud. Les Nippons y avaient créé des industries et développé des mines, tandis que le sud agricole végétait sous la domination de grands propriétaires terriens. Durant la fin des années 50 et pendant les années 60, la moitié nord de la péninsule connut une croissance supérieure à celle du sud. Longtemps, le régime de Pyongyang sut jouer de la rivalité entre l’URSS et la Chine populaire pour faire monter les enchères et recevoir toujours davantage d’aide des deux grandes puissances communistes. De grandes industries virent le jour et la terre fut collectivisée. Il semblerait que durant ses 15 ou 20 premières années, Kim Il-sung ait bénéficié d’un réel soutien populaire.  Son régime avait su reconstruire cette moitié de pays dévasté par la guerre, tout en améliorant le niveau de vie des Nord-Coréens. Cependant, la fin de la guerre froide et la disparition de l’Union Soviétique conduisirent à l’arrêt de l’aide venue de Moscou et des pays de l’ancien bloc communiste. Seule la Chine continuait à apporter son soutien à son petit voisin. En 1975, le sud avait rattrapé son retard et il commença à dépasser le nord.  La Corée  du Sud connaissait un remarquable développement économique qui transforma cette petite moitié de pays en nouveau dragon de l’Extrême-Orient, capable de rivaliser avec le voisin japonais. Dans les années 90, la croissance économique de la Corée du Nord devint négative et la population fut frappée par une terrible famine.

Au nord, Kim Il-sung régna jusqu’à sa mort, survenue le 8 juillet 1994. Au fil des ans, le culte de la personnalité était allé en se renforçant, le « Grand Leader » devenant une quasi divinité dans ce régime bannissant toutes les religions. Ce culte officiel, qui perdure jusqu’à aujourd’hui, malgré la disparition du « Président éternel[1] », tire son origine de deux sources : le stalinisme, bien sûr, mais aussi le respect confucéen traditionnel dû à l’autorité. L’idéologie officielle du régime établi par Kim Il-sung est bien entendu le marxisme-léninisme mais à la sauce nord-coréenne. Cette version a été nommée « Juche », abréviation du Coréen juche sasang, que l’on pourrait traduire par « pensée du sujet principal ». « Juche » est également le nom donné à un mouvement de taekwondo, le sport national coréen. Cette idéologie a pour objectif de régler le destin de chaque citoyen, d’établir une société sans classe, d’instaurer l’indépendance politique, l’autosuffisance économique et l’autonomie militaire. C’est du moins la définition officielle du « Juche », idéologie élaborée par Kim Il-sung et définie dans ses nombreux ouvrages. L’emblème officiel du Parti des Travailleurs de Corée est d’ailleurs différent de celui des autres partis communistes de par le monde : il représente trois outils au lieu de deux, le marteau, le pinceau et la faucille, symbolisant l’alliance des ouvriers, des intellectuels et des paysans.

Kim Il-sung avait su préparer sa succession, son choix s’étant porté sur nul autre que Kim Jong-il, son propre fils, né en 1941. La naissance de ce fils est entourée de mystère. L’hagiographie officielle voudrait qu’il soit né en 1942 (soit exactement trois décennies après son père) dans un maquis de la guérilla antijaponaise, sur le  Mont Paektu, une montagne sacrée qui est aussi le point culminant de la péninsule, sur la frontière chinoise. La vérité serait qu’il naquit en Sibérie en 1941, du temps où son père s’y était réfugié. Le choix du « Grand Leader » ne fut officialisé qu’en 1997, afin de respecter trois années de deuil. Cette année-là, Kim Jong-il devint secrétaire-général du parti et président du Comité de la Défense Nationale. L’année suivante, la constitution de la RPDC fut modifiée, un nouvel article énonçant que le président du Comité de la Défense Nationale serait désormais le « dirigeant suprême de la République Populaire Démocratique de Corée ». Le poste de président de la République serait quant à lui occupé par le président de l’Assemblée Populaire Suprême. On ne sait de Kim Jong-il que ce que la propagande veut bien nous révéler. Élève puis étudiant bien évidemment très brillant, il a obtenu, en 1964, un diplôme en économie politique de l’Université Kim Il-sung. Il a également suivi des cours d’anglais à Malte, où il a plusieurs fois passé des vacances, à l’invitation du premier ministre socialiste de l’époque, Dom Mintoff. En 1973, il entra au comité central du parti. Il occupa ensuite divers postes ministériels et joua un rôle important au sein des services secrets. Dès 1974, les observateurs occidentaux virent en lui le probable successeur de son père. Il serait responsable de l’organisation de l’attentat à la bombe de Rangoon qui coûta la vie à 17 officiels sud-coréens, lors d’une visite officielle en Birmanie, en 1983. L’attentat contre le vol de la Korean Airlines 858 du 29 novembre 1987 lui est aussi imputé (111 morts). En 1991, il est devenu commandant suprême de l’armée. Son accession au pouvoir, après la mort de Kim Il-sung, fut donc une grande première dans l’histoire du monde communiste : la succession héréditaire. Ni Staline, ni Mao, n’avaient songé à leurs fils pour leur succéder !

