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Réflexions politico-toponymiques: Birmanie, Burma ou Myanmar?

17/08/2019 – 3:34 | No Comment | 222 views

De plus en plus fréquemment, le nom de « Myanmar » est utilisé pour désigner ce grand pays d’Asie du Sud-Est, connu depuis des siècles, en Europe, sous celui de « Birmanie », en français, ou « Burma », en anglais. …

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Un vent mauvais souffle sur la Corse

Submitted by on 24/05/2019 – 2:06 No Comment | 3415 views

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République française, je n’ai eu de cesse, dans mes différents écrits[1], d’appeler à l’ouverture d’une nouvelle page dans l’histoire des relations entre la France et la Corse. Le nouveau chef de l’État était un homme neuf et, à ce titre, il n’était pas comptable des errances du passé. Un an avant cette élection présidentielle, les Corses avaient choisi démocratiquement une nouvelle équipe pour diriger la Collectivité. Ce choix fut ensuite confirmé à deux reprises : aux élections législatives de juin 2017 et aux élections territoriales de décembre de la même année. Un homme, neuf et ouvert au dialogue, Gilles Simeoni, avait été choisi pour sortir l’île de l’impasse institutionnelle et politique. Le FLNC, de son côté, avait renoncé à la violence politique. Une fenêtre s’était donc ouverte pour discuter sereinement avec Paris et mettre un terme à un demi-siècle de crise et de drames, et à 250 années d’injustices et d’iniquités.

Cette fenêtre est malheureusement en train de se refermer. Emmanuel Macron n’a pas su ou, pire, n’a pas voulu saisir la main tendue. Sa première visite en Corse en tant que président, en février 2018, a été ressenti comme une humiliation. Que diable avait-il besoin de se faire accompagner d’un Chevènement, symbole du mépris anti corse et de dérives d’un passé récent que l’on espérait définitivement révolu ? Pourquoi, à Aiacciu comme à Cozzà un an plus tard, a-t-il exprimé un désir de voir les nationalistes et les Corses dans leur ensemble faire acte de repentance pour le meurtre d’un préfet dont ils n’étaient pas responsables ? Les 40 000 Corses qui étaient descendus dans la rue pour exprimer leur indignation, après ce lâche assassinat, en 1998, n’étaient-ils pas la preuve vivante que le peuple de cette île n’acceptait pas un tel acte ? Macron avait 22 ans, à l’époque. Sans doute ne s’intéressait-il pas à la Corse et n’y avait-il pas prêté attention !  Sans doute ne sait-il de notre île que ce que son conseiller Strzoda et Chevènement ont bien voulu lui en dire. Lorsqu’il séjourne au Fort de Brégançon, a-t-il pensé à demander aux Varois d’expier le meurtre de Yann Piat[2], seule députée assassinée dans toute l’histoire de la République française ?

Deux ans après son élection, il n’y a eu aucune avancée notable dans le dossier des prisonniers que nous persistons à qualifier de « politiques », n’en déplaise à Monsieur Macron. Tous ont le droit de bénéficier d’un rapprochement en Corse, comme l’a encore rappelé il y a peu Maître Dupont-Moretti. En fait, le meilleur moyen de tourner la page sur les années de plomb serait de faire voter une loi d’amnistie, comme ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale et l’occupation, comme ce fut encore une fois le cas après la guerre d’Algérie. Les actes commis par cette dizaine de prisonniers sont-ils pires que ceux des anciens collaborateurs et autres miliciens ? Parmi ces prisonniers, il en est un qui m’est particulièrement cher, puisqu’il a toujours clamé son innocence et qu’il a été condamné sans preuves ni aveux à la plus lourde peine de l’arsenal juridique français. Il s’agit d’Yvan Colonna, détenu exemplaire depuis 2003. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, on a même assisté à un véritable acharnement judiciaire et fiscal sur les prisonniers qui, ayant purgé leurs peines et ayant été libérés, tentent de reconstruire leur vie, ici, en Corse.

Aucune avancée non plus dans le domaine institutionnel. D’autonomie ou de bilinguisme, il ne saurait être question, comme l’a clairement énoncé le président à Bastia en 2018 et Cozzà en 2019. Les Sardes jouissent d’un statut d’autonomie interne depuis 1947. Cela a-t-il mis à mal l’unité italienne, pourtant plus récente que l’unité française ? La Sardaigne, autrefois sous développée et plus misérable que la Corse, est aujourd’hui en avance par rapport à sa voisine du nord, que ce soit du point de vue économique ou pour les infrastructures. Elle est près de dix fois plus peuplée que la Corse et son intérieur rural n’est pas un désert comme celui de la Corse. Elle compte plusieurs universités. Pourquoi ce qui est valable pour la Sardaigne ne le serait-il pas pour la Corse ?

Non seulement le dialogue tant attendu n’a pas eu lieu mais, en plus, il semblerait que l’Élysée mette tout en œuvre pour affaiblir l’exécutif corse. La représentante de l’État dans l’île outrepasse ses prérogatives en empiétant sur les compétences, pourtant très limitées, des dirigeants de la Collectivité. Emmanuel Macron n’a-t-il pas encore compris quelors des élections territoriales de décembre 2017, son mouvement, LREM, avec 12,67 % des suffrages exprimés, est arrivé loin derrière l’alliance conduite par Gilles Simeoni, qui a obtenu 56,46%, soit un score nettement supérieur à celui des élections précédentes, deux ans plus tôt ?

