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Une école pour les enfants du peuple Enawenê Nawê

18/11/2021 – 10:06 | No Comment | 207 views

Chaque semaine, j’enregistre une nouvelle émission à Radio Salve Regina, une radio chrétienne fondée par les Franciscains du Couvent Sant’ Antone, au-dessus de Bastia. Mes chroniques abordent les thèmes les plus divers, et la recherche …

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De la repentance de la France en général, des Harkis en particulier…

Submitted by on 08/10/2021 – 9:20 No Comment | 160 views

D’une manière générale, je ne suis pas un adepte de la « repentance » des États. D’autant plus que, depuis quelques années, les demandes de repentance se sont multipliées et que, dans l’esprit de ceux qui les formulent, la repentance ne peut se concevoir qu’à sens unique : c’est la France, voire l’Europe occidentale, qui devrait, encore et toujours, demander pardon aux autres.

Dans la mesure où une page noire de l’histoire d’un pays est bien connue, bien documentée, et que les autorités de ce pays ne cherchent pas à l’occulter ou à la relativiser, je ne vois pas pourquoi les enfants d’aujourd’hui devraient se sentir coupables et demander pardon pour des crimes commis par certains de leurs aïeux à une époque que ni eux ni les descendants de victimes n’ont connue.

La grande majorité des Allemands d’aujourd’hui est bien consciente des crimes commis au nom de leur peuple par Hitler et ses sbires. L’Allemagne d’après la Seconde Guerre mondiale à fait amende honorable et n’a pas tenté d’occulter les horreurs du nazisme. L’Allemagne post-réunification est allée jusqu’à reconnaître ses frontières orientales avec la Pologne, alors que l’Union Soviétique lui avait arraché de nombreux territoires historiquement allemands et peuplé d’Allemands, tels que la Prusse orientale et sa capitale, Königsberg, patrie de Kant, et connue depuis lors sous l’horrible nom de Kaliningrad. Je pourrais également citer la Poméranie orientale et la Silésie, régions qui font désormais partie de la Pologne. Les populations allemandes qui y vivaient depuis des siècles ont dû fuir en 1945 et, ceux qui ne l’avaient pas fait ou qui n’avaient pas été massacrés en furent été chassées par la force par les nouvelles autorités communistes, soviétiques et polonaises. Malgré tout, et alors même que de nombreux Allemands originaires de ces régions étaient encore en vie en 1990 et rêvaient de retourner chez eux un jour, le gouvernement de l’Allemagne réunifiée a accepté de reconnaitre cette frontière orientale, marquée par les l’Oder et la Neisse et qui passe à seulement 80 kilomètres à l’est de Berlin. C’était le prix à payer pour faire accepter à l’Union européenne l’intégration de la nouvelle Allemagne, comprenant l’ex-Allemagne de l’Est, ainsi que pour obtenir l’accord de l’Union Soviétique et de la Pologne à cette réunification. Les Allemands durent donc se résoudre à « oublier » les territoires perdus à l’est, ce que les Français n’avaient jamais consenti à faire au sujet de l’Alsace et de la Moselle après la défaite de 1871. Les jeunes Allemands d’aujourd’hui et les générations à venir n’ont pas à payer pour les crimes commis par les nazis, même s’il est bon qu’ils continuent à avoir en mémoire les pages sombre de l’histoire de leur pays.

Les crimes commis par des Français, des Espagnols, des Portugais, des Anglais ou des Danois, pendant les siècles qu’a duré l’infâme « commerce triangulaire », c’est-à-dire, la déportation d’Africains vers les Amériques, dans des conditions effroyables, et leur réduction en esclavage sont fort bien documentés et ont été abondamment dénoncés, avec raison. Mais les Français, Espagnols, Portugais, Anglais ou Danois d’aujourd’hui ne sont aucunement coupables de ces crimes odieux, commis par un petit nombre d’affairistes, de capitaines de vaisseaux et d’exploitants de grandes exploitations agricoles, durant les XVIIe et XVIIIe siècles. Ces sinistres événements font partie des programmes scolaires et les jeunes Européens d’aujourd’hui sont conscients de ces drames. Pourquoi devraient-ils demander pardon aux descendants des victimes ? D’autant que, dans le cas des Français, nombre de descendants de victimes, aux Antilles, à la Réunion ou en France métropolitaine sont également descendants de bourreaux !

Concernant cette terrible réalité historique que fut l’esclavage, il est regrettable que la fameuse repentance soit attendue des seuls Européens de l’ouest ou des Étasuniens descendants d’Européens, alors que les bien-pensants qui militent, des deux côtés de l’Atlantique et en Afrique pour une telle repentance n’adressent jamais cette demande aux pays arabo-musulmans. La traite négrière arabo-musulmane a pourtant duré beaucoup plus longtemps et a concerné beaucoup plus d’Africains que le commerce triangulaire. Pire, l’esclavage est encore pratiqué de nos jours dans certains de ces pays arabo-musulmans. Et ce passé esclavagiste est occulté, voire nié, par la plupart de ces pays. Il ne figure pas dans leurs programmes scolaires. Il n’y a rien de pire que le déni historique. Ces mensonges qui deviennent une vérité officielle que nul ne doit contester constituent une insulte pour la mémoire des millions d’Africains victimes de ces razzias et pour leurs descendants, à qui l’on voudrait faire croire que les méchants Européens sont les uniques responsables des malheurs de leurs ancêtres !