C’est sous le règne du « Cher dirigeant » Kim Jong-il que 200 000 Nord-Coréens périrent lors de la grande famine des années 1995-1999. Ce chiffre officiel est certainement très en dessous de la triste réalité. Certains allant jusqu’à évoquer deux millions de victimes ! Ce désastre avait plusieurs causes : des inondations catastrophiques, elles-mêmes probablement causées par la déforestation massive des années 80. Mais elle fut certainement aggravée par la politique gouvernementale, qui consistait à arracher la production des paysans pour la redistribuer ensuite. Or, l’armée étant la priorité du régime, on laissa les paysans mourir de faim. C’était l’époque où le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies ouvrit un bureau à Pyongyang et commença à acheminer des milliers de tonnes de vivres offerts par les pays occidentaux et par la Corée du Sud. De grandes ONG internationales furent également autorisées à apporter leur aide au pays. Mais ni le PAM ni ces organisations ne furent en mesure de contrôler l’utilisation de leur assistance, et de nombreuses rumeurs firent état de détournements de nourriture au profit de l’armée. Cette aide internationale permit cependant le début d’une ouverture relative du pays. C’est aussi, sans doute, cette situation catastrophique qui amena Kim Jong-il à amorcer des contacts avec le frère ennemi sud-coréen. En juin 2000 eut lieu à Pyongyang une rencontre historique entre le président sud-coréen Kim Dae-jung[2] et le dirigeant suprême Kim Jong-il.   Ce sommet fut suivi par un second, toujours à Pyongyang, en octobre 2007, avec le président sud-coréen Roh Moon-hyun. Des « zones économiques spéciales » accueillant les investissements étrangers (principalement sud-coréens) furent créées. Cependant, l’arrivée au pouvoir, à Washington, de George W. Bush porta un coup fatal au dégel avec la Corée du Nord. Dans son célèbre discours de 2002, le président étasunien accusa Pyongyang de faire partie d’un axe du mal. L’invasion de l’Irak acheva de convaincre Kim Jong-il que l’unique solution de prémunir la Corée du Nord d’une attaque US était d’accélérer le développement de l’arme atomique.  Le désastre économique ambiant n’a pas empêché le régime de Pyongyang de poursuivre et de développer la recherche nucléaire. Dès 1993, la Corée du Nord s’était retirée du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Le 9 octobre 2006 eut lieu le premier essai nucléaire nord-coréen, suivi par un second encore plus puissant, le 25 mai 2009. Parallèlement, Pyongyang procéda à la mise au point de lanceurs de longue portée qui permettraient, le cas échéant, d’être équipés de bombes atomiques. Les habitants de Séoul ou de Tokyo vivent depuis sous la menace du feu nucléaire du régime de Pyongyang.