Emmanuel Macron et ses conseillers misent sans doute sur l’insatisfaction grandissante des Corses et sur la victoire électorale de LREM lors des prochaines échéances électorales. Ils ont certainement raison sur un point : un nombre grandissant de Corses reprochent à Gilles Simeoni et à Jean-Guy Talamoni de « gérer » un statu quo déplaisant. Ces mécontents avaient cru, naïvement sans doute, qu’une éclatante victoire démocratique permettrait d’obtenir l’autonomie par des voies pacifiques. Ils ne comprennent pas que les leaders nationalistes acceptent de « jouer le jeu » des institutions sans contrepartie significative. Ils ont été exaspérés par la présence de Chevènement lors du discours d’Aiacciu et par l’absence de drapeaux corses lors de celui de Bastia. Pire, ils se sont sentis humiliés de voir leurs représentants être fouillés avant de pouvoir entrer dans la salle où ce calamiteux discours allait être prononcé. Mais là où Macron et Strzoda se trompent lourdement, c’est en misant sur une victoire qui résulterait du mécontentement grandissant. Ils pensent qu’en affaiblissant Simeoni, ils favoriseront le succès électoral de leur camp. Bien au contraire, la politique du pire choisie par l’Élysée ne pourra avoir qu’une seule conséquence : la montée en puissance de mouvements nationalistes, légalistes ou pas, plus intransigeants, plus extrémistes, que ceux qui forment la majorité territoriale actuelle. Déjà, certains militants nationalistes, historiques ou pas, tirent quotidiennement à boulets rouges sur les dirigeants de la Collectivité. En agissant ainsi, eux aussi, comme Macron, ont choisi la politique du pire. Je dirais même qu’ils font le jeu de Paris. En Gilles Simeoni, Emmanuel Macron avait un partenaire idéal pour une négociation apaisée. Je ne suis pas certain qu’il trouvera un tel partenaire parmi ceux qui arriveront sur le devant de la scène, une fois que Gilles Simeoni aura été politiquement discrédité et éliminé.

Pour faire face à ce vent mauvais qui souffle actuellement sur la Corse, je ne vois qu’une seule solution : celle de l’unité et du rassemblement. Rien ne serait pire que la division et les querelles de personnes. Certains appellent à l’abstention pour les élections européennes du dimanche 26 mai. Quelle funeste erreur ! L’Europe nous concerne, malgré le système antidémocratique qui pénalise les territoires peu peuplés comme la Corse. François Alfonsi est un homme d’expérience, c’est un militant nationaliste qui s’est battu pour la défense de l’environnement, en particulier dans la commune dont il est maire, Osani. Il a déjà été député européen (de 2009 à 2014). Il a une bonne connaissance du fonctionnement des institutions de Bruxelles. Grâce aux négociations menées par Femu a Corsica, le parti de Gilles Simeoni, il a obtenu que François Alfonsi figure en neuvième position sur la liste EELV[3] conduite par Yannick Jadot. La Corse a besoin d’un représentant et d’un porte-voix à Bruxelles et à Strasbourg. Aucun autre Corse n’est en position éligible sur les autres listes offertes au choix des électeurs. C’est donc sans hésitation aucune que j’irai voter, que je ferai le choix de la liste EELV, et que j’appelle mes amis et lecteurs à faire de même !

L’heure est grave. Quel signal enverrait-on à Paris si, dimanche soir, du fait de l’appel à l’abstention, la liste de LREM ou celle du RN arrivaient première position, en Corse ? Cependant, si la Corse devenait le seul territoire où la liste EELV arrivait en tête, elle indiquerait à Monsieur Macron que sa politique du pire a échoué et que les Corses sont plus que jamais déterminés à obtenir ce qui leur est aujourd’hui refusé, à savoir un statut d’autonomie pleine et entière.

Hervé Cheuzeville, 24 mai 2019.

Hervé Cheuzeville est l’auteur de huit livres et de nombreux articles et chroniques. Ses derniers ouvrages sont « Rwanda – Vingt-cinq années de mensonges » (Editions Vincentello d’Istria, 2018)  et « Prêches dans le désert » (Editions Riqueti, 2017). Il a en outre contribué à l’ouvrage collectif « Corses de la Diaspora », dirigé par le Professeur JP Castellani (Scudo Edition, 2018). En 2018, il a fondé les Edizione Vincentello d’Istria à Bastia. Il présente une chronique hebdomadaire sur les ondes de Radio Salve Regina que l’on peut suivre en direct dans le monde entier tous les jeudis à 9 heures et à 12h30 ainsi que tous les samedis à 17 heures grâce à ce site internet: http://www.ecouterradioenligne.com/salve-bastia/ ).

[1] Lire en particulier les articles suivants : « La Corse, une île en voie d’émancipation » (01/12/17), http://cheuzeville.net/la-corse-une-ile-en-voie-demancipation/ , « Corse, l’immense gâchis » (10/02/18),  http://cheuzeville.net/corse-limmense-gachis/ , « Corse : n’est-il pas grand temps de saisir la main tendue ? » (04/12/18), http://cheuzeville.net/corse-nest-il-pas-grand-temps-de-saisir-la-main-tendue/ et « Lettre ouverte au Président Emmanuel Macron » (26/03/19), http://cheuzeville.net/corse-lettre-ouverte-au-president-emmanuel-macron/

[2] Yann Piat, née à Saïgon en 1949, a été députée du Var de 1986 jusqu’à son assassinat à Hyères le 25 février 1994 (4 ans avant l’assassinat du Préfet Érignac).

[3] Europe Écologie Les Verts ; j’ajoute que j’avais moi-même proposé ma propre « candidature à la candidature » à la commission d’investiture de Femu a Corsica, qui a préféré choisir celle de François Alfonsi. Cela ne m’empêche pas de soutenir de tout cœur, aujourd’hui, la candidature de ce dernier !

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