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Pour une mise hors la loi de l’islamisme politique

20/08/2017 – 8:15 | No Comment | 215 views

Mon dernier livre, « Prêches dans le désert[1] », paru au début de cette d’année, n’est pas vraiment constitué de prêches. Les différentes chroniques qui le composent constituent plutôt un cri. Un cri d’alarme, un cri d’indignation …

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Vive la Sénégambie!

Submitted by on 29/12/2016 – 12:03 3 Comments | 637 views

senegalIl est de bon ton, depuis des années, de contester les frontières héritées du colonialisme, en Afrique. Selon certains, elles seraient la source de tous les maux et l’explication de tous les problèmes connus par le continent depuis les indépendances de la fin des années 50 et du début des années 60.

Pour ma part, après avoir vécu vingt-quatre années sur ce continent, conscient des dangers que cela pourrait représenter, j’ai toujours émis de sérieuses réserves quant à la nécessité de réviser ces frontières. Je craignais en effet que cette question de frontières ne soit une véritable boîte de pandore. Faire coïncider les frontières ethniques avec les frontières nationales pourrait se révéler particulièrement dangereux et devenir une source intarissable de conflits. Les frontières ethniques n’ont en effet jamais été délimitées et elles ont été pour le moins fluctuantes. De plus, la question se posera de savoir ce qu’est une ethnie : ce sont souvent des ensembles eux aussi pas toujours clairement définis, eux-mêmes composés de sous-groupes. Ces derniers devraient-ils être considérés comme des ethnies à part entière ? Je vois d’ici l’Afrique se transformant en une gigantesque poupée russe donnant naissance à des entités nationales de plus en plus petites… L’absurdité de certaines frontières n’est d’ailleurs pas une particularité spécifiquement africaine. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre la peine de regarder une carte du sous-continent indien, partagé en trois entités complètement artificielles, ou celles des îles de Bornéo et de Timor. L’Europe n’est pas non plus exempte de frontières aberrantes. Dois-je rappeler la création de ces États au lendemain de la Première Guerre Mondiale, qui donnèrent aussitôt naissance à des contestations qui finirent par aboutir au second conflit mondial ? Certains de ces nouveaux pays ont d’ailleurs depuis éclaté en plusieurs États souverains (Tchécoslovaquie et Yougoslavie). L’existence d’une enclave russe[1] sur les bords de la mer Baltique ne relève-t-elle pas elle aussi de l’absurdité ? Le cas le plus problématique et le plus récent, en termes d’incongruités frontalières, a certainement été la création ex-nihilo du Kosovo, pays sans aucune légitimité historique.

En Afrique, l’arbitraire et l’injustice des frontières héritées du colonialisme pourraient être largement atténués par la constitution d’ensembles régionaux cohérents du point de vue géographique et économique. C’est ce qui est en train d’être réalisé en Afrique orientale, avec l’ébauche d’un tel ensemble régional[2].

Pour ma part, j’ai constaté, durant mes séjours prolongés dans certains pays d’Afrique, qu’un véritable sentiment national y avait pris racine, malgré l’apparente absurdité des frontières dessinées par les colonisateurs. Je l’ai remarqué au Malaŵi dont la forme à elle seule témoigne du caractère invraisemblable de ces lignes de démarcation définies entre fonctionnaires britanniques, portugais et allemands de la fin du XIXe siècle. J’ai fait le même constat au Congo ex-belge dont l’immensité n’a d’égal que l’incongruité de ses frontières. Pourtant, malgré le clivage est-ouest, malgré les velléités d’autonomie du Katanga ou d’autres provinces, les guerres, les invasions et les ingérences extérieures ont permis l’émergence d’un véritable sentiment national, construit autour de mythes fondateurs, tels que la lutte et le martyre de Patrice Lumumba. À la fin des années 90, les stratèges de la CIA avaient planifié la partition de ce qui était redevenu la République Démocratique du Congo en plusieurs États indépendants. Ce plan étasunien fut finalement abandonné, face aux réalités du terrain et au sentiment national congolais.