Le système dynastique rouge s’est encore renforcé lorsque Kim Jong-il décéda des suites d’une crise cardiaque le 17 décembre 2011. C’est en effet son fils Kim Jong-un qui lui succéda. Notons cependant que le principe de primogéniture mâle ne semble pas avoir été retenu, dans la dynastie des Kim, puisque le nouveau dirigeant n’est que le troisième fils du « Cher Dirigeant » ! Que sait-on du nouveau souverain rouge ? Il est né le 8 janvier 1983 à Pyongyang. Là encore, l’hagiographie officielle semble avoir tenu à modifier son année de naissance, en affirmant que Kim Jong-un est né en 1982 afin d’établir une similitude avec le grand-père, né en 1912, et le père, officiellement né en 1942 ! En 1991, sa mère l’a emmené visiter le Tokyo Disneyland, munis de passeports brésiliens. Puis, en 1994, le jeune Kim a fait un premier voyage en Europe, avant d’y revenir en 1996, comme élève. Jusqu’en 1998, il a été scolarisé à l’International School of Berne, située à Günligen, en Suisse. Puis, de 1998 à l’an 2000, il a étudié l’École Publique de Liebefeld, dans le même pays. Il semblerait qu’il soit ensuite rentré à Pyongyang sans le moindre diplôme. Cela ne l’a pas empêché, en 2010, de devenir premier secrétaire du parti et général à quatre étoiles. C’est lui qui aurait donné l’ordre de torpiller le « Cheonan », un navire de la marine sud-coréenne, le 26 mars 2010, faisant 46 morts parmi les marins. Il est également tenu pour responsable du bombardement de l’île sud-coréenne de  Yeonpyeong du 23 novembre suivant qui fit 4 morts et de nombreux blessés. Ces deux agressions nord-coréennes causèrent un surcroit de tension entre les deux Corées. Le 30 décembre 2011, juste après la mort de son père, Kim Jong-un fut nommé commandant suprême de l’armée. Le 11 avril 2012, alors qu’il avait seulement 29 ans, il parvint aux fonctions suprêmes de secrétaire général du parti et de président du Comité de la Défense Nationale. En juillet de la même année, Kim Jong-un est devenu maréchal de l’armée populaire. Arrivé au pouvoir avec l’appui du clan familial, le jeune  dirigeant s’est rapidement affirmé, n’hésitant pas à faire exécuter son oncle Jang Song-taek (beau-frère de Kim Jong-il) en décembre 2013. L’horreur aurait même été poussée jusqu’à supprimer tous les enfants et petits-enfants et autres parents proches de  Jang Song-taek. Depuis, d’autres hauts responsables, y compris des militaires, ont été exécutés. Même le ministre de la Défense, Hyon Yong-chol, a subi ce sort, le 30 avril 2015, pour s’être endormi en présence de Kim Jong-un. En février dernier, c’est le chef d’état-major général Ri Yong-gil qui a été exécuté. Des détails sordides ont circulé sur les moyens utilisés pour tuer ces hauts responsables : on a évoqué l’utilisation de mitrailleuses lourdes, de mortiers et même de chiens !  Toutes ces exécutions semblent clairement indiquer que Kim Jong-un tente de consolider son pouvoir en liquidant tous ceux qui jouèrent un rôle dans sa fulgurante ascension.

Vis-à-vis du voisin sudiste, Kim Jong-un a multiplié les signes contradictoires. Dans son intervention télévisée du 1er janvier 2013 il n’a pas hésité à déclarer que « pour mettre fin à la division du pays et parvenir à sa réunification, il est important de cesser la confrontation entre le Nord et le Sud ». De trop rares et trop brèves rencontres ont été organisées – toujours en territoire nord-coréen – pour des familles séparées depuis la guerre de Corée. Les images de ces vieillards étreignant des fils ou des filles âgés sont toujours très émouvantes.  Cependant, chaque manœuvre militaire américano-sud-coréenne porte la paranoïa nord-coréenne à son comble, comme on l’a encore vu il y a peu, avec un Kim Jong-un menaçant son voisin – et les États-Unis – de guerre totale et même de bombardement atomique « aveugle ». Signalons que la Corée du Nord est le pays le plus militarisé au monde, avec un total de 9 495 000 hommes d’active, de réserve et de paramilitaires, pour une population de moins de 25 millions ! Convient-il de prendre au sérieux les menaces venues de Pyongyang, ou de les considérer comme de simples rodomontades nationalistes destinées au peuple de Corée du Nord ? On parlait autrefois de « kremlinologie » lorsqu’il s’agissait d’interpréter les signes venus de Moscou. Il est urgent de développer une science analogue, destinée à l’étude et l’analyse de l’irrationnel nord-coréen !