Cet insupportable déni se retrouve aussi en Turquie, qui, gouvernement après gouvernement, régime après régime, persiste à nier la réalité du génocide arménien ainsi que celle des épouvantables massacres commis à l’encontre des Assyro-chaldéens, des Grecs pontiques et des Grecs du littoral égéen durant les deux premières décennies du XXe siècle. Atatürk a bâti la Turquie moderne sur ce déni, et Erdogan aggrave ces mensonges historiques avec son exaltation nationaliste de cette période, sa réhabilitation des bourreaux et maintenant avec son rôle néfaste pour inciter l’Azerbaïdjan à attaquer l’Artsakh et à provoquer l’Arménie. Dans un discours, Erdogan n’a pas caché qu’il rêvait d’achever le travail entrepris par ses aïeux. Pour les millions de descendants des victimes de Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha, l’oubli et le pardon envers la Turquie moderne s’avère impossible, puisque les crimes commis au nom du peuple turc n’ont pas été reconnus et que les programmes scolaires turcs n’en font pas mention. Même si les Turcs d’aujourd’hui ne sauraient être tenus pour responsables des crimes de 1915-1916 et des années 20, cette absence de reconnaissance fait qu’il est légitime de continuer à leur demander des comptes pour les horreurs perpétrées par leurs ancêtres au siècle dernier.

La mode est également aux demandes de repentance pour le passé colonial de certains pays européens, au premier rang desquels, bien sûr, la France. Alors que le colonialisme a existé de tout temps, et a été le fait de bien des peuples différents, depuis les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois et les Romains de l’Antiquité, jusqu’aux Espagnols et aux Portugais puis enfin aux Français, Britanniques, Belges et Allemands, sans oublier les Japonais (voire même les Russes, en Asie centrale, en Sibérie et dans le Caucase, et les Chinois en Mongolie intérieure, au Xinjiang et au Tibet). Là encore, il conviendrait de ne pas oublier les Arabes et les Ottomans, grands colonialistes devant Allah, et ce plusieurs siècles durant. L’Algérie fut une création coloniale française, bâtie sur les reliquats du colonialisme ottoman. Pourquoi s’acharner à condamner le colonialisme français en Algérie tout en ignorant celui de l’empire ottoman sur cette même terre d’Afrique du Nord, qui dura pourtant beaucoup plus longtemps ? Doit-on, pour condamner le colonialisme, fixer une limite, en remontant le temps à ne pas outrepasser, limite qui, bien sûr, coïnciderait avec le débarquement des Français Sidi Ferruch en 1830 ? La France a certes commis des exactions durant les années de conquête militaire, mais elle a créé de toutes pièces ce pays connu depuis lors sous le nom d’Algérie, elle y a même rattaché un immense territoire saharien qui n’avait jamais fait partie des entités proto-étatiques arabes ou ottomanes existant avant 1830. Et l’Algérie indépendante a hérité du colonialisme français d’un certain nombre d’infrastructures routières, portuaires, ferroviaires, urbaines, d’écoles, de lycées, d’hôpitaux et autres alors que l’héritage ottoman s’est limité à quelques mosquées et fortifications. Certes, l’époque était différente, et les priorités de l’administration ottomane étaient sans doute également différentes… Et le bel héritage français ne saurait effacer de la mémoire collective ce qui est perçu comme étant des méfaits du colonialisme français : les injustices et les humiliations subies par de nombreux Algériens pendant 132 ans, ainsi que les excès de la répression militaire durant ce que l’on appelait pudiquement les « événements » d’Algérie, et que l’es Algériens modernes qualifient de « guerre d’indépendance ».  La majorité des Algériens ignore tout de l’époque ottomane, alors que les souvenirs de la période française, transmis par les parents et les grands-parents, diabolisés par les régimes postindépendance successifs, sont encore très vivaces. Malgré tout, je suis persuadé que le candidat Macron, beaucoup trop jeune pour s’exprimer sur cette période avec autorité, a commis une grossière erreur lorsqu’il a cru bon d’assimiler, durant une visite en Algérie, le colonialisme français à un crime contre l’humanité.

Cinq années plus tard, le Président Macron a cependant eu raison de rendre hommage à ceux que l’on appelé les « Harkis » et à leur demander pardon, au nom de la France. Car le traitement qui leur a été réservé, depuis 1962, est particulièrement indigne.