Connaissant le sentiment de supériorité et le racisme des dirigeants nordistes de Khartoum envers les populations non musulmanes des régions méridionales, j’ai soutenu, à contrecœur, l’aspiration à l’indépendance du Soudan du Sud. Cette indépendance, obtenue en 2011, constitua le premier accroc à la sacro-sainte « intangibilité » des frontières héritées du colonialisme. Les événements qui suivirent confirmèrent mes appréhensions : la naissance du nouveau pays n’a pas permis d’effacer la haine tribale et, depuis 2013, le plus jeune État indépendant d’Afrique est plongé dans une guerre civile atroce, au sujet de laquelle le terme de « génocide » est de plus en plus fréquemment utilisé.

Il existe un autre endroit, en Afrique, où je pense qu’il serait grand temps d’effectuer un nouvel accroc au principe de l’intangibilité des frontières. Cette fois-ci, il ne s’agirait pas de créer de nouvelles frontières, comme au Soudan, mais d’en supprimer.

La Gambie constitue en effet le meilleur exemple d’absurdité coloniale que l’on puisse citer. Ce pays occupe la vallée d’un fleuve – ce dernier ayant donné son nom au pays – située au beau milieu du Sénégal, mais qui, à cause des hasards de l’histoire, n’en fait pas partie. À partir de 1816, cette vallée fut occupée par les Britanniques, alors que les Français s’étaient, depuis le règne de Louis XIV, installés plus nord dans un comptoir qu’ils nommèrent Saint-Louis, en l’honneur de leur souverain. Ils devaient aussi s’établir, plus tard, en Casamance, au sud de cette vallée du fleuve Gambie. La possession britannique se retrouvait donc encadrée, tant au nord qu’au sud, par des territoires français. Les disputes issues de cette situation furent réglées grâce à une canonnière. Les deux puissances rivales s’accordèrent pour tracer la frontière entre leurs territoires respectifs là où tomberaient les projectiles tirés à intervalles réguliers, vers le nord et vers le sud, par le canon d’un navire anglais remontant le fleuve Gambie.

C’est ainsi que naquit un pays étroit aux contours étranges, suivant toujours le cours du fleuve, jusqu’à 320 kilomètres de son embouchure. La largeur du territoire gambien varie entre 20 et 50 kilomètres, et son altitude n’excède pas 55 mètres au-dessus du niveau de l’océan. Tout autour de cette vallée, c’est le Sénégal. Pour aller de Dakar à Ziguinchor, le chef-lieu de la Casamance, il faut obligatoirement traverser le territoire gambien sur une vingtaine de kilomètres (à moins de faire un détour vers l’est de près de mille kilomètres !) La superficie totale de la Gambie n’est que de 11 300 km²  (à peine plus que celle de la Corse), ce qui en fait le plus petit pays d’Afrique continentale. La population actuelle du pays s’élève à 1,8 millions. Pour compléter cette description d’un héritage colonial aberrant, il convient d’ajouter que les Wolof, les Diola et les Toucouleur sont des peuples que cette frontière a divisés, entre Sénégal et Gambie. Ces deux pays ont donc quasiment la même composition ethnique, les mêmes langues et la même religion majoritaire, l’islam. Seule la langue officielle, celle de l’éducation, diffère : au Sénégal, c’est le français qui s’est imposé, tandis que c’est l’anglais qui est utilisé sur les rives du fleuve Gambie !