Le sort de la zone industrielle de Kaesong reflète parfaitement les relations en dents de scie entre les deux voisins coréens. Créée en 2002, cette région industrielle constitue l’une des trois régions économiques spéciales de la Corée du Nord. Elle est située en territoire nord-coréen, à 5 km de la zone démilitarisée et à environ 50 km au nord-ouest de Séoul. En 2012, 123 entreprises sud-coréennes y étaient installées, donnant du travail 50 000 citoyens nord-coréens et à environ 400 cadres sud-coréens qui franchissaient quotidiennement la ligne de démarcation. Le chiffre d’affaire de ces sociétés s’éleva, cette année-là, à 400 millions de dollars. Mais, en avril 2013, le régime de Pyongyang interdit l’accès du site aux Sud-Coréens avant d’annoncer qu’il en retirait tous les employés nord-coréens, provoquant ainsi la fermeture de cette zone économique spéciale. Après de longues négociations, le site put être rouvert en septembre. Mais il a été de nouveau fermé en février dernier, à la suite d’une nouvelle crise intercoréenne. Le 6 janvier 2016, la Corée du Nord avait en effet procédé à un nouvel essai nucléaire, faisant cette fois exploser une bombe à hydrogène. La Corée du Sud décida alors de se retirer de la zone, afin que les industries qui s’y trouvent ne servent pas à financer le développement nucléaire et balistique de son voisin nordiste. En conséquence, le 12 février, l’armée nord-coréenne a pris le contrôle des usines sud-coréennes de la zone. Autre signe de la tension croissante, le 16 mars, Otto Warmbier, un étudiant étasunien de 21 ans, a été condamné par la Cour suprême de Corée du Nord à 15 ans de travaux forcés pour crimes contre l’État. Son crime ? Avoir volé une affiche de propagande dans une zone réservée aux touristes dans son hôtel de Pyongyang ! Le jeune homme a reconnu avoir agi à la demande d’une Église méthodiste étasunienne avec les encouragements d’une société universitaire secrète en lien avec la CIA ! «Le but de ma mission était de porter atteinte aux motivations et à l’éthique de travail du peuple coréen », a-t-il ajouté durant ses aveux télévisés. Ce jeune homme était l’un des rares touristes à s’aventurer en Corée du Nord. Il y était venu avec un groupe organisé, à l’occasion du Nouvel An. Ce genre de tourisme est toujours parfaitement organisé et encadré par les autorités nord-coréennes, et les visiteurs ne peuvent sortir de leur hôtel réservé aux étrangers qu’accompagnés par des guides-surveillants omniprésents. Il ne peut être question de promenade individuelle et chaque sortie fait l’objet d’autorisations préalables[3]. Deux autres citoyens étasuniens sont actuellement détenus en Corée du Nord, ainsi qu’un pasteur canadien de 60 ans, condamné en février dernier à la prison à vie assortie de travaux forcés pour sédition.

Il est difficile, pour un non-Nord-Coréen, d’imaginer ce que peut être la vie dans cette moitié de péninsule. Une propagande omniprésente, insidieuse, depuis les premières leçons reçues au jardin d’enfants jusqu’à la mort. Une enfance et une jeunesse embrigadée avant un service militaire de dix ans pour les hommes[4] ; une télévision, une radio, des journaux presque entièrement consacrés à la gloire immortelle du Grand Leader, du Cher Leader et aux incomparables mérites du génial « Maréchal » ; une vie quotidienne bien réglée, où il ne faut jamais oublier de témoigner de son enthousiasme, de sa fidélité et de son amour pour le dirigeant suprême et pour les grandes avancées accomplies régulièrement, comme par exemple les nouvelles explosions atomiques ; une société où l’on ne peut se confier à personne, même en famille, où la liberté individuelle, l’esprit d’initiative et, pire, l’esprit critique ont été abolis depuis des décennies. Soulignons que cet État caserne vit totalement coupé du reste du monde. Les télévisions et radio étrangères y sont rigoureusement interdites et l’internet et la téléphonie mobile y sont pour ainsi dire inexistants. En dehors des fonctionnaires et des diplomates triés sur le volet qui voyagent hors du pays en missions officielles, l’immense majorité du peuple de Corée du Nord n’a jamais franchi les frontières. Les Nord-Coréens, abreuvés de propagande à longueur de journées, ignorent donc tout du reste du monde. On les persuade dès leur plus jeune âge que tous les peuples du monde se pâment d’admiration pour leur « Grand Leader » et pour les innombrables prouesses économiques, agricoles, industrielles et scientifiques de leur régime. Pourtant, dans cette moitié de pays ou un quart des revenus est destiné à l’armée, le PAM estime qu’un quart des enfants souffre de malnutrition. 25 000 Nord-Coréens sont parvenus, en courant des risques insensés, à gagner la Corée du Sud en passant par la Chine. Dans ce dernier pays, des centaines de milliers de Nord-Coréens vivraient dans la clandestinité et se feraient honteusement exploiter par des employeurs chinois dans la région frontalière. La différence entre le nord et le sud de la péninsule est devenu gigantesque. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder une photo satellitaire de la Corée, prise de nuit : le sud scintille de lumières, tandis que le nord est plongé dans l’obscurité. La Corée du Sud est aujourd’hui un pays développé et il est même la 13ème économie mondiale. Le niveau de vie sud-coréen serait à présent 40 fois supérieur à celui du nord.   Depuis 1987, la Corée du Sud est un État démocratique avec une société civile florissante et une vie culturelle intense[5]. Les 49 millions de Sud-Coréens vivent dans un monde radicalement différent de celui de leurs 25 millions de compatriotes qui ont l’infortune de vivre au nord. Pourtant, Séoul, la prospère capitale de Corée du Sud,  n’est qu’à 45 kilomètres cet autre monde!