Rappelons d’abord quelques vérités historiques. Durant l’été 1962, parmi les principales victimes de l’évacuation hâtive de l’Algérie figurent 260 000 musulmans servirent la France en qualité de supplétifs de l’armée (les fameux « Harkis ») mais aussi comme élus, fonctionnaires ou militaires de carrière. Avec leur famille, ils représentaient un million de personnes, soit un effectif équivalent à celui de la population « européenne » (pieds-noirs et juifs autochtones). 93 000 de ces musulmans purent gagner la France. D’autres parvinrent à se réinsérer et à se faire oublier dans une Algérie indépendante. Cependant, on estime à 60 000 ou même à 80 000 le nombre des Harkis qui, empêchés de fuir, furent impitoyablement massacrés dans les semaines qui suivirent la proclamation du « cessez-le-feu » puis de l’indépendance, en 1962. Ils ont payé de leur vie leur engagement aux côtés de l’ancienne puissance coloniale, victimes d’une justice expéditive et de vengeances locales. Des témoignages font état d’actes d’une extrême cruauté commis envers eux et leurs familles. Mais ce sujet est demeuré tabou en France jusqu’à la fin des années 1990 et il l’est toujours en Algérie.

Les Harkis touchaient une solde enviable ils mais n’avaient pas de statut militaire et ils ne disposaient que d’un armement rudimentaire. Ils servaient comme interprètes, cuisiniers, ils protégeaient des villages. Leur surnom de « Harki » vient du nom donné à leur formation : harka (« mouvement » en langue arabe). Le général de Gaulle, le président de la République en 1962, se montra réticent à leur transfert en métropole. Les communistes, très influents dans France des années 60 qualifiaient ces Harkis de « collabos ». Ils ne s’affligeaient pas de leur sort et s’opposaient eux aussi à leur accueil en France.

Après le cessez-le-feu, les officiers français reçurent l’ordre de désarmer les Harkis. Louis Joxe, ministre des Affaires algériennes, donna des instructions écrites interdisant leur embarquement à bord des navires qui évacuaient les Français d’Algérie. Les musulmans qui purent gagner la métropole, y compris femmes, enfants et famille proche, durent leur salut à des officiers qui, ne supportant pas d’abandonner leurs hommes, firent le choix de désobéir aux ordres reçus.

L’accueil réservé en France métropolitaine à ces Musulmans français fut indigne, leur sort a été inadmissible et ce, pendant plusieurs décennies. À  partir de 1962, 23 721 d’entre eux furent installés dans des camps d’hébergement militaires.  Plusieurs de ces camps furent installés dans d’anciennes prisons qui avaient servi pour d’autres populations : républicains espagnols, militants du FLN, Indochinois ou encore Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1963, la France comptait 75 hameaux de forestage, majoritairement situés dans le midi. Chaque centre accueillait un maximum de 25 familles dans des bâtiments préfabriqués qui se révélèrent des abris fort précaires en hiver. Leurs habitants étaient soumis à un règlement rigoureux, de type militaire. Ces préfabriqués étaient considérés comme des logements de fonction : si le père de famille perdait son emploi, la famille devait quitter le logement. Ces gens étaient salariés par l’Office national des forêts pour divers travaux : plantage et coupe d’arbres, entretien des forêts et prévention des incendies. L’achèvement de ces travaux ainsi que la dégradation de ces logements précaires conduisirent à la fermeture progressive des hameaux de forestage, à partir de 1966. En 1973, il en existait encore 40, rassemblant 1 026 employés. Les familles contraintes de quitter les hameaux furent généralement reclassées dans l’industrie et dispersées dans d’autres structures et régions. Certaines parvinrent à s’établir par leurs propres moyens ou grâce solidarités familiales ou amicales. En 1982, il existait encore 23 de ces hameaux. Des Harkis furent également accueillis en zones urbaines :  en 1963, il y avait 42 cités urbaines qui étaient divisées en 2 000 logements Sonacotra, en particulier à proximité de villes moyennes telles qu’Amiens et Montpellier.

En 2012, la population issue des « musulmans français d’Algérie » se situait dans une fourchette allant de 500 000 à 800 000 personnes. Pour ajouter à leurs malheurs, les petits-enfants de Harkis sont encore trop souvent stigmatisés et humiliés par des petits-enfants de travailleurs immigrés algériens qui les traitent de « fils de traitres » et les harcèlent. Souvent victimes de racisme et de discriminations, les Harkis et leurs descendants ont donc à subir, encore aujourd’hui, la stigmatisation et les insultes de leurs coreligionnaires originaires, comme eux, d’Algérie.

Dans le cas précis des Harkis, Emmanuel Macron a certainement eu raison de faire, au nom de la France, acte de repentance. Mais cette repentance demeurera incomplète tant que les autorités algériennes n’auront pas demandé pardon aux anciens Harkis pour les massacres de 1962 et pour les injustices qu’ils ont eu subir de l’autre côté de la Méditerranée depuis l’indépendance de l’Algérie. Mais, comme dans le cas de la Turquie, cette reconnaissance historique risque bien de ne jamais arriver. Les plaies de la mémoire resteront donc béantes très longtemps, génération après génération !

Hervé Cheuzeville, 28 septembre 2021.

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