Le Sénégal, comme la plupart des pays de l’ancienne Afrique Occidentale Française, a obtenu son indépendance en 1960, tandis le voisin gambien n’y a accédé qu’en 1965. Le Sénégal est un État jouant un rôle important au sein de l’Organisation Internationale de la Francophonie, alors que la Gambie est membre du Commonwealth. Tous deux sont membres de l’ensemble régional, la CEDAO[3], ainsi que de l’Union Africaine. Un simple coup d’œil à la carte du Sénégal plaide pour une fusion des deux pays au sein d’un État unique. Une première tentative a d’ailleurs été faite, il y a 35 ans, après qu’un coup d’État militaire eût renversé le père de l’indépendance de la Gambie, Sir Dawda Jawara , alors qu’il se trouvait à Londres pour assister au mariage du prince Charles et de Lady Diana. Il put cependant rentrer à Banjul, la capitale gambienne, et retrouver son palais présidentiel, grâce à l’intervention des troupes sénégalaises. Lui ayant permis de demeurer président, c’est ce sauvetage sénégalais qui poussa Jawara à accepter la création de la confédération de Sénégambie, quelques semaines après le putsch avorté. Le président gambien en devint le vice-président, tandis qu’Abdou Diouf, le chef de l’État sénégalais, en assumait la présidence. Malheureusement, l’expérience échoua et prit fin en 1989.  En 1994, un nouveau coup d’État militaire en Gambie et l’arrivée au pouvoir d’un jeune et fantasque lieutenant, Yaya Jameh,  rendit toute tentative de rapprochement entre les deux voisins impossible.

Aujourd’hui, Yaya Jameh est un homme seul. Sa défaite à la récente élection présidentielle, son acceptation initiale du résultat puis son rejet de ce même résultat l’ont rendu infréquentable. La CEDEAO et le reste de la communauté internationale exigent le respect du résultat sorti des urnes ainsi qu’une transition pacifique entre le président sortant et Adama Barow, le président élu. Les tentatives de médiation et les menaces d’intervention militaire n’ont eu, à ce jour, aucun résultat positif. Yaya Jameh semble déterminé à s’accrocher au pouvoir envers et contre tout.

Le Sénégal ne pourrait-il pas rééditer son opération militaire de 1981, afin de prendre le contrôle de la vallée du fleuve Gambie, de s’emparer de Yaya Jameh et de permettre à Adama Barow d’accéder au pouvoir, le tout avec un mandat de la CEDEAO, voire même de l’UA et de l’ONU ? Le retour de la démocratie en Gambie permettrait alors de ressusciter l’idée d’une confédération entre le Sénégal et son petit voisin. D’une manière plus générale et au-delà de la personnalité controversée de l’actuel dirigeant gambien, la question de la viabilité de certaines frontières héritées du colonialisme devra tout ou tard être sérieusement abordée. Quelles perspectives de développement véritable peuvent s’offrir à la petite Gambie, ce pays enclavé et déshérité où la majorité de la population vit avec moins d’un euro et demi par jour ? Les Sénégalais et les Gambiens n’auraient-ils pas tout à gagner à ce que leurs pays forment enfin une véritable confédération ? Cet État confédéral aurait le français et l’anglais comme langues officielles, atout non négligeable, à l’heure de la mondialisation.

Une confédération Sénégal-Gambie permettrait en outre de mettre définitivement fin au vieux conflit de Casamance, puisque l’existence de la Gambie a permis, depuis des décennies, aux rebelles casamançais de trouver refuge au-delà de la frontière entre les deux pays et de mener des actions contre le Sénégal à partir du territoire gambien. L’abolition de cette absurde frontière aurait un autre avantage, non négligeable : la fin de la contrebande et de tous les trafics transfrontaliers, seules véritables ressources de la Gambie. Espérons que le président sénégalais Macky Sall, qui effectue en ce moment une visite d’État en France, ainsi que son futur homologue gambien Adama Barow sauront saisir la chance historique qui s’offre à eux de solder enfin cet héritage franco-britannique dont ils ne sont nullement responsables et de jeter les bases d’une nouvelle Confédération de Sénégambie, pour le plus grand bien de leurs peuples.

Hervé Cheuzeville, 19 décembre 2016

[1] Le territoire de Kaliningrad, ex-Königsberg, fraction de l’ancienne Prusse Orientale partagée, en 1945, entre la Pologne et l’URSS.

[2] La Communauté Est-Africaine, dont le siège est à Arusha, compte cinq États membres : le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie.