Dans cet univers ubuesque, il existe pourtant des endroits pires que tout le reste. Il s’agit des immenses camps de concentration où survivent dans des conditions épouvantables des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. La preuve de l’existence de ces camps a été apportée par des photos satellitaires et par de trop rares témoignages. Le témoignage le plus épouvantable, le plus accablant qu’il m’ait été donné de lire est celui de Shin Dong-hyuk, la seule personne connue à être née dans un camp de concentration et à avoir réussi à s’en évader. Pour tenter d’imaginer l’inimaginable, il faut absolument lire « Rescapé du camp 14» [6], le récit de ce jeune Nord-Coréen, recueilli par le journaliste Blaine Harden. Selon des estimations onusiennes, plus de 200 000 personnes seraient détenues dans le goulag nord-coréen, réduites à l’état d’esclaves corvéables et exploitables à merci, travaillant dans des mines ou des usines 19 ou 20 heures par jour, très peu et très mal nourris, peu et mal vêtus malgré le redoutable hiver coréen durant lequel la température peut chuter jusqu’à – 40°. Nombre de ces prisonniers sont détenus pour leurs croyances religieuses, le régime nord-coréen ne tolérant aucun culte en dehors de celui rendu à ses trois incomparables dirigeants.

Kim Jong-un parviendra-t-il à demeurer encore longtemps au pouvoir et, pire, à transmettre le trône de son « royaume ermite »  à un rejeton de la dynastie des Kim ? La réponse à cette question se trouve certainement à Pékin. Les dirigeants chinois n’ont sans doute aucune envie de permettre une réunification de la péninsule qui ne pourrait se faire qu’à leurs dépens, car elle permettrait l’émergence d’une puissance économique rivale, alliée des USA. En outre, la possibilité que l’armée des États-Unis, massivement présente au sud, puisse un jour, à la faveur d’une éventuelle réunification, camper sur les rives du fleuve Yalou, qui délimite la frontière sino-coréenne, n’a rien de séduisant pour le pouvoir chinois. Nul ne doute que Pékin ne préfère pour le moment le maintien du statu quo, quitte à tenter de limiter en sous-main les excès du régime de Pyongyang.

La dynastie Kim risque donc de continuer encore longtemps à régner sur une moitié du Pays du matin calme et à maintenir 25 millions de Coréens dans l’isolement, la misère et l’oppression.

Hervé Cheuzeville

Cet article est d’abord paru en deux parties dans « Vexilla Galliae » les 24 et 25 mars http://www.vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/1876-ubu-roi-au-pays-du-matin-calme-1 et http://www.vexilla-galliae.fr/actualites/europe-international/1877-ubu-roi-au-pays-du-matin-calme-2


[1] Titre décerné par les autorités à Kim Il-sung après son décès.

[2] Kim Dae-jung (1925 – 2009) fut l’opposant sud-coréen le plus résolu à la dictature militaire. Il paya ce combat de longues années d’exil et de prison. En 1980, sous le régime du général Chun Doo-hwan, il fut même condamné à mort. Les premières élections libres eurent lieu en 1987 et Kim Dae-jung fut élu président de la République en 1997. Dès son élection, il engagea la  « Politique du rayon de Soleil » envers le Nord, inspirée l’Ostpolitik de Willy Brandt. Son action pour la démocratie et les droits de l’homme, et pour la paix et la réconciliation avec la Corée du Nord lui valurent le Prix Nobel de la Paix en l’an 2000. Ce fervent Catholique fut surnommé le « Nelson Mandela d’Asie ».

[3] Pour s’en convaincre, lire « Nouilles froides à Pyongyang » de Jean-Luc Coatalem, le récit de deux touristes français en Corée du Nord paru en 2013 chez Grasset.

[4] Selon certaines informations datant de 2015, un service militaire de 7 ans serait à présent obligatoire pour les jeunes femmes.

[5] Comme le public français a pu s’en rendre compte lors du salon « Livres Paris » qui s’est tenu du 17 au 20 mars 2016 et où la Corée du Sud était l’invitée d’honneur.

[6] « Rescapé du camp 14 », par Blaine Harden, Belfond 2012.

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