[3] Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

3 Comments »

  • M.W dit :

    Ah, la résurrection de la Sénégambie, pourquoi pas…

    Après tout il est vrai que j’ai du mal à comprendre les frontières africaines, certains pays n’ont pas toujours été très bien taillé par les colonisateurs, c’est comme les trois Guinée, ces trois Guinée ne gagneraient-elles pas à s’unir en un seul pays ?

    D’ailleurs je voulais vous demander est-ce que vous pensez que le concept d’Etat-nation est possible en Afrique ou les réalités sociales et historiques de ce continent fait que le concept occidental d’Etat-Nation est trop difficile voir impossible à implanter ? Est-ce que l’idée de fondre des pays d’Afrique dans des Empires multinationaux ne serait pas une solution envisageable ?

    Cordialement et bonne année 2017

    • admin dit :

      Je crois avoir témoigné, dans mon article, qu’un sentiment national était apparu, durant le dernier demi-siècle, dans un certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne, malgré le côté artificiel de certaines frontières hérités du colonialisme. Ce sentiment n’efface pas, bien sûr, le tribalisme, qui resurgit avec vivacité périodiquement. Disons que le sentiment national est venu se superposer à la conscience d’une appartenance ethnique.
      J’ai essayé d’expliquer, dans cet article, le danger qui existe dans toute tentative de redéfinition des frontières héritées du colonialisme. Il existe bien sûr des exceptions, telles que la Gambie qui, logiquement, devrait s’intégrer à un ensemble formé avec le Sénégal. Quant aux « 3 Guinée », attention! Il n’y a que 2 Guinée voisines: la Guinée ex-française aussi appelée Guinée Conakry, et la petite Guinée Bissau ex-portugaise. Ces deux pays ont une histoire assez différente, les Portugais étaient installés depuis fort longtemps et les peuples de la Guinée Conakry de l’intérieur, du massif du Fouta-Djalon par exemple n’on pas grand chose à voir avec ceux de la Guinée Bissau; quant à ceux de Guinée Forestière, ils ont sans doute plus d’affinité avec ceux des régions voisines du Liberia ou de Côte d’Ivoire qu’avec ceux de Guinée Bissau. Par contre, la 3ème Guinée, c’est à dire la Guinée Équatoriale, est bel et bien un autre exemple d’absurdité des frontières coloniales, au même titre que la Gambie. Elle se situe fort loin des deux autres Guinée et n’a donc rien à voir avec ces dernières, hormis le nom. Ancienne colonie espagnole, elle est constituée de trois entités n’ayant rien à voir entre elles: deux îles, fort distantes l’une de l’autre (et séparées par un autre État insulaire, Sao Tome e Principe). La plus grande île, Bioko, a une superficie de 2000 km2 et est située au large du de la côte camerounaise, non loin du Nigeria. C’est là que se trouve la capitale du pays, Malabo. La seconde île, Anobon, ne fait que 17 km2 et se trouve très loin dans l’Atlantique, à 640 km au large du Gabon! Enfin, la plus vaste partie du pays, le Rio Muni, est une enclave continentale de 26 000 km2, aux frontières rectilignes, coincée entre le Gabon et le Cameroun. C’est là que se trouve la plus grande ville du pays, Bata. Inutile de préciser les énormes différences ethniques, culturelles et linguistiques entre ces 3 entités, surtout entre les îles et le continent! Autrefois l’un des pays les plus déshérités au monde, la Guinée Équatoriale est devenue une sorte d’eldorado pétrolier géré par une famille, celle du président. Sa richesse lui permet de jouer un rôle qui dépasse largement sa petite taille et sa faible population (760 000 habitants)!

  • Moulzo dit :

    Merci pour cet article sur la Senegambie. Adams Barrow doit beaucoup à Macky Sall qui saura je l’espère profiter de cette relation privilégiée pour avancer dans le sens d’une nouvelle Senegambie respectueuse mutuellement. Les Senegalais sont aussi chauvins que les Français ( ce sont les meilleurs élèves de la France 🙂 ). Aussi, toute nouvelle Senegambie doit se faire dans une logique respectueuse et égalitaire.